Maurice Merleau-Ponty, né le 14 mars 1908 à Rochefort-sur-Mer (Charente-Inférieure) et mort le 3 mai 1961 dans le 6e arrondissement de Paris, est un philosophe français. Il est le cousin du philosophe des sciences Jacques Merleau-Ponty.
Jean Jacques Maurice Merleau-Ponty, né à Rochefort le 14 mars 1908, est le fils de Bernard Jean Merleau-Ponty (1869-1913), capitaine d'artillerie coloniale bordelais et de Louise Barthé (1876-1953). Durant ses études, il se lie d'amitié avec Simone de Beauvoir et d'amour avec Élisabeth Lacoin, à qui il passe une bague au doigt quelques jours avant sa mort.
Élevé dans le catholicisme romain, il est ami avec l'auteur et philosophe existentialiste chrétien Gabriel Marcel, écrit des articles pour la revue chrétienne de gauche Esprit, mais quitte l'Église catholique en 1937. Au printemps 1939, il est le premier visiteur étranger des Archives Husserl où il rencontre Eugen Fink et Herman Leo Van Breda. À l'été 1939, alors que la France déclare la guerre à l'Allemagne nazie, il sert en première ligne dans l'armée française où il est blessé au combat en juin 1940.
Sollicité par le résistant Pierre Grappin, un ami de Vladimir Jankélévitch qui le loge gracieusement quai aux Fleurs, sous l'occupation allemande, il décline la proposition. De retour à Paris à l'automne 1940, il épouse Suzanne Jolibois (1914-2010), psychanalyste lacanienne.
Après des études secondaires terminées au lycée Louis-le-Grand à Paris, Maurice Merleau-Ponty devient élève de l'École normale supérieure de Paris, à la même époque que Jean-Paul Sartre (avec lequel il entretient des relations d'amitié), et est reçu deuxième à l'agrégation de philosophie en 1930.
D’abord professeur à Beauvais (1931-1933), puis au lycée Marceau à Chartres (1934-1935), ensuite répétiteur («caïman») à l’École normale supérieure de Paris (1935-1939) et mobilisé au 5e régiment d'infanterie et à l’état-major de la 59e division légère d’infanterie (1939-1940), il enseigne aussi au lycée Carnot (1940-1944) et en première supérieure au lycée Condorcet (1944-1945). Enfin, il obtient un doctorat en lettres en 1945 avec La Structure du comportement (1942) et Phénoménologie de la perception (1945) à la Sorbonne.
Il est ensuite nommé maître de conférences de philosophie à la faculté des lettres de l'université de Lyon (1945), puis professeur titulaire de la chaire de psychologie (janvier 1948). À la rentrée 1949, il est nommé maître de conférences de psychologie pédagogique, à la faculté des lettres de l'université de Paris et obtient le titre de professeur sans chaire, en janvier 1950. Enfin, il devient titulaire à partir de 1952, jusqu'à sa mort en 1961 de la chaire de philosophie du Collège de France qu'avaient illustrée avant lui Henri Bergson, Édouard Le Roy ou Louis Lavelle. Sa conférence inaugurale, le 23 janvier 1953 s'intitule « Éloge de la philosophie », et attire un public jeune, qui le connaît comme existentialiste.
À l'époque de la guerre de Corée, Sartre s'était permis de publier son article « Les Communistes et la paix » (1952) sans prévenir quiconque à la revue des Temps modernes. Supportant difficilement l'attitude qu'avait prise Sartre, à partir de 1950, dans la direction de cette revue, Merleau-Ponty l'appela après que Sartre eut fait sauter sans l'avertir un texte qu'il avait rédigé pour coiffer un article marxiste (de Sartre), qu'il estimait ne pas être publiable sans ce texte préliminaire, dans le numéro de décembre 1952. La conversation téléphonique, tendue, dura deux heures, puis fut suivie de trois longues lettres où s'expriment bien sûr leurs désaccords politiques ainsi que leurs désaccords sur le rôle de l'intellectuel et des divergences philosophiques, voire personnelles. Ces lettres marqueront la rupture de leur amitié qui datait de leurs années d'études à l'École normale supérieure – rupture qui semble ne jamais avoir été acceptée ni par l'un ni par l'autre, selon François Ewald.
