Maurice Papon, né le 3 septembre 1910 à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne) et mort le 17 février 2007 à Pontault-Combault (Seine-et-Marne), est un haut fonctionnaire et homme politique français, principalement connu comme collaborateur pendant l'occupation allemande de 1940 à 1945.
En 1998, il est condamné à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité concernant des actes d'arrestation et de séquestration, lors de l'organisation de la déportation des Juifs de la région bordelaise vers le camp de Drancy, d'où ils sont ensuite acheminés vers le centre d'extermination d'Auschwitz, commis quand il était secrétaire général de la préfecture de Gironde, entre 1942 et 1944, sous l'occupation de la France par les forces armées du Troisième Reich. Cependant, le tribunal estimant qu'il n'existait pas de preuve que Papon avait connaissance de l'extermination des Juifs à l'époque des faits, il est acquitté pour toutes les charges de « complicité d'assassinat » et des « tentatives de complicité d'assassinat ».
Préfet de police de Paris à partir de mars 1958, il porte aussi la responsabilité du massacre du 17 octobre 1961, au cours duquel une centaine d'Algériens (les estimations varient de 48 à près de 200) furent tués par les forces de police lors d'une marche organisée par le Front de libération nationale (FLN). Quelques mois plus tard, le 8 février 1962, il ordonne une nouvelle répression meurtrière lors d'une manifestation anti-OAS organisée par plusieurs syndicats et le Parti communiste français (PCF), causant la mort de neuf personnes à la station de métro Charonne, un événement qui reste dans l'histoire sous le nom d'affaire de la station de métro Charonne.
Jeunesse et premières affectations
Fils de notable, Maurice Papon passe une partie de sa jeunesse à Gretz-Armainvilliers, dans la maison familiale où il est né. Son père, Arthur Papon, premier clerc à l'étude de Me Aulagnier, fonde la Société française des verreries champenoises, et sa mère se consacre à son éducation. Maurice Papon a neuf ans lorsque son père, de centre-gauche, devient maire de Gretz, poste qu'il conserve jusqu'en 1937 et qu'il cumule avec celui de conseiller général du canton de Tournan-en-Brie et de président de ce même conseil en 1937.
Après des études secondaires à Paris, au lycée Montaigne et au lycée Louis-le-Grand, Maurice Papon fait des études de droit et de lettres, milite à la Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste aux côtés de Pierre Mendès France. Il est introduit par son père auprès d'amis politiques députés, très influents dans le Parti républicain, radical et radical-socialiste : il est ainsi membre du cabinet de Jacques-Louis Dumesnil, ministre de l'Air dans les trois gouvernements Laval de 1931 à 1932.
En 1932-1933, il effectue son service militaire : six mois de formation au peloton des élèves officiers de réserve de Saint-Cyr, puis officier au 21e régiment d'infanterie coloniale, à la caserne des Tourelles à Paris, dans la compagnie d'instruction.
Il prépare le concours de l'Inspection générale des finances mais échoue. Marié, père d'une petite fille, il se présente au concours de rédacteur au ministère de l'Intérieur en 1935, pour subvenir aux besoins de sa famille. Admis en bonne place, il choisit Paris et il est affecté à l'Administration départementale et communale, où il fait la connaissance de Maurice Sabatier, alors directeur adjoint. Il est rapidement détaché auprès de François de Tessan, secrétaire d’État dans les deux gouvernements Léon Blum et les deux gouvernements Camille Chautemps. Puis, il réintègre l'Administration départementale et communale.
Il publie des articles dans Le Peuple de la Brie dont le directeur politique est François de Tessan. Ce dernier lui avait confié l'examen des questions marocaines. En 1938 et 1939, il écrit aussi dans Le Jacobin, journal bimensuel des jeunes radicaux dont le rédacteur en chef est Jacques Mitterrand. Il écrit aussi dans le Journal de la démocratie et dans La République de Seine-et-Marne, organe du parti républicain radical (centre-gauche).
Mobilisé en septembre 1939 au 2e régiment d'infanterie coloniale à Brest, il s'occupe d'intendance et s'ennuie. Il se porte alors volontaire pour le Proche-Orient, où opère le 2e RIC. Il est envoyé à Tripoli du Liban, puis, pour les services de renseignement, il commande en mars 1940 le poste de Ras el Aïn, où il étudie l'islam.
