Michel Sardou [miʃɛl saʁdu] , né le 26 janvier 1947 à Paris, est un chanteur, parolier, occasionnellement compositeur, et comédien français.
Fils des comédiens Fernand et Jackie Sardou, il est l'auteur et l'interprète de nombreux succès populaires, et compte parmi les personnalités les plus célèbres de la chanson française.
Après des débuts difficiles chez Barclay Records dans les années 1960, Michel Sardou rejoint le label Tréma en 1969, créé pour assurer la production de ses disques. À partir des années 1970, il enchaîne les succès commerciaux et radiophoniques et devient en quelques années l'un des artistes les plus populaires de France. Nombre de ses chansons, comme Les Bals populaires, Le Rire du sergent, La Maladie d'amour, Les Vieux Mariés, Une fille aux yeux clairs, Le France, Je vais t'aimer, La Java de Broadway, Dix ans plus tôt, En chantant, Je vole, Être une femme, Les Lacs du Connemara, Je viens du sud, Afrique adieu, Chanteur de jazz ou Musulmanes atteignent le sommet des classements ou sont considérées comme des classiques du répertoire de la chanson française.
Cette popularité se manifeste également sur scène, et il établit régulièrement des records de fréquentation lors de ses tournées et concerts parisiens dans les années 1980 et 1990. Depuis la fin des années 2000, tout en poursuivant sa carrière de chanteur, il accorde une place de plus en plus importante à ses activités de comédien au théâtre.
Parallèlement, les regards qu'il porte sur l'actualité, la société française et son évolution ou encore la politique à travers certaines de ses chansons (Les Ricains, J'habite en France, Le Rire du sergent, Les Villes de solitude, J'accuse, Le Temps des colonies, Je suis pour, Être une femme, Vladimir Ilitch, Les Deux Écoles, Le Bac G…) ont pu être interprétés comme un engagement à droite ou réactionnaire, notamment par des médias et des associations féministes ou marquées à gauche. Certaines de ses prises de position, réelles ou supposées, ont suscité des polémiques, particulièrement virulentes dans les années 1970, puis plus ponctuelles par la suite. Néanmoins, Michel Sardou a toujours affirmé dissocier ses chansons de tout engagement partisan.
En près de soixante ans de carrière, la discographie de Michel Sardou compte 26 albums studio et 20 albums live, totalisant plus de 350 chansons. Il a par ailleurs reçu cinq Victoires de la musique. En 2017, ses ventes sont estimées à plus de 100 millions de disques, ce qui le classe parmi les plus grands vendeurs de disques français.
Michel Charles Sardou naît le 26 janvier 1947 à Paris, à 14 h, dans une clinique de la rue Caulaincourt dans le 18e arrondissement. « Enfant de la balle », fils unique de la danseuse et comédienne Jackie Sardou et du chanteur et comédien Fernand Sardou, petit-fils de Valentin Sardou, il est l’héritier d’une longue tradition familiale dans les métiers du spectacle. Il est d'origines provençale par son père et parisienne par sa mère. Ses grands-parents paternels étaient en effet comiques de scène à Marseille et sa grand-mère maternelle était danseuse de cabaret dans la capitale. Frédéric Quinonero émet l'hypothèse que le nom « Sardou » renverrait à « sarde » ou « originaire de Sardaigne ».
Très jeune, il est élevé dans le petit village de Kœur-la-Petite dans la Meuse par une nourrice qui exerce la profession de garde-barrière, Marie-Jeanne, à qui il dédie la chanson Marie ma belle en 1994. Mais cette existence ne dure pas, et il passe son enfance à suivre ses parents dans les cabarets parisiens où ils se produisent et assiste à leurs tournées, ce qui représente une passion pour lui.
Alors pensionnaire au collège du Montcel, établissement privé luxueux de Jouy-en-Josas où il côtoie les jeunes Patrick Modiano, Jean-Michel Ribes et Patrick Balkany, sa situation scolaire peu brillante et la vie qu'il mène, entre coulisses et salles de spectacles, le poussent petit à petit à envisager d'arrêter ses études qui ne l'intéressent pas. En 1964, âgé de 16 ans, après avoir passé la première partie de son baccalauréat, il projette avec un ami de son pensionnat, après avoir vu au cinéma L'Homme de Rio, de partir vivre au Brésil, afin d'y monter une boîte de strip-tease. Retenu par des employés de l'aéroport, son père le récupère à Orly.
