Menie Grégoire, née le 15 août 1919 à Cholet (Maine-et-Loire) et morte le 16 août 2014 à Tours (Indre-et-Loire), est une journaliste et écrivaine française.
Elle est notamment connue pour avoir animé une émission de radio d'écoute et de parole intitulée Allô, Menie sur RTL de 1967 à 1982.
Menie Grégoire, dont le vrai nom est Marie Laurentin, est la fille de Maurice Laurentin, architecte, et de Marie Jactel. Son frère, l'abbé René Laurentin, est un prêtre et théologien de renom. Elle a confié les raisons pour lesquelles, dès l'âge de trois ans, elle ne veut plus porter le prénom Marie : « J'ai refusé ce nom qui contenait probablement pour moi une façon d'être, un lourd bagage chrétien, classique et bourgeois. J'ai voulu m'appeler Menie ».
Le 26 août 1943, Marie Laurentin épouse Roger Grégoire — alors professeur à Sciences Po puis conseiller d'État ayant terminé sa carrière comme président de section au Conseil d'État — avec lequel elle participe à Tournez manège ! en 1986. Ils ont trois filles : Ève, Isabelle et Nathalie.
Par sa grand-mère paternelle, Juliette Furet, elle est la cousine de l'historien François Furet. Elle est la grand-mère d'Adèle Bréau, auteure et journaliste.
Menie Gregoire, par son père, descend aussi d'une branche Talbot des Deux-Sèvres — largement impliquée dans les combats contre les républicains — dont Joseph Talbot époux de Jeanne Roy, qui est exécuté en 1794 à Chinon.
Activité journalistique au service de la condition des femmes
Menie Grégoire reprend une activité professionnelle à la scolarisation de sa dernière fille. Elle fait des productions journalistiques sur des sujets d'art et de maisons avant d'intégrer la revue Esprit où elle participe aux premiers numéros dont les femmes sont le sujet avec un numéro spécial intitulé La femme au travail. Elle s'intéresse alors aux problématiques que rencontrent les femmes dans leur vie. Elle fait partie du comité directeur de la revue de 1960 à 1970.
En parallèle de l'activité de journaliste, Menie Grégoire fait partie du Comité de liaison des associations féminines, est nommée experte au Conseil national du travail féminin et donne des conférences notamment à travers l'Europe (Suède, Italie, Finlande, etc.) et jusqu’aux États-Unis. Son intérêt est particulièrement ciblé sur le travail et les femmes ainsi que sur la contraception. Son voyage en Suède lui fait découvrir le premier planning familial européen. Elle participe à faire découvrir en France la contraception américaine naissante : la pilule contraceptive.
Elle travaille également pour le magazine Elle où elle écrit des articles qui lui valent des centaines de lettres de lecteurs chaque semaine.
En 1964, son ouvrage Le métier de femme est un succès qui la fait découvrir à un plus large public. L'ouvrage, relatif aux réflexions sur le travail et les femmes, occupe une importante partie de son activité professionnelle avant son arrivée à RTL. Pour elle, le féminisme imprégné des idées de combat de Simone de Beauvoir est dépassé, les femmes dans leur réalité sont mères et aspirent à vivre sainement dans leur foyer quelle que soit leur situation sociale ou intellectuelle. Si son aînée a une vision théorique, Menie Grégoire se veut plus pragmatique, plus proche de la réalité sociale des femmes.
À partir de 1968, elle contribue à Marie Claire avec des sujets d’actualité autour du féminisme et notamment de la sexualité. En 1973, elle est entendue à l'Assemblée nationale dans le cadre des travaux d'Henry Berger et de la commission des Affaires culturelles, familiales et sociales ; elle y fait part des messages reçus de la part de son audience (par courrier ou appel téléphonique).
Carrière à la radio et à la télévision
Ses émissions Allô, Menie et Responsabilité sexuelle sur RTL ont contribué à vulgariser la psychanalyse et à démythifier la sexualité ; elles ont battu des records de longévité : plus de quatorze ans, de 1967 à 1981.
L'émission Allô, Menie (30 min à 1 h selon les périodes) avait lieu chaque jour en direct, en début d'après-midi. Après lecture et commentaire d'une lettre, Menie Grégoire répondait en direct à des appels d'auditeurs durant 6 à 9 min. Une seconde émission d'une demi-heure fut ajoutée en octobre 1973 intitulée Responsabilité sexuelle, considérée comme la première émission sexuelle radiophonique, à vocation principalement d'éducation sexuelle.
En 1967, Radio Luxembourg fait peau neuve. La station est renommée RTL par le nouveau président-directeur général Jean Prouvost et Jean Farran intègre la tête de la station. Homme de télévision, il souhaite créer de l'interactivité avec les auditeurs et rajeunir le public visé. Il s'adresse à Menie Grégoire pour cibler le public féminin, pour faire parler les femmes. Menie Grégoire accepte et lit une lettre d'une lectrice du magazine Elle sur un problème féminin alors indicible : un sujet de sexualité. Les jours suivants les lettres affluent de manière croissante. L'équipe finit par dédier un standard pour créer un dialogue plus vivant et toujours plus interactif avec les auditeurs. Les émissions se déroulent alors en deux séquences : la lecture d'une lettre et son commentaire ainsi qu'un appel et un dialogue avec Menie Grégoire. Les auditeurs sont entre 80 et 90% des femmes. L'émission est d'ailleurs conçue comme étant un espace féminin d'écoute, de conseil et d'échange. L'émission est diffusée dans un créneau horaire approprié, en début d'après-midi, quand les hommes sont au travail et les enfants à l'école.
Durant les émissions qu'elle anime, des auditeurs, de façon anonyme, lui téléphonent pour avoir des réponses à leurs interrogations sur les questions de société. On recense trois thématiques prédominantes au cours des 14 années de diffusion. Tout d'abord les questions du couple, du foyer, de la famille et du rôle de chacun au sein de la famille. Ensuite les questions relatives à la sexualité et à la santé sexuelle émergent jusqu'à devenir prépondérantes, aboutissant à la création d'une seconde émission en 1974, intitulée Responsabilité sexuelle, en parallèle de la décision de création d'une éducation sexuelle à l'école. Cette dernière est toujours animée par Menie et un homme (homme d'église, médecin, sexologue). L'intervenant le plus régulier est le Dr Michel Meignant, un médecin sexologue et psychothérapeute ayant dirigé les premières traductions françaises des œuvres de Masters et Johnson. Enfin, les dernières années voient augmenter le nombre de sujets portant sur les difficultés économiques et le monde du travail.
Menie Grégoire présente également une émission autour des psychodrames, qui sont des thérapies de groupe où les sujets improvisent à partir d'un rôle donné. Cette nouvelle forme d'émission montre sous un autre aspect l'importance que Menie Grégoire donne à la psychanalyse, elle qui a, comme son amie Françoise Dolto, suivi une thérapie auprès de René Laforgue. « À l'époque où je faisais mon émission, l'homme était souvent un peu une brute et la femme, pas du tout informée ». Elle est ainsi souvent considérée comme la première psychologue radiophonique.