Mehmed II (en turc ottoman : محمد ثانى, en turc : II. Mehmed), né le 30 mars 1432 à Edirne et mort le 3 mai 1481 à Tekfu Çayiri, près de Gebze, est le septième sultan de l'Empire ottoman, d'abord entre 1444 et 1446 puis de nouveau à partir de 1451, et l'un des plus célèbres. Appelé Mehmet II ou Mahomet II dans les sources traditionnelles françaises, il est le quatrième fils de Mourad II. Par la prise de Constantinople en 1453, Mehmed II gagne les surnoms de Mehmed le Conquérant (Fatih Sultan Mehmed), Mehmed le Grand (Büyük Sultan Mehmed) et de « Père de la Victoire » (Ebû'l-Feth).
Mehmed II monte sur le trône à douze ans, après que son père Mourad II eut abdiqué en sa faveur dans des circonstances troubles. Le sultan fait face à d'importantes difficultés, notamment lorsque Ladislas III Jagellon, roi de Hongrie, lance une croisade en septembre 1444. Les Ottomans réussissent à vaincre les Hongrois le 10 novembre 1444 lors de la bataille de Varna, ramenant la paix dans l'empire. Mais le grand vizir Halil Pacha encourage la révolte des janissaires, rappelant Mourad II en mai 1446.
Mehmed II remonte sur le trône à sa mort en 1451 et décide de conquérir Constantinople, capitale de l'empire romain d'Orient. Il développe et renforce la flotte et l'armée ottomanes, puis conclut des traités avec la république de Venise et le royaume de Hongrie, s'assurant de leur neutralité. La ville est prise le 29 mai 1453 : Mehmed II en fait sa capitale, s'autoproclame kayser-i Rum, « césar des Romains », et fait de la cathédrale Sainte-Sophie une mosquée. Il considère l'Empire ottoman comme une continuation de l'Empire romain, ce qui est reçu diversement en Europe.
Mehmed II poursuit ses conquêtes en Anatolie et dans le sud-est de l'Europe, conquérant des régions importantes et déplacant des populations pour repeupler Constantinople. Il se fait appeler le « sultan des deux terres et khan des deux mers » (Sultanü'l–Berreyn ve Hakanü'l–Bahreyn), désignant d'une part l'Europe et le Proche-Orient, d'autre part la mer Méditerranée et la mer Noire. Au début d'une expédition en Anatolie, Mehmed II tombe malade et meurt dans des circonstances troubles à son camp de Tekfu Çayiri, près de Gebze, en 1481. Le corps est rapatrié à la capitale et inhumé à la mosquée Fatih. La succession est disputée entre les princes ottomans, son fils Bayézid lui succède après une lutte contre son frère Zizim.
Mehmed II fait plusieurs réformes politiques durant son second règne, marqué par une forte centralisation. Le sultan s'intéresse aussi à la philosophie et aux sciences, particulièrement à l'astronomie. Appréciant la littérature, il fait une grande collections d'ouvrages classiques et invite des lettrés occidentaux à sa Cour, écrit des poèmes en turc ou en persan et compose des chansons sous le pseudonyme d'Avni. Appréciant les beaux-arts, il fait venir à Constantinople des artistes de la Renaissance, dont Gentile Bellini qui exécute son portrait.
Fils cadet de Mourad, Mehmed a une enfance et une instruction difficiles. Il devient l'héritier du trône à la mort de son frère aîné Alaeddin en 1444. Pour des raisons mal connues, Mourad II abdique en sa faveur en juillet ou août de la même année et se retire à Manisa.
Le court règne de Mehmed est agité, sur les plans intérieur et extérieur. Le gouvernement est partagé entre la faction du grand vizir Çandarlı Halil dit Halil Pacha, homme de confiance de Mourad mais qui entretient de mauvaises relations avec Mehmed, et d'autre part les autres vizirs plus proches du jeune sultan. Des mouvements populaires provoquant un incendie à Edirne suivent la prédication d'un derviche hurufi, protégé par Mehmed contre le grand mufti et Halil Pacha.
En 1446, Halil Pacha fomente une révolte des janissaires, et Mourad II reprend le pouvoir jusqu'à sa mort en février 1451. Au printemps 1448, Mehmed participa aux côtés de son père à une campagne infructueuse (en) contre Skanderbeg.
