Michel Chamillart, né le 2 janvier 1654 à Paris où il est mort le 14 avril 1721, est un homme d'État français. À la fois ministre des finances et de la guerre, il dut faire face à la crise financière de 1709 et à la guerre de Succession d'Espagne.
Il est issu de la famille Chamillart, une famille de robe originaire de Sens, fils de Guy Chamillart, procureur, puis intendant, et de Catherine Compaing. Pierre Bureau est son précepteur ecclésiastique.
Comme beaucoup de ses contemporains ambitieux, il commence sa carrière comme conseiller au Parlement de Paris en 1676. Il fait la rencontre du Roi vers 1684, lors d'une partie de billard. Sa réputation de joueur hors pair l'avait fait connaître de Louis-Joseph de Vendôme et de Louis de Lorraine, qui le prennent en affection et le font admettre à une partie auprès de Louis XIV, grand amateur de ce jeu et qui apprécia, outre ses talents au billard, sa modestie.
Sa carrière prend par la suite un tournant de plus en plus favorable : le roi le fait maître des requêtes en 1686, puis intendant de Rouen en 1689, et il revient à Paris en 1690 pour y être intendant des finances.
Dans la capitale, il sait se faire apprécier du monde des financiers, mais surtout gagne l'amitié de Madame de Maintenon, qui va lui confier une partie de l'administration de son école pour filles de Saint-Cyr. Il se fait connaître pour son affabilité, sa facilité d'accès et sa disposition à servir, en plus de se faire des amis tels les ducs de Chevreuse ou de Beauvilliers.
Louis XIV apprécie chez lui sa probité et même une certaine délicatesse.
Une fois les portes de l'administration publique ouvertes, on le voit occuper la fonction de contrôleur général des finances à la suite de la démission de Louis de Pontchartrain en 1699, puis, en parallèle, celle de secrétaire d'État à la Guerre dès 1701, en dépit de son inexpérience complète de la chose militaire. Il devient ainsi, à la stupéfaction générale, « Colbert et Louvois tout ensemble », la plus importante charge jamais confiée au sein du gouvernement, et le principal collaborateur du Roi, qui a subi auparavant les désaccords entre ses deux principaux ministres.
Il est l'un des rares ministres de son époque à ne devoir son élévation qu'au bon vouloir du monarque, sans l'aide de clientélisme ou d'un réseau d'amis ou de parents influents. En effet, il est dépeint comme solitaire, ne se reconnaît pas dans la mondanité des courtisans et semble manquer de confiance en lui. Pour l'historien Thierry Sarmant, c'est l'effacement, la commodité et l'obéissance de Chamillart (tout comme la discrétion de ministres tels d'Aligre, Boucherat ou Pontchartrain) qui l'auraient favorisé auprès de Louis XIV, lui-même de nature timide et préférant éviter d'avoir à imposer sa volonté auprès de personnalités trop affirmées.
Il est apprécié de Louis XIV, qui le rencontre plusieurs fois par jour et avec qui il joue au billard. Les deux hommes entretiennent également une amitié, au point d'échanger des confidences. Chamillart se sent d'ailleurs bien plus à l'aise lors des séances de travail en privé avec le souverain où il peut entre autres lui rapporter ce qu'il a vu et entendu — au grand plaisir de ce dernier — que lors des réunions où tous les ministres sont présents et surenchérissent afin de se mettre en valeur.
Il s'efforce de renflouer les finances royales en créant des offices et des anoblissements, en améliorant le rendement des impôts, en faisant refondre les monnaies, en émettant des emprunts.
En matière militaire, il s'efforce de reconstituer les armées françaises après les défaites de Hochstedt (1704) et de Ramillies (1706).
En 1702, sa fille épouse le duc de Lorges, beau-frère de Saint-Simon, avec qui il se lie et dont il restera l'ami après sa disgrâce, jusqu'à sa mort.
En 1706, il succède à Gilbert Colbert de Saint-Pouange comme Grand Trésorier de l'ordre du Saint-Esprit. En novembre 1713, il se démettra de cette charge.
En 1708, le mariage de son fils avec la fille d'une quiétiste froisse la marquise de Maintenon, qui lui devient hostile.
Il reconnaît lui-même postérieurement que son étoile cesse de briller à partir de janvier 1701, c'est-à-dire à partir de son accession à la tête du département de la guerre, alors qu'il est toujours contrôleur des finances.
Occupés avant lui séparément par d'importantes personnalités, ces deux postes sont trop lourds pour un seul homme, pour ses compétences et sa santé, eu égard à la période difficile que le royaume traverse à la fin du règne de Louis XIV et au fait aussi qu'il portait sur ses épaules les revers militaires subis durant la guerre de Succession d'Espagne.
Voltaire résume cela en écrivant qu'il n'était « ni politique, ni guerrier, ni même homme de finance ».
Chamillart peine à imposer son autorité devant ses généraux d'armée, mais le roi persiste à défendre son ministre favori. Épuisé, conscient de la réprobation qu'il suscite, il va proposer sa démission des finances, qui est acceptée par Louis XIV le 21 février 1708.