Melchior de Polignac, né à Lavoûte-sur-Loire, près du Puy-en-Velay, le 11 octobre 1661 et mort à Paris le 20 novembre 1741, est un prélat, diplomate et poète français néolatin. C'est le premier personnage qui distingue la maison de Polignac, l'une des plus anciennes de la noblesse française dont la généalogie remonte par filiations probables à la fin du IXe siècle.
Melchior de Polignac naît le 11 octobre 1661 au château de Lavoûte-sur-Loire, comme fils du vicomte Louis-Armand XIX de Polignac (1608-1692), gouverneur du Puy, et de sa troisième femme, Jacqueline Grimoard de Beauvoir du Roure (1641-1721). Cadet de famille, il est destiné à l'Église. Il fait ses études à Paris au collège de Clermont, tenu par les jésuites, puis au collège d'Harcourt et au séminaire Saint-Sulpice.
À la mort du pape Innocent XI, en 1689, le cardinal de Bouillon l'emmène avec lui à Rome, où il rencontre le nouveau pape, Alexandre VIII.
L'échec de la mission de Pologne
En 1691, il commence sa carrière diplomatique. Remarqué à la Sorbonne par le cardinal de Bouillon, celui-ci le prend comme conclaviste lors de l'élection du pape Innocent XII entre février et juillet 1691. A son retour, ses talents de négociateur le font désigner par le roi en 1693 comme ambassadeur de France à Varsovie. Afin de lui permettre de faire face aux dépenses de sa nouvelle charge, le roi le nomme abbé commendataire de l’abbaye de Bonport. L’abbé atteint Copenhague le 12 juillet 1693, où il se coordonne avec M. de Bonrepaus, l'ambassadeur de France dans ce pays, puis gagne Dantzig où il arrive le 25 juillet.
Tentative de signature d'une paix particulière entre la Pologne et l'empire Ottoman (1693-1696)
La question qu'il avait à résoudre en priorité, outre la nécessité de resserrer les liens entre la Pologne et la France, était celle de tenter d'amener les Polonais à la signature d'une paix particulière avec les Turcs. La diversion représentée par la menace ottomane sur les terres de l'Empire favorisait trop les vues de Louis XIV à l'encontre la Maison d’Autriche pour que ce dernier, en pleine guerre de la Ligue d'Augsbourg, ne cherche pas à affaiblir la coalition organisée par l'empereur pour lutter contre les raids incessants de l'empire ottoman sur les territoires relevant de sa couronne. Mais, le roi de Pologne, Jean III Sobieski était lié dans une alliance offensive et défensive contre les Turcs par le traité de Linz signé en 1684 avec l’Autriche et la république de Venise. Ce pacte impliquait qu’il ne pouvait traiter indépendamment. L'abbé tente donc de convaincre la reine qui était française de l'intérêt de cette paix pour le royaume, mais le roi tergiverse pendant trois ans et sa mort à la fin du printemps 1696 vient enterrer l’espoir de cette paix déjà fortement compromise par ses hésitations et la duplicité des Turcs.
L'élection d'un candidat français à la couronne de Pologne (1696-1697)
En 1696, Louis XIV propose à un prince du sang, son cousin le prince de Conti de se porter candidat au trône de Pologne laissé vacant et qui devait faire l'objet d'une élection par la noblesse de ce pays. À la mi-juillet 1696, l’abbé de Polignac reçoit une délégation de la noblesse conduite par le Grand Trésorier Jérôme Lubomirski qui marque nettement le choix d'une grande partie des primats pour une candidature française. Il en rend compte à Louis XIV en ces termes : « On dit que si la nation ne voulait aucun des trois princes, et si elle persistait dans la ferme et constante résolution d'exclure ainsi tous les piastes, il faudra par nécessité recourir aux princes étrangers entre lesquels la faction dont je parle choisit de préférence à tout autre et désire ardemment le prince de Conti ». Toutefois, l’abbé ne cache pas dans ses courriers à Versailles que l’argent était le principal nerf de la guerre dans cette recherche de ralliements à la candidature française. L’abbé de Châteauneuf, envoyé en renfort par Versailles qui se méfiait de son ambassadeur à la suite de rapports défavorables à son action qui lui viennent de Pologne, fait cause commune avec l’abbé de Polignac. Les deux abbés envoient alors une dépêche au prince de Conti dans laquelle ils le supplient de hâter son départ.
