Ce Jour-là

Maurice Marinot

Peintre et artisan verrier français (1882-1960)

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Maurice Marinot, né le 20 mars 1882 à Troyes, où il est mort le 8 février 1960, est un artiste peintre et artisan verrier français.

Maurice Marinot est issu d'une famille de bonnetiers. Il convainc en 1901 ses parents de l'envoyer à l'École des beaux-arts de Paris où il intègre l'atelier du peintre académique Fernand Cormon. Jugé trop original, il est bientôt renvoyé, mais continue, en l'absence de Cormon, à y venir peindre.

En 1905, Marinot expose ses peintures avec les Fauves au Salon des indépendants puis au Salon d'Automne.

En 1911, il visite la verrerie-cristallerie des frères Eugène et Gabriel Viard à Bar-sur-Seine. Ceux-ci mettent à sa disposition toutes les ressources de leur établissement. Ses débuts consistent à décorer d’émail des verres exécutés d’après ses dessins, en tirant parti pour cela de ses expériences picturales. En 1912, il expose ses créations à la Maison cubiste, conçue par André Mare. L'année suivante, sa première exposition individuelle se tient à la galerie d'Adrien Hébrard.

La première guerre mondiale interrompt ses travaux verriers. De 1914 à 1917, il est soldat au Maroc, mais trouve le temps de réaliser de nombreux dessins et aquarelles.

Après la guerre, il retourne à Bar-sur-Seine et pratique la gravure à l’acide et la taille à la roue avant de s’initier à la pratique du verre soufflé qu'il est capable de réaliser lui-même à partir de 1923. À partir de 1927, il le traite en très forte épaisseur, et pratique le modelage à chaud de pièces épaisses et d’un seul bloc.

Maurice Marinot expose tous les ans ses créations à la galerie Hébrard, ainsi qu’à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, tout en s’élevant contre le terme « décoratif » : « Je m’élève contre le mot de décorateur, ma verrerie est un acte aussi gratuit que la peinture ou la sculpture.» De fait, indifférent envers un quelconque sujet, à l’opposé de Gallé ou de Lalique, artistes mais aussi industriels intéressés par la fabrication en série, Marinot façonne, seul, des objets uniques et parfaitement inutiles, qui naissent les uns des autres. On estime que, dans toute sa carrière, il n’a pas produit plus de 2 500 pièces, avec une moyenne annuelle inférieure à 200, car il détruit toute pièce qui ne lui donne pas entièrement satisfaction.

En 1932, Marinot expose à New York dans la galerie de Joseph Brummer. Le catalogue est préfacé par Walter Pach.

La verrerie Viard Frères ferme en 1937. Marinot cesse le travail sur verre, mais continue à peindre. En 1944, les bombardements alliés sur Troyes frappent son atelier, détruisant une partie de ses peintures, des dessins et une grande partie de ses verreries. L'artiste poursuit son œuvre, secondé par sa fille Florence. À partir de 1950, les expositions collectives commencent à reconnaître sa place dans le mouvement fauve et son apport fondamental dans l'art de la verrerie.

Marinot meurt à Troyes le 8 février 1960.

En 1939, il s'était lié d'amitié avec Pierre et Denise Levy, industriels troyens. En 1976, ce couple fait un important don de ses œuvres au musée d'art moderne de Troyes. Florence Marinot donne également une partie des œuvres de son père aux villes de Grenoble, Lille, Limoges, Lyon, Nice et Rennes. Elle fait don des archives à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie de l'Université de Paris.

L’œuvre picturale, éclipsée par le succès de ses verreries, est longtemps oubliée. Marinot ne l'expose plus après 1912, même s'il ne cesse jamais de peindre et de dessiner.

Lorsqu'il étudie chez Fernand Cormon, Marinot réalise des études quasiment sculpturales où le coup simplificateur du pinceau, presque à la truelle, modèle avec sobriété le sujet, sans se soucier aucunement des détails, des traits des visages et des mains et des accidents de l’environnement. Mais la substance des êtres et des choses représentées est là, comme nourrie du dedans, potelée.

Ses premières œuvres exposées, particulièrement colorées, le font classer parmi les Fauves, quoique leurs sujets calmes et intimistes le rapprochent des Nabis. C'est un « fauve tendre », son « fauvisme fractionné » pouvant tour à tour être éprouvé comme une réduction de la force brutale et libérante de la couleur dont l’espace ne serait pas contraint, et, à l’inverse, comme une appropriation sereine et mesurée du sujet, révélé dans toute sa complexité structurelle et spatiale, avec une connotation ludique.

Après 1911, son style pictural change radicalement et il entre dans ce qui a été nommé sa « période noire », avec des tons noirs et gris, une rugosité de contours, et des sujets limités à sa famille et à des amis proches. L’amour de la matière et des beaux volumes nés de la pratique du modelage à chaud, en verrerie, l'amène à une sorte de conception sculpturale de la peinture, où sa pâte fortement maçonnée met en relief de puissants contours qui font inévitablement penser aux formes massives de ses verres. Les juxtapositions colorées, alertes et dansantes de l’intimisme joyeux ont fait place à la lumière sourde et pesante d’un intimisme plus grave. La gamme austère des œuvres de cette époque rappelle le camaïeu des cubistes, mais la pâte épaisse et luisante recèle, dans les fonds ocres, une force lumineuse contenue qui affleure dans des empâtements bistres ou rosés.

Une des constantes de l’œuvre picturale de Marinot est le paysage. Il s'approprie la nature d'une manière large, synthétique, presque symbolique : des masses d'arbres concentrées, puis liées entre elles par des bandes souples et neutres de terrain, de collines, de nuages auxquels répondent en les reflétant une grande plage de rivière ou de champs. Cette nature n'est pas descriptive, familière, mais plutôt incantatoire, montrant une certaine complaisance à l'égard des éléments saisis dans leur force dramatique

Dans sa dernière période, Marinot réalise une série, littéralement obsessionnelle, de Soleils. Une même plaine, indécise, assiste à la trouée du ciel comme celle du feu dans le magma d’un cratère, ou comme la flamme du four de verrier.

L’œuvre de verrier de Marinot est traditionnellement découpée en quatre séries techniques successives : émail peint ; gravure à l’acide ; décor intercalaire ; modelage à chaud. Mais la richesse créative traverse de façon beaucoup moins linéaire cette évolution technique. Excepté le décor à l’émail, il n’y a pas de passage strict d’une technique à une autre mais l’emploi continu de tous les procédés.

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