Ce Jour-là

Michel Aflak

Homme politique, écrivain et historien syrien

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Michel Aflak (en arabe : ميشيل عفلق), né le 19 janvier 1912 à Damas (selon les coutumes de l’époque, son âge a été vieilli de 2 ans, raison pour laquelle la date (1910) figure souvent, mais à tort, comme étant sa date de naissance)[réf. nécessaire] et mort le 23 juin 1989 à Paris, est un homme politique, écrivain, et historien syrien.

En 1940, Aflak et Salah Eddine Bitar fondent le Mouvement arabe Ihya (qui se rebaptise plus tard Mouvement Baas arabe, en prenant le même nom que le groupe de Zaki al-Arsouzi). Le mouvement s'avère un succès et, en 1947, le mouvement Baas arabe fusionne avec l'organisation Baas arabe d'al-Arsouzi pour créer le Parti socialiste de la résurrection arabe ou parti Baas, un parti nationaliste arabe prônant le panarabisme. À la tête du parti, Aflak et Bitar posent les bases idéologiques du nationalisme et du socialisme arabe. Zaki al-Arsouzi inspire également le Parti Baas mais n'y participe pas directement.

En 1966, après la prise de pouvoir des militaires sur le Baas, il est contraint avec les autres cadres du parti à l'exil. Au lendemain de la scission du parti Baas originel en 1966, le parti Baas syrien dominé par les militaires de Salah Jedid et d'Hafez el-Assad qui se réfèrent à Zaki al-Arsouzi, ont accusé Aflak d'avoir volé les idées d'al-Arsouzi, le traitant de « voleur ». Après le Coup d'état d'Assad qui renversa Jedid, le régime d'Assad l'a condamné à « mort par contumace » en 1971. Le parti Baas irakien rejette cette affirmation et ne croit pas qu'al-Arsouzi ait contribué à la pensée baasiste.

Il termine sa vie en Irak où il obtient le poste honorifique de Secrétaire général du comité panarabe du Baas.

Né à Damas le 19 janvier 1912, dans une famille de la petite bourgeoisie chrétienne orthodoxe, Michel Aflak est le fils d'un nationaliste arabe convaincu, opposé à l’Empire ottoman puis à la présence française en Syrie. Son père [Youssef Aflak, يوسف عفلق] a adhéré au Bloc national, dès sa fondation en 1928, il a longtemps milité contre la présence turque puis contre la présence française dans la région et s'est fait arrêter plusieurs fois pour cela.

Les membres de sa famille ont participé à la révolution syrienne de 1925, ainsi qu'à toutes les révolutions palestiniennes.

Dans sa jeunesse, guidé et encouragé par son oncle [le Dr Chukri Zaidan), il lisait les livres d'auteurs de la Nahda, d'autres livres sur Abou al Alaa al Maari, et des romans historiques sur le Califat omeyyade et abbasside.

Étudiant à la faculté d'histoire de la Sorbonne à partir de 1928, il s'y passionne pour l'histoire des idées politiques. Ce qui l'intéresse ce sont les grands courants d'idées des XIXe et XXe siècles. Il s'intéresse tout particulièrement à Pierre-Joseph Proudhon, Karl Marx, Vladimir Ilitch Lénine, Friedrich Nietzsche, Georges Sorel, Maurras, Michał Bergson, André Gide et Romain Rolland. Dans un entretien avec Charles Saint-Prot il explique qu'avant de venir en France il n'était qu'un nationaliste de sentiment, et c'est en entamant ses études à Paris qu'il comprend que le nationalisme arabe doit dépasser le cadre sentimental pour reposer sur des bases solides, et envisager tous les champs : la politique, l'économie, la culture et les problèmes sociaux.

Paris devient au début du xxe siècle le centre de rayonnement du nationalisme arabe en raison du grand nombre d'étudiants arabes présents dans la ville. C'est à Paris qu'il rencontre son compatriote Salah al-Din al-Bitar, un musulman sunnite qui partage les mêmes préoccupations que lui, ce qui les conduit à fonder l'Union des Étudiants arabes en France. Il milite également au sein de l'Association arabe syrienne et de l'Association culturelle arabe. Ensemble, ils ont participé à de nombreuses conférences et débats politiques pour approfondir leurs connaissances des idéologies et théories économiques.

