Maurice Robinet, dit Maurice Ronet, né le 13 avril 1927 à Nice et mort le 14 mars 1983 à Paris, est un acteur et réalisateur français.
Au cours d'une carrière internationale en dents de scie qui compte plus de cent films des années 1950 au début des années 1980, il a tourné avec Jacques Becker, Christian-Jaque, Denys de La Patellière, Jules Dassin, Louis Malle, Lewis Gilbert, René Clément, Jacques Doniol-Valcroze, Carl Foreman, Roger Vadim, Alexandre Astruc, Claude Chabrol, Marcel Carné, Mark Robson, Romain Gary, Jacques Deray, Robert Parrish, Michel Deville, Georges Lautner et Bertrand Blier. Il a eu notamment pour partenaire Alain Delon, Marie Laforêt, Daniel Gélin, Anthony Quinn, Jeanne Moreau, Romy Schneider, Jean Seberg, Brigitte Bardot, Debbie Reynolds, Anthony Perkins, James Mason ou Michel Bouquet.
Connu pour des rôles mémorables de « salaud magnifique », de « séducteur sans scrupule » ou de « dandy suicidaire », il est considéré par Jean Tulard comme « l'un des meilleurs acteurs de l'après-guerre ».
Maurice Ronet a réalisé plusieurs films pour la télévision. Il est l'auteur avec Hervé Le Boterf d'un livre d'entretiens : Le Métier de comédien.
Fils unique des comédiens Émile Ronet (Émile Robinet) et Paule de Breuil (Claire Salvi), mariés le 24 mars 1927 à Paris 12e, il découvre très tôt l'atmosphère et les difficultés du métier d'acteur, en accompagnant ses parents dans les tournées à travers toute la France.
Après avoir passé trois années au lycée Carnot, boulevard Malesherbes, il est scolarisé en 1937 au Lycée Michelet de Vanves. De 1939 à 1942, la famille Ronet est installée à Lausanne. Il y fait ses débuts sur les planches en 1941 en jouant une pièce de Sacha Guitry avec ses parents : Deux Couverts. Il se passionne pour la littérature, avec un goût particulier pour Edgar Poe et Herman Melville. En 1942, il réintègre brièvement le lycée Carnot.
Bien que cette enfance ait été enrichissante, il ressent très rapidement le besoin de s'éloigner de cette famille heureuse dans laquelle il ressent une profonde solitude. Ce choix d'évasion le pousse à débuter très jeune, à seize ans, au Centre du Spectacle de la Rue-Blanche où il reçoit ses premiers cours d'art dramatique avec Julien Bertheau, Maurice Donneaud ou encore Bernard Blier pour professeurs. Il y fait la connaissance de Remo Forlani qui devient son ami.
Il passe une année au Conservatoire, où il travaille sous la direction de Jean-Louis Barrault et René Simon. À la fin de ses études, il foule les planches dans Les Parents terribles de Jean Cocteau, puis dans Un beau dimanche de Jean-Pierre Aumont sans oublier Roméo et Juliette où il incarne le rôle principal aux côtés de Nicole Berger. En 1949, Brigitte Auber, qui est sa partenaire dans la pièce La dame de minuit, parle de lui à Jacques Becker, qui lui fait passer des essais pour le film qu'il prépare : Rendez-vous de juillet.
Jacques Becker lui donne le rôle de Roger Moulin. Émile Ronet et Paule de Breuil incarnent ses parents. Le film réunit de jeunes acteurs qui deviendront des vedettes : Nicole Courcel, Daniel Gélin, Françoise Arnoul, Pierre Mondy. C'est un grand succès. Maurice Ronet accède au statut de jeune premier. Pourtant, ce film et quelques autres, dont Un grand patron, sorti deux années plus tard, lui donnent l'impression de ne pas vraiment progresser[réf. souhaitée].
Après son service militaire[réf. nécessaire], il épouse en 1950 la comédienne Maria Pacôme, qui quitte la scène pour lui et s'adonne à ses autres passions : la peinture et la poterie. Les deux jeunes mariés s'installent à Moustiers-Sainte-Marie. Entre deux tournages, Ronet fait de la peinture, de la céramique et écrit des romans qu'il détruit.