Au printemps 1955, nommé depuis peu au Collège de France, il publie Les aventures de la dialectique, un "essai allègre et vigoureux", qui fait la critique du PCF mais réservant quelque intérêt au « marxisme occidental » qu’incarne selon lui Georges Lukacs. Le livre "fait l'objet de très nombreux commentaires", en particulier "la dernière partie" qui est "dirigée contre Sartre et son ultrabolchevisme", ce à quoi répond "un article fort tranchant" de Simone de Beauvoir, intitulé "Merleau-Ponty et le pseudo-sartrisme", estimant que ce n'est pas Sartre qui apparaît dans ce livre mais un "pseudo-Sartre", et en mettant "en face de chaque affirmation de Merleau-Ponty" plusieurs" citations qui contredisent formellement" le livre.
La réaction des intellectuels communistes, elle, est "beaucoup plus ample et vigoureuse qu'on aurait pu le supposer compte tenu du caractère fort abstrait" du livre, avec un numéro spécial de La Nouvelle Critique de juillet-août 1955, consacré pour une large part à réfuter les thèses de Merleau-Ponty. Son livre lui vaut aussi du PCF un procès fictif auquel il ne se rend pas, via une conférence à la Mutualité le 29 novembre 1955, devant plusieurs milliers de personnes, dont une grande partie d'étudiants, avec en procureurs "une pléiade d’intellectuels maison". Roger Garaudy ouvre la conférence par l’intervention principale, présentant Merleau-Ponty comme un idéologue de la bourgeoisie.Les discours prononcés le 29 novembre 1955 ont été recueillis en brochure par les Editions Sociale et repris dans le livre de Roger Garaudy.
Raymond Aron écrit de son côté, peu après, un article qui "marque nettement son désaccord avec les thèses philosophiques soutenues par Merleau-Ponty", et qui sera publié dans le journal Preuves de janvier 1956.
Merleau-Ponty fut aussi membre du comité directeur de la revue Les Temps modernes en tant qu'éditorialiste politique, de la fondation de la revue en octobre 1945 jusqu'en décembre 1952, soit à l'époque de la rupture de son amitié avec Jean-Paul Sartre (la « rupture » eut lieu en juillet 1953).
Merleau-Ponty s'engage aussi politiquement, faisant ainsi partie du bureau national du cartel de l'Union des forces démocratiques (UFD), mis sur pied pour les élections législatives de 1958 et qui rassemblait la gauche non communiste et anti-gaulliste.
À l'âge de cinquante-trois ans, il meurt d'un arrêt cardiaque le soir du 3 mai 1961, assis à son bureau, où la Dioptrique de Descartes était encore ouverte. « Il laisse une œuvre considérable, inachevée, et singulièrement un livre auquel il travaillait et qui devait constituer son chef-d'œuvre : Le visible et l'invisible ». Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (52e division).
Claude Lefort est l'exécuteur testamentaire de son œuvre.
L'Avant-Propos de Phénoménologie de la perception
Dans l'avant-propos de Phénoménologie de la perception, Merleau-Ponty tente de répondre à la question : « Qu’est-ce qu’est la phénoménologie ? ». Il observe initialement que même un demi-siècle après les premiers écrits de Husserl, une définition univoque est loin de faire l’unanimité. De plus, beaucoup des propositions centrales semblent aller dans des directions différentes.
Une première proposition soutient que la phénoménologie est caractérisée par un essentialisme, donc qu'elle ne s’intéresse pas à une interprétation empiriste des phénomènes, mais qu'elle veut éclairer les déterminations essentielles[Quoi ?] de la perception, de la conscience et de la corporéité. Elle est donc aussi une philosophie de la facticité.