Enseignement et engagement politique

Rentrés tous deux en Syrie, ils enseignent au prestigieux lycée Tajhiz al-Ula de Damas, l'un l'histoire et l'autre les sciences naturelles et la physique. En Syrie, Aflak ne se lance pas immédiatement dans la politique. Entre 1932 et 1936, il était surtout connu pour son enseignement et la littérature et on le considérait alors comme un écrivain et un poète. Il devient un poète à succès et il est salué par la critique. En tant qu'enseignant, il se plie difficilement aux méthodes d'éducation et au système scolaire imposé par la puissance mandataire. Par ailleurs, il utilise avec Bitar sa fonction de professeur pour influencer politiquement ses élèves sur l'actualité du monde arabe. Mais ces méthodes ne sont pas appréciées par le ministère de l'Éducation qui émet contre lui des avertissements avant de lui infliger des sanctions.

Aflak et Bitar s'expriment tout d'abord dans les colonnes de la revue At-Taliya – L'Avant-Garde –, et du journal Al-Aiam de tendance communiste qui rassemblent des auteurs de diverses tendances opposées au maintien du régime des mandats français et anglais dans le Proche-Orient arabe. Cependant, dès 1936, ils constatent, lors de la victoire remportée en France par le Front populaire, que leurs amis communistes se font beaucoup plus modérés, obéissant en cela aux consignes venues de Moscou.

« Nous n'avons que faire du mythe de l'Internationale prolétarienne et nous ne voulons pas passer d'une domination à une autre. Nous sommes des nationalistes arabes et nous ne pouvons que constater une divergence fondamentale pour ce qui concerne nos objectifs stratégiques essentiels avec ceux des marxistes. Nous plaçons la question nationale au centre de nos priorités, eux ne prennent en compte que les mots d'ordre et les directives émanant de leur capitale politique : Moscou. »

Et c'est à partir de là que Michel Aflak vit une période de sa vie qu'il décrit comme « une profonde crise morale et intellectuelle qui a duré deux ans. Une crise pendant laquelle nous avons abandonné toute écriture et tout travail ».

Cette constatation conduit rapidement à une rupture et à une clarification qui débouche, en 1939, à la création du Cercle de la résurgence arabe (al-Ihya al-Arabi). C'est l'occasion pour Aflak et Bitar d'être rejoints par Zaki al-Arzouzi, un Alaouite d'Alexandrette qui s'est également imposé depuis plusieurs années, avec sa Ligue d'action nationaliste et son Cercle de l'arabisme, comme l'un des intellectuels capables de formuler les idées nécessaires à la résurrection de la nation arabe. C'est avec lui, qu'Aflak et Bitar entrent dans le milieu des intellectuels arabes nationalistes.

Ils fondent alors un petit club littéraire, la Jeunesse de la résurgence arabe (Shabab al-Ihya al-Arabi).

Mais la Seconde Guerre mondiale met momentanément fin à leurs activités politiques.

En 1941, au royaume d'Irak, un jeune militaire nationaliste, Rachid Ali al Gaylani, renverse le gouvernement probritannique et ouvre le pays aux Allemands. La révolution de Gaylani était alors antimonarchique et anticolonialiste et elle a eu un grand retentissement dans la Syrie voisine. Pour soutenir son coup d'État, Aflak et son groupe se mobilisent, et créent le mouvement Haraka nisrat al irak (mouvement de soutien à l'Irak). Il rédige un appel, « Soutenons l'Irak » rassemble des volontaires, des fonds, des armes et des médicaments. Cependant, Arzouzi condamne très clairement Aflak pour le soutien qu'il apporte à ce coup d'État qui est pour lui incompatible avec les valeurs du nationalisme arabe. Il dénonce également un opportunisme droitier. Quant à Aflak, il se justifie en affirmant que toute aide est la bienvenue pour se débarrasser de la tutelle européenne sur le monde arabe. La révolte irakienne est brisée en mai 1941. Cependant, la mobilisation qu'elle a suscitée en Syrie a permis de nouveaux rapprochements, notamment avec Djamil as-Sayid qui dirige la Ligue Nationale du Travail. L'embryon d'un parti autour d'un comité exécutif se constitue rapidement, qui réunit Michel Aflak, Salah al-Din al-Bitar, Madhat al-Bitar et Djamil as-Sayid.

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