Années 1950 : vers le vedettariat
Considéré par les critiques comme un espoir sûr du cinéma, il tient jusqu'en 1955 des rôles secondaires dans une douzaine de films dont certains seront de grands succès, tels Un grand patron d'Yves Ciampi, au côté de Pierre Fresnay, Les sept péchés capitaux (sketch La luxure d'Yves Allégret avec Viviane Romance), La môme vert-de-gris de Bernard Borderie avec Eddie Constantine, Lucrèce Borgia de Christian-Jaque avec Martine Carol ou Les aristocrates de Denys de La Patellière.
Maurice Ronet accède aux premiers rôles en 1955 avec Gueule d'ange de Marcel Blistène puis avec un film d'André Michel où il donne la réplique à Marina Vlady : La Sorcière. Il joue le rôle d'un ingénieur tombant amoureux d'une vagabonde. C'est un personnage ambivalent qui peut se montrer gentil et attentionné ou enjôleur et cynique. Ronet adore le scénario et considère le film comme l'un des plus importants de sa carrière. Le film obtient un Ours d'argent au festival de Berlin 1956 et est un grand succès en France et en Europe.
En 1957, l'un de ses rôles les plus connus, celui de Julien Tavernier dans Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle, avec Jeanne Moreau, lui permet d'échapper à son statut de « jeune premier ». Son personnage est un ancien officier parachutiste de la Légion étrangère revenu d'Indochine, qui tue le mari de sa maîtresse et se retrouve piégé dans l'ascenseur de l'immeuble. Il ouvre la série des nombreux rôles tragiques qu'il incarne tout au long de sa carrière : homme désespéré, meurtrier ou victime d'une mort brutale. « Je suis probablement l'acteur français qu'on a fait mourir le plus souvent à l'écran » déclarera-t-il. Le film, salué par la critique, obtient le Prix Louis Delluc en 1957 et rencontre un grand succès public. Il lui permet de rencontrer l'écrivain Roger Nimier, l'un des « hussards » de la littérature, qui devient son ami.
Sa carrière s'internationalise : il tourne beaucoup en Espagne et en Italie. Il obtient de grands succès avec Jules Dassin (Celui qui doit mourir) et Lewis Gilbert (Agent secret S.Z.). Après avoir eu une relation avec l'actrice Danielle Godet, Ronet vit pendant une année une grande passion avec Anouk Aimée. Il fréquente assidûment les boîtes de nuit en compagnie d'Antoine Blondin des frères Serge et Christian Marquand, de Jacques Quoirez, Paul Gegauff, Pascal Thomas, Hervé Le Boterf ou de Jean-Charles Tacchella.
Le nouvel essor de sa carrière se situe l'année de Plein Soleil, 1960. Le film de René Clément réunit Ronet — dans un rôle initialement destiné à Jacques Charrier — Alain Delon et Marie Laforêt. Delon a obtenu du metteur en scène qu'il inverse les rôles masculins. Il tient ainsi la vedette et poignarde Ronet aux deux tiers du film. C'est à nouveau un succès avec près de deux millions et demi de spectateurs.
L'année suivante il est sollicité par le producteur Sam Spiegel pour jouer le rôle de Chérif Ali dans Lawrence d'Arabie. Il fait des essais en Jordanie ; le réalisateur David Lean préfère choisir un « Arabe authentique » en la personne d'Omar Sharif. Gérant sa carrière avec détachement, Maurice Ronet enchaine une huitaine de films d'intérêt inégal avant d'incarner un personnage suicidaire dans Le Feu follet, un film de Louis Malle d'après un roman de Drieu la Rochelle, avec Jeanne Moreau et Alexandra Stewart. Il retrace les derniers jours d'un dandy alcoolique et désabusé qui se tire une balle dans le cœur. Le film obtient un grand succès critique et le « prix du jury » à la Mostra de Venise en 1963.
Entre-temps, Ronet a tenté l'aventure de la télévision avec un moyen-métrage mettant en image une nouvelle d'Edgar Poe, réalisé par Alexandre Astruc : Le puits et le pendule, qui décrit le supplice d'un prisonnier de l'Inquisition enchainé dans un cachot qui se rend compte qu'une grande lame très aiguisée en forme de pendule se balance au-dessus de lui et se rapproche lentement de sa poitrine. Le téléfilm ainsi que l'interprétation de l'acteur — blessé par les rats sur le tournage — sont salués par la critique.