Ce Jour-là

Michelle Perrot

Historienne française

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Michelle Perrot, née Roux le 18 mai 1928 à Paris, est une historienne, professeure émérite d’histoire contemporaine à l'université Paris-Diderot et militante féministe française.

Par ses travaux pionniers, elle est l'une des grandes figures de l'histoire des femmes. Elle a aussi travaillé sur l'histoire du mouvement ouvrier, et sur le système carcéral français.

Michelle Perrot est issue d'une famille bourgeoise : dans l'entre-deux-guerres, son père est grossiste en articles de cuir dans le quartier du Sentier à Paris, rue Greneta. Mobilisé durant la Première Guerre mondiale, il en est revenu désabusé et a adopté des points de vue peu conformistes : il incite sa fille à faire du sport, à poursuivre ses études et à avoir une vie indépendante. En 2002, elle dit de lui : « Mon père était moderne, sportif, amateur de chevaux et de voitures de courses, lecteur de littérature américaine. Il était rentré de la guerre (14-18), qu’il avait faite dans les tranchées, révolté, sans illusion et sans engagement, irrespectueux, un peu anar. C’était un père fantaisiste et anti-conformiste, qui me traitait comme le garçon qu’il aurait sans doute voulu avoir. »

Sa mère, issue d'une famille de « fonctionnaires laïques », « fille d’un ingénieur des plantations du XIIIe arrondissement », a fait ses études secondaires au lycée Fénelon.

Michelle Perrot effectue ses études secondaires au cours Bossuet, un établissement catholique traditionaliste : « J’avais été éduquée dans un collège religieux, très traditionnel en la matière [c'est-à-dire : en ce qui concerne la formation des femmes]. Lors d’une conférence faite aux dames – nos mères –, le père Léonce de Grandmaison leur avait dit : « une femme doit être levée la première et couchée la dernière ». Ma mère avait été scandalisée. ». Parmi les professeures, pour la plupart des religieuses, auxquelles elle demeurera attachée, se trouvent quelques étudiantes, notamment Benoîte Groult, qui y enseigne l'anglais. Sur le trajet entre l'école et l'appartement familial, accompagnée de sa gouvernante, elle croise des ouvriers et des prostituées : cette expérience la marque et fonde en partie ses engagements futurs en direction de la « marge ».

Après la rue Greneta, la famille déménage à Montmorency (Val-d'Oise).

Études supérieures et carrière universitaire

De 1947 à 1951, elle fait des études d'histoire à la Sorbonne, où elle reçoit l'enseignement d'Ernest Labrousse, à l'instar d'Alain Corbin, avec qui elle reste amie.

Elle obtient sous sa direction un diplôme d'études supérieures (DES) sur les Coalitions ouvrières de la Monarchie de Juillet. Au départ, elle aurait souhaité travailler sur le féminisme (1949 est l'année de la publication du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir), mais Labrousse l'en a dissuadée. Si pour elle « écrire sur [la classe ouvrière] était un moyen de la rejoindre », l'historienne consacre aussi de longs développements dans sa thèse à la « xénophobie » ouvrière et à sa « violence », sujet sur lequel elle revient régulièrement.

Elle est ensuite reçue à l'agrégation (1951) et nommée professeure de lycée, tout en préparant (toujours sous la direction de Labrousse) une thèse de doctorat sur les grèves ouvrières du XIXe siècle.

En 1953, malgré les réticences de ses parents à la voir mariée et potentiellement dépendante d'un homme, elle épouse un autre historien, Jean-Claude Perrot (1928-2021), qui se comporte de façon moderne et respectueuse à l'égard de sa liberté personnelle et professionnelle ; par la suite, elle fait toute sa carrière sous son nom d'épouse. Le 10 juin 1958 naît la fille unique de Michelle et Jean-Claude Perrot, Anne Perrot, qui deviendra économiste.

Professeure au lycée de jeunes filles de Caen, elle y côtoie, en tant que collègues, la future philosophe et historienne Mona Ozouf et la future biologiste Nicole Le Douarin, avec lesquelles elle se lie d'amitié. À Caen, elle travaille avec des membres de la Mission de France (prêtres ouvriers). Avec Jean-Claude Perrot et Jean Cuisenier (par la suite directeur du musée national des Arts et Traditions populaires), elle mène des enquêtes sur les pratiques religieuses, démographiques et culturelles des ouvriers de la Société métallurgique de Normandie, à la manière de Gabriel Le Bras et Henri Lefebvre.

En 1960, elle organise avec Jean Maitron, qu'elle trouve « extrêmement sympathique » (« il avait été communiste, trotskiste et caetera... et finalement anarchiste […], il avait un accent bourguignon très marqué ») un colloque sur « Le militant ouvrier », dont un des résultats est la création de la revue Le Mouvement social, principale revue d’histoire ouvrière, élargie ensuite à l’ensemble du mouvement social, au mouvement féministe et, plus récemment, aux « études de genre ».

Elle est nommée assistante de Labrousse et soutient sa thèse en 1971.

Elle est ensuite nommée professeure à l’université Paris-Diderot, dont elle est professeure émérite d’histoire contemporaine.

Du christianisme de gauche au communisme, puis au socialisme

Michelle Perrot milite d'abord dans un groupe de chrétiens progressistes fondé par Jacques Chatagner, qui publiait le mensuel La Quinzaine. En 1955, Rome suspend l’expérience des prêtres ouvriers, considérés comme des fourriers du communisme. La Quinzaine, ayant protesté, est condamnée. C'est pour cette raison que Michelle Perrot rompt avec l’Église et avec la foi de sa jeunesse.

Attirée par le communisme, elle adhère au Parti communiste français (PCF) en 1955, au début de la guerre d'Algérie, pensant que le PCF serait la principale force d’opposition à cette guerre. Cependant, elle est « sérieusement refroidie par le rapport Khrouchtchev et l’insurrection hongroise de 1956 ». Elle quitte le PCF en 1958, mais reste cependant une « compagne de route ».

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