Durant la première partie des années 1960, Michel Sardou chante dans différents cabarets de Montmartre, dont celui de Patachou (mère de l'auteur-compositeur Pierre Billon, avec qui il se lie d'amitié et avec lequel il collabore à partir des années 1970). Il officie également le soir comme serveur-artiste (1963) et chanteur (1964-1965) dans le cabaret de ses parents Chez Fernand Sardou ; dans la journée il prend des cours de théâtre chez Raymond Girard puis chez Yves Furet.
Après avoir tourné en tant que figurant dans le film Paris brûle-t-il ? de René Clément en 1965, Michel Sardou décroche un premier contrat avec la maison de disques Barclay Records. Il débute dans la chanson la même année avec le 45 tours Le Madras coécrit avec ses amis Michel Fugain et Patrice Laffont. Cette chanson, qui est une charge contre le mouvement hippie, lui offre un premier passage à la télévision durant lequel il est confronté à un jury dans lequel figure l'acteur Jean Yanne. Ce jury ne l'estime pas capable de percer dans le monde de la chanson et la sortie du Madras passe incognito. S’ensuit une série de 45 tours qui, petit à petit, lui donnent un début de notoriété, sans pour autant rencontrer de véritable succès commercial.
En 1966, il fait la rencontre de Jacques Revaux, qui devient son plus fidèle collaborateur et le compositeur de nombreuses chansons, dont beaucoup figurent parmi les classiques de son répertoire. Mais la même année, il est arrêté par les gendarmes, pour avoir oublié de répondre au recensement militaire, dans la salle de Bobino où il assure la première partie du spectacle du chanteur François Deguelt. Conduit à la caserne de Montlhéry, il doit alors assumer dix-huit mois de service militaire. Cette expérience va lui inspirer, cinq ans plus tard, la chanson satirique Le Rire du sergent.
Sa carrière est réellement lancée en 1967, avec le titre Les Ricains, aussitôt censuré : alors que la France vient de sortir du commandement intégré de l’OTAN (l’année précédente), et que la guerre du Viêt Nam provoque une vague d’antiaméricanisme généralisée dans le monde, Michel Sardou chante le devoir de reconnaissance envers les États-Unis sans qui, affirme-t-il, « vous seriez tous en Germanie / À parler de je ne sais quoi / À saluer je ne sais qui », claires allusions à la libération de 1944 par les forces alliées. La chanson n'est pas du goût du président de la République Charles de Gaulle qui recommande sa non-diffusion à l'ORTF, le refrain étant notamment perçu comme une critique de la ligne géopolitique gaullienne. Un gendarme intervient même à Europe n°1 pour se saisir du 45 tours.
Cet épisode confère au chanteur une notoriété nouvelle mais encore fragile. Entre 1967 et 1970, il peine toujours à rencontrer un franc succès ; seule la chanson Petit, en 1968, obtient un succès d'estime. Devant l’enchaînement de 45 tours au succès très mitigé, Eddie Barclay décide en 1969 de résilier son contrat, ne l'estimant « pas fait pour ce métier ». Le même jour, Barclay licencie également Pierre Perret.
Le 27 juin 1969, Michel Sardou signe avec la maison de disque Tréma, un label discographique créé la même année par Jacques Revaux et Régis Talar, afin de poursuivre la production de ses disques.
1970-1975 : Ascension et succès populaire
En 1970, Michel Sardou atteint véritablement le statut de vedette. Il enregistre l'album J'habite en France, dont est extrait le 45 tours qui devient son premier grand succès radiophonique et commercial : Les Bals populaires. Alors qu’il n'en voulait initialement pas, cette chanson le place en première place du hit-parade et termine quatrième plus gros succès de l'année 1970. Plus tard dans l'année, les titres J’habite en France et Et mourir de plaisir, extraits du même album, s'imposent aussi comme de grands succès.