Pendant que Louis XIV et son candidat hésitent, l’électeur Frédéric Auguste de Saxe dévoile sa candidature à trois mois de la date des élections. Il s'agissait d'un adversaire dangereux pour le clan français animé par l'abbé de Polignac car, ayant bien préparé son affaire, celui-ci possédait à la fois de l’argent et des troupes prêtes à rentrer en Pologne avec l'appui de la Russie et de l'Autriche qui ne souhaitaient pas que la France s'immisce dans les affaires polonaises. La diète d'élection, réunie les 25 et 26 mai 1697, proclame élu le prince de Conti le 27 au soir. Mais dans la nuit qui suit, les partisans de l'électeur de Saxe qui avaient distribué de l'argent pour favoriser leur candidat pendant la diète, font proclamer élu ce dernier par une minorité de seigneurs polonais en dehors du champ réservé à l'élection, le Kolo, ce qui affectait d'illégalité ce vote. L'abbé prévient Versailles en ces termes : « Voilà, Sire, ce que nous avons fait malgré l'opposition de trois généraux et l'infidélité d'un quatrième. Enfin, Monseigneur le prince de Conti est élu par les trois-quarts de la république et l'autre quart par pur désespoir a élu un autre prince que l'on ne pouvait prévoir. » Le 1er juillet, il se justifiait en ajoutant : « Vous voyez en quel état sont les affaires de Pologne. S'il [Conti] avait été ici ou dans le voisinage et si les millions de la République avait été comptants comme nous l'avions toujours demandé, la double élection ne se serait pas faite ou du moins elle n'aurait pas duré au lieu que présentement, nous nous trouvons avec un titre incontestable sans argent et sans roi, pendant que l'électeur est aux portes avec des troupes et l'assistance de tous les États voisins au Royaume, intéressés à le soutenir ». En effet, fort de cette élection douteuse, l'électeur de Saxe pénètre en Pologne avec ses troupes et va se faire couronner à Cracovie par ses partisans.
S'étant enfin décidé à partir, escorté par l’escadre de Jean Bart, le prince de Conti arrive au large de Dantzig le 26 septembre. Ses premières paroles aux envoyés polonais venus l'accueillir sont pour se plaindre que sa cause avait été mal présentée et qu'il souhaitait rétablir la vérité. Il descend deux fois à terre pour rencontrer ses partisans. L’assemblée de la noblesse de Haute Pologne déclare donc légitime l’élection du prince de Conti, demande en conséquence à son concurrent saxon de quitter le territoire, mais l’électeur refuse de se plier à cette exigence. Le 17 octobre, la diète de confirmation proclame à nouveau roi le prince français. Mais, elle est obligée de lever séance devant l'approche des troupes de l'électeur. Le général saxon Brandt, à la tête d'une troupe assez nombreuse, effectue un raid sur les environs de Dantzig. Le prince de Conti, dépourvu de troupes et menacé par les raids saxons et par la crainte du retour des glaces dans le Sund, décide de repartir avec l’escadre de Jean Bart.
L'abbé de Polignac victime de la raison d'État
L'abbé de Polignac, sur ordre du roi, a payé de quelques années d'exil à Bonport l'échec de la diplomatie française dans cette tentative de s'immiscer dans les affaires de Pologne pour embarrasser l'Autriche qui, associée à l'Angleterre, menait depuis une dizaine d'années la guerre aux frontières du royaume de France. Mais était-t-il le seul coupable ? Dans son Histoire de la marine française où il a traité de l’affaire de Pologne, Eugène Sue fait valoir que, nonobstant la raison d’Etat qui a manifestement prévalu dans la conclusion française de cette affaire et que de nombreux historiens ont repris à leur compte en répétant « l’accusation portée par Louis XIV contre M. de Polignac », et en le rendant « responsable et solidaire du mauvais succès du prince de Conti », on peut également conclure que « M. de Polignac n’eut aucun tort dans cette affaire : qu’il assura au contraire l’élection de M. le prince de Conti ». En effet, ce dernier n'a-t-il pas aussi une part de responsabilité en raison de son peu d'enthousiasme à s'éloigner de la cour, laissant ainsi toute latitude aux manœuvres d'Auguste de Saxe pour s'emparer par un coup de force de la couronne qui aurait dû lui échoir ? Et Louis XIV, lui même, n'a-t-il pas fait preuve de légèreté en s'engageant dans cette opération d'influence sans avoir la possibilité de donner à l'abbé les moyens financiers qui lui auraient permis de contrer les libéralités financières grâce auxquelles Auguste de Saxe a pu se constituer un parti acquis à sa cause à la veille de l'élection ? La question reste pendante.