Michel Legrand, né le 24 février 1932 à Paris 20e et mort le 26 janvier 2019 à Neuilly-sur-Seine, est un musicien, compositeur, pianiste de jazz, chanteur et arrangeur français.
Touche-à-tout musical, Michel Legrand a contribué à briser les barrières entre la musique classique, le jazz et l'easy listening. Il est notamment célèbre pour ses compositions de musique de film, mais aussi pour ses collaborations en jazz et ses chansons populaires. Sa carrière lui a valu de nombreuses distinctions, dont trois Oscars pour la musique de cinéma sur onze nominations, ce qui fait de lui l'artiste français le plus récompensé dans cette catégorie.
Michel-Jean Legrand naît à Paris dans le quartier de Ménilmontant. Ses parents, le compositeur Raymond Legrand (1908-1974) et Marcelle Der Mikaëlian (1909-1978) (sœur du chef d'orchestre Jacques Hélian, en partie d’ascendance arménienne) divorcent quand il a trois ans. Il a une sœur aînée, Christiane Legrand.
Michel Legrand étudie le piano et l'écriture au Conservatoire national de musique à Paris de 1942 à 1949, dans les classes de Lucette Descaves, Henri Challan et Nadia Boulanger notamment, et où il remporte plusieurs premiers prix. Il se prend de passion pour le jazz après avoir assisté en 1947 à un concert de Dizzy Gillespie avec lequel il collaborera quelques années plus tard, écrivant en 1952 les arrangements pour l'orchestre à cordes qui accompagne le trompettiste dans ses concerts européens.
Sans être crédité aux génériques, il fait ses premiers pas pour des musiques de films auprès de son père, pour lequel il écrit des orchestrations et arrangements, quand ce ne sont pas des chansons complètes.
Praticien d'une douzaine d'instruments, il écrit en 1951 des arrangements pour l'orchestre de son père qui l'introduit dans l’univers de la chanson de variété. Il commence ainsi une carrière d’accompagnateur et d'arrangeur avec Jacques Canetti au théâtre des Trois Baudets, dans les tournées et pour la maison de disques Philips. Il met son talent d'arrangeur au service de Jacqueline François, Henri Salvador, Catherine Sauvage (pour l'album Léo Ferré), Jacques Brel. Le piano de ses débuts est actuellement chez Françoise, la fille de Jacques Canetti.[réf. nécessaire]
En 1954, à la demande de la firme américaine Columbia et grâce à Jacques Canetti producteur musical chez Philips qui a passé un accord avec cette firme, il offre des relectures jazzy de rengaines françaises. L'album I Love Paris est un énorme succès (8 millions d'exemplaires écoulés) ; la reconnaissance de Legrand se fait internationale. Dans les années qui suivent, toujours pour Columbia, Legrand enregistre plusieurs albums d'easy listening.
En 1956, Jacques Canetti le présente à Maurice Chevalier qui l'engage comme directeur musical de son spectacle à l'Alhambra.
En 1957, il est invité au Festival mondial de la jeunesse de Moscou et Zizi Jeanmaire lui confie la direction musicale de son spectacle.
En 1958, pour Legrand Jazz, il enregistre à New York avec Miles Davis, John Coltrane et Bill Evans, devenant l'un des premiers Européens à travailler avec les maîtres du jazz moderne.
En 1966, il a fait les arrangements de la chanson internationale C'est si bon d'Henri Betti et André Hornez pour l’album de Barbra Streisand Color Me Barbra. À noter qu'en 1948, son père Raymond Legrand a dirigé l’orchestre pour l’enregistrement de cette chanson par les sœurs Étienne.
Influencé par Stan Kenton, il mène une brève carrière de jazzman comme leader : Holiday in Rome en 1955, Michel Legrand Plays Cole Porter en 1957, Legrand in Rio en 1958.
Certaines compositions de Michel Legrand, telles La Valse des Lilas (en anglais : Once upon a summer time, Chet Baker, Bill Evans), la Chanson de Maxence (You must believe in spring), What are you doing the rest of your life le thème principal du film The Happy Ending ou encore le thème principal de la bande originale du film Un été 42 (The summer knows), sont devenues des standards de jazz.
L'émergence de la Nouvelle Vague au tournant des années 1960 va ancrer définitivement Michel Legrand dans le monde de la musique de film. Il travaille pour Agnès Varda (Cléo de 5 à 7 en 1962), Jean-Luc Godard (Une femme est une femme en 1961, Vivre sa vie en 1962 et Bande à part en 1964) et surtout Jacques Demy (Lola en 1961, Les Parapluies de Cherbourg en 1964, Les Demoiselles de Rochefort en 1967 et Peau d'Âne en 1970) avec qui il invente la comédie musicale à la française. Les Parapluies de Cherbourg est ainsi un film chanté en continu où tous les dialogues sont inspirés par la musique, ce qui était novateur à l'époque.
En 1966, après avoir été nommé aux Oscars pour son travail sur Les Parapluies de Cherbourg, il décide d'aller tenter sa chance à Hollywood et s'installe à Los Angeles. Ses amitiés avec Quincy Jones et Henry Mancini l'aident grandement à se faire une place dans ce milieu hautement concurrentiel et lui permettent de rencontrer les paroliers Alan et Marilyn Bergman.
En 1968, le réalisateur Norman Jewison l'appelle à la rescousse : il n'arrive pas à monter son dernier film tout en ayant déjà 5 heures d'images tournées. Michel Legrand propose alors de composer seul, sans contrainte et en n'ayant vu le film qu'une seule fois, une heure et demie de musique originale, pour que le réalisateur puisse ensuite monter son film en se calant sur cette musique. Le procédé est inédit, car d'habitude à Hollywood la musique de film est créée et ajoutée le tournage et le montage du film. Le résultat est novateur pour l'époque : le film L'Affaire Thomas Crown dans lequel les plans suivent le rythme de la bande originale. Le film et sa musique sont un succès, et la chanson phare de la bande originale, The Windmills of Your Mind (Les Moulins de mon cœur) vaut à Michel Legrand de recevoir l'Oscar de la meilleure chanson originale l'année suivante. Les Moulins de mon cœur est repris ensuite par des chanteurs de variétés comme Marcel Amont et Claude François.
Deux ans plus tard, il reçoit l'Oscar de la meilleure musique de film pour Un été 42 de Robert Mulligan (1971) dont la chanson-thème The Summer Knows par Barbra Streisand rencontre le succès. Entre 1971 et 1975, nommé vingt-sept fois aux Grammy Awards, il en remporte cinq. Il décroche un troisième Oscar pour Yentl de Barbra Streisand en 1983. La même année, il compose la bande sonore de Jamais plus jamais d'Irvin Kershner, ultime James Bond avec Sean Connery dont la chanson-titre est écrite par Alan et Marilyn Bergman.
Ses deux dernières compositions pour le cinéma ont été pour des films de Xavier Beauvois : La Rançon de la gloire avec Benoît Poelvoorde et Roschdy Zem (2015) puis Les Gardiennes avec Nathalie Baye et Laura Smet (2017).