Mehmed monte sur le trône le 18 février 1451, dans des circonstances troublées (présence du prétendant Orkhan à Constantinople, opposition des janissaires, mauvaises relations avec le grand vizir Çandarlı Halil). Le nouveau sultan adopte une politique prudente de conciliation : il maintient Halil au poste de grand vizir et est le premier sultan à accorder aux janissaires un don de joyeux avènement. En conquérant l'émirat de Karaman en mai et juin 1451 et en renouvelant les traités de paix avec Venise en septembre et avec la Hongrie en novembre de la même année, Mehmed montre ses qualités de stratège comme militaire et comme diplomate.
Dès le début de son règne, Mehmed II se concentre sur le projet de faire de Constantinople la capitale de son pays. Il a conscience que posséder Constantinople serait une source de richesse et qu'ainsi il aurait le contrôle du commerce vers la mer Noire dans un sens et vers la mer Méditerranée dans l'autre sens. Lorsqu'il fait part de son projet, la majorité du divan, en particulier le grand vizir Halil Pacha, critique le sultan parce qu'il surestime ses capacités.
Un ingénieur hongrois nommé Orban (francisé en Urbain) fabrique pour le sultan de nouveaux canons gigantesques, dont le plus connu est le Basilic. Ces canons vont jouer un rôle important dans la prise de la ville.
En 1452, Mehmed fait construire sur la rive européenne une forteresse en face de celle que Bayezid Ier avait construite sur la rive asiatique. Ce château est appelé forteresse de Roumélie (Rumeli Hisarı) tandis que celle de Bayezid Ier s'appelle forteresse d'Anatolie (Anadolu Hisarı). Au cours de ces préparatifs, Mehmed renouvelle les traités de paix signés avec la Serbie et la Valachie et signe un nouveau traité de paix avec la Hongrie.
De son côté, l'Empire byzantin se prépare en accumulant des réserves de nourriture pour un long siège. L'empereur Constantin XI Paléologue est inquiet en apprenant la construction de la forteresse de Roumélie à proximité de la ville. Il veut demander l'aide du pape. Ce dernier met comme condition à cette aide l'unification des deux Églises catholique et orthodoxe. Mais les rivalités entre les hommes religieux amènent l'empereur à abandonner tout espoir d'une nouvelle croisade pour lui venir en aide. En avril 1453, Mehmed assiège la ville, détruisant tout aux environs et enfermant la population dans ses murs.
Le 19 avril, deux tours sur roues sont construites pour pouvoir franchir les murailles légendaires de la ville. La bataille devient sanglante et Mehmed se rend compte que tant que sa marine n'entre pas en jeu, la ville pourrait continuer à être soutenue par les navires vénitiens et génois. Il fallait trouver un moyen de pénétrer dans la Corne d'Or, mais celle-ci est bien défendue à son entrée par un système de chaînes. Mehmed imagine alors de tirer les bateaux à terre sur la rive européenne et de les faire entrer par l'extrémité de la Corne d'Or (22 avril 1453). La marine ottomane se trouve ainsi au milieu de la ville et elle peut bombarder ses murs depuis l'intérieur. Les boulets de 600 kilogrammes tirés par le canon géant d'Orban font de terribles ravages. Entre le 23 et le 25 mai, Constantin XI, voyant que la défense ne tiendrait plus longtemps, accepte, sur la proposition d'un envoyé de Mehmed (nommé Ismaël, et fils du renégat grec Alexandre/Skender, prince vassal de Sinope), d'entrer dans des pourparlers de paix avec le sultan. Celui-ci exige alors le payement annuel d'un tribut de 100 000 besants d'or (somme bien au-dessus des moyens de l'Empire romain), faute de quoi les Byzantins n'auraient plus qu'à quitter la ville en emportant leurs biens, ou à subir l'assaut de l'armée turque. Constantin ne pouvait que refuser de telles conditions, ce qu'il fait après avoir consulté son entourage.
Dans la nuit du 28 au 29 mai 1453, vers une heure et demie du matin, l'attaque finale est lancée (cf. la chute de Constantinople). Plusieurs vagues successives sont repoussées mais les régiments turcs parviennent au bout de quelques heures à pénétrer dans la ville et Constantin XI périt dans la bataille. À midi, au terme d'une lutte héroïque de part et d'autre, la capitale est prise. L'Empire romain d'Orient, vieux de 1 058 ans, s'écroule après 54 jours de siège. Les conquérants se livrent au pillage, au viol et à toutes sortes de profanations, et ils massacrent, sans distinction de sexe ni d'âge, les habitants qu'ils rencontrent, en attendant de réduire en esclavage les éventuels rescapés.