Michel Léon Émile Santier, né à Granville le 20 mai 1947, est un évêque catholique français. Engagé dans le mouvement du Renouveau charismatique, il a été fondateur de la communauté charismatique Réjouis-toi en 1977, et premier directeur de l’École de la foi de Coutances à partir de 1989. Il fut évêque de Luçon de 2001 à 2007, de Créteil de 2007 à 2021, et est évêque émérite depuis le 9 janvier 2021.
Michel Santier démissionne en juin 2020 et quitte ses fonctions en janvier 2021, après l'information auprès de sa hiérarchie d'« abus spirituels à des fins sexuelles », notamment dans le cadre de la confession, commis dans les années 1990 sur deux jeunes hommes adultes. L'Église catholique, informée par les deux premières victimes en 2019, garde le silence sur cette affaire. Quand la presse la révèle au public en octobre 2022, cinq autres victimes potentielles se font connaître. Le procureur de la République est alors saisi.
Michel Santier se prépare à la prêtrise dans les séminaires normands de Coutances, de Bayeux puis de Caen. Il complète sa formation à l'Institut biblique de Rome où il obtient une licence en Écriture sainte.
Il est ordonné prêtre le 7 juillet 1973 pour le diocèse de Coutances. Après avoir exercé son ministère à la paroisse de Coutances de 1976 à 1978, il est professeur d'Écriture sainte au Grand séminaire de Caen, dont il devient supérieur du 3e cycle en 1990.
En 1977, il fonde la Communauté Réjouis-toi dont il est le « berger » général.
En 1989, il est le directeur de l'école de la foi de Coutances destinée aux jeunes de l'Ouest, où il enseigne l'Écriture sainte. C'est là qu'il commet des abus sur deux majeurs.
En 1996, il prend des responsabilités au niveau diocésain comme vicaire épiscopal chargé de la formation des prêtres et des laïcs et délégué diocésain pour l'œcuménisme.
Nommé évêque de Luçon en Vendée par Jean-Paul II le 19 juin 2001, il est consacré le 23 septembre 2001 par Jacques Fihey, évêque de Coutances, et Clément Guillon, évêque de Quimper. Le 4 septembre 2007, le pape Benoît XVI lui confie la charge du diocèse de Créteil. Il succède à Daniel Labille qui avait atteint la limite d'âge de sa charge pastorale. Son installation a lieu au Palais des Sports de Créteil le 18 novembre 2007. Dans ces deux postes, contrairement à la tradition, il choisit de ne pas porter d'armoiries.
Au sein de la Conférence des évêques de France, il a présidé le Conseil pour les relations interreligieuses. Il est membre du Comité pour le renouveau charismatique depuis 2001 et a été membre du Conseil pour les relations inter-religieuses et les nouveaux courants religieux. Le 8 novembre 2008, il est devenu président de ce conseil pour un mandat de trois ans, après quoi il laisse sa place à Michel Dubost. Il est membre depuis 2011 de la Commission doctrinale.
Il est alors également l'évêque accompagnateur pour le Renouveau charismatique et les communautés nouvelles.
Le 20 septembre 2014, il annonce l'ouverture du procès en canonisation du bienheureux Jerzy Popiełuszko à la suite d'une guérison d'un malade qui avait demandé l'intercession du bienheureux.
Après le témoignage de deux hommes majeurs, un dossier de signalement sur Michel Santier est adressé à Rome en décembre 2019 par l'archevêque de Paris Michel Aupetit. En avril 2020, Michel Santier contracte le Covid-19 et est hospitalisé. Le 5 juin 2020, il annonce dans un communiqué sa démission pour raisons de santé. Il demeure cependant évêque jusqu'à la nomination de Dominique Blanchet, son successeur, en janvier 2021.
Le 14 octobre 2022, Famille chrétienne révèle que le Vatican a pris en octobre 2021 des mesures disciplinaires contre Michel Santier pour des abus spirituels à des fins sexuelles commis sur deux majeurs dans les années 1990 dans le diocèse de Coutances (Manche), alors qu'il était prêtre et directeur de l’École de la foi. Sa démission prématurée, en 2020, était liée à cette affaire. Il avait lui-même avoué les faits dans sa lettre de démission adressée au pape François. Ces abus ont été commis avec une instrumentalisation des sacrements, notamment celui de la confession. Sur le mode du strip-poker, le pénitent devait enlever un à un ses vêtements, à chaque péché avoué. L'épiscopat aurait cherché à éviter la divulgation de cette affaire, en traitant avec légèreté ce dossier avant qu’il ne devienne un scandale public. Ainsi, alors même que la hiérarchie catholique était au courant, Michel Santier avait pu participer à la messe d'installation de son successeur en janvier 2021, et à la messe chrismale dans son ancien diocèse en avril 2022.
Aumônier depuis 2021 à l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte dans la Manche, il quitte cette fonction par un décret de l'évêque du lieu au moment où est révélée l'affaire.
Le 20 octobre 2022, Dominique Lebrun, archevêque de l'archidiocèse de Rouen dont dépend le diocèse de Coutances, signale cinq autres victimes de Michel Santier quand il était prêtre dans ce diocèse. Le procureur de la République est informé de ces nouveaux cas. Le 13 décembre 2022, Dominique Lebrun annonce que le Dicastère pour la Doctrine de la foi a chargé Olivier Leborgne, évêque d’Arras, de mener une enquête canonique préliminaire prenant en compte d'autres potentiels abus. Ce dernier a livré ses conclusions à Rome en mai 2023. Les diocèses de Luçon et de Créteil, qui avaient lancé un appel à témoignages à l'automne 2022, n'ont recueilli aucun nouveau signalement selon les évêques concernés. En septembre 2025, le jugement de son procès canonique n'a toujours pas été rendu.
Anne Lécu, membre de la cellule de lutte contre les dérives sectaires dans l’Église catholique, regrette que Laurent Le Boulc'h, évêque du diocèse de Coutances et Avranches, n'ait pas lancé d'appel à témoin, avant la révélation de l'affaire dans la presse, pas plus que les diocèses de Luçon et Créteil, afin de rechercher d'autres victimes potentielles de Michel Santier.
Pour Aymeric Christensen, directeur de la rédaction du média catholique La Vie, de multiples questions restent sans réponse : « Pourquoi ne pas avoir publié la condamnation ? Pourquoi avoir, de fait, laissé l’évêque mentir sur les raisons – « de santé » et… « d’autres difficultés » – de son départ ? Auparavant, comment avait-il pu accepter une telle charge en connaissant ses propres antécédents ? N’est-il pas urgent d’améliorer les enquêtes lors des processus de nominations ? Et surtout, surtout : y a-t-il actuellement d’autres clercs dont la retraite dissimule en réalité des sanctions de ce type ? ». Selon lui, la récurrence des abus sexuels et les silences de l'Église alimentent le départ de ses fidèles.
Stéphane Joulain, psychothérapeute et prêtre membre de la Société des missionnaires d’Afrique, exprime son dégoût et relève la « disproportion dans l’imposition de faibles sanctions pour des faits si graves, qui en d’autres temps auraient été sanctionnés par une excommunication ». Il ne croit plus en la capacité de l'Église de se réformer en matière pénale, comme dans le cas du cardinal Marc Ouellet où le Vatican s'est montré incapable d'appliquer ses propres règles.