Après l'armistice et l'instauration du régime de Vichy, Maurice Papon est rappelé par Maurice Sabatier. Ce dernier, après avoir été préfet en province, est devenu directeur de l'Administration départementale et communale et ses services se sont repliés à Vichy. Papon est rapatrié en France pour raisons de santé en octobre 1940 et rejoint son corps d'affectation, en tant que sous-préfet de 1re classe. Quand Sabatier est nommé secrétaire général pour l'Administration en février 1941, il le suit et devient son directeur de cabinet.
Maurice Papon est nommé le 1er juin 1942 secrétaire général de la préfecture de la Gironde. En janvier 1942, à la conférence de Wannsee, les nazis mettent au point les grandes lignes des déportations massives des Juifs d'Europe occidentale vers les camps d'extermination. Le premier convoi de déportés quitte la France en mars 1942 (voir Chronologie de la collaboration de Vichy dans le génocide des Juifs), mais l'intensification des déportations se produit après un voyage de Reinhard Heydrich en France en mai 1942 et aux accords entre Bousquet, secrétaire général de la police du régime de Vichy, et Oberg, chef supérieur des SS et de la police allemande en France, pour la collaboration de la police française à la déportation des Juifs étrangers.
En région parisienne, la rafle du Vélodrome d'Hiver débute le 16 juillet 1942. En dehors de la région parisienne, la principale concentration de Juifs est en Gironde avec plus de 6 000 Juifs recensés. Les préparatifs s'effectuent à partir du 2 juillet 1942, sous la direction du commissaire Techoueyres, du chef de service des questions juives Pierre Garat et du capitaine SS Doberschutz. Les rafles de Bordeaux débutent le 15 juillet 1942 et durent deux jours ; 105 personnes figurent sur la liste, 70 sont raflées et 171 personnes font partie du premier convoi de Bordeaux vers le camp de Drancy.
L'un des enjeux du procès Papon, en 1997, est de déterminer les responsabilités exactes des différents intervenants, en particulier celles de l'accusé. Maurice Sabatier a le titre de préfet régional. Maurice Papon est directement placé sous ses ordres et chapeaute cinq divisions de la préfecture et un Service des questions juives pour lequel il a la délégation de signature. Ce service, dirigé par Pierre Garat, est chargé d'assurer la partie administrative des décisions de la délégation régionale du Commissariat général aux questions juives (CGQJ), dont celles de son SEC, Service d'Enquête et de Contrôle, la gestion du fichier juif. Il ne dépend ni du CGQJ ni du SEC, et il est chargé de les contrôler pour le compte du préfet. On ne trouve trace d'un tel service dans aucun autre département.
De juillet 1942 à juin 1944, 12 convois transportent, de Bordeaux à Drancy, près de 1 600 Juifs, qui seront ensuite acheminés vers Auschwitz. Parmi ces 1 600 déportés, un certain nombre est arrêté en tentant de franchir la ligne de démarcation, et d'autres, établis en Gironde et dans les départements limitrophes, ont été répertoriés par le Service des questions juives.
À partir de 1943 et surtout en 1944, Maurice Papon est en contact avec des réseaux de résistance nommés par l'historien Jean-Pierre Azéma « vichysto-résistants » : des « Français qui ont dans un premier temps, cru en la Révolution nationale, ont souvent servi le régime, mais sont ensuite entrés en résistance sans esprit de retour. » Le degré d'implication de Maurice Papon dans la Résistance a été une question accessoirement débattue au procès de 1997.
Il est attesté que Papon a hébergé à plusieurs reprises Roger-Samuel Bloch, un fonctionnaire juif radié et membre du réseau Marco-Kléber, lié aux services de renseignement de l'Armée de terre. Il aurait également rendu des services au réseau Jade-Amicol, qui travaillait pour le compte de l'Intelligence service. Au début de juin 1944, c'est Roger-Samuel Bloch qui conseille à Gaston Cusin, qui est nommé Commissaire de la République par de Gaulle, mais encore clandestinement, de faire appel aux services de Papon, qui aide Cusin pendant les trois mois précédant la libération de Bordeaux. Sorti de la clandestinité, Cusin demande à Maurice Papon d'être son directeur de cabinet.