Maurice Le Noblet Duplessis, généralement appelé Maurice Duplessis, né le 20 avril 1890 à Trois-Rivières et mort le 7 septembre 1959 à Schefferville, est un avocat et homme politique québécois. Il est premier ministre du Québec et procureur général de la province de 1936 à 1939 puis de 1944 à 1959. Conservateur, nationaliste, anticommuniste et chrétien catholique, il domine avec son parti, l'Union nationale, la scène politique québécoise des années 1930 aux années 1950.
Il est le fils de Nérée Duplessis, conseiller juridique pour l'évêché de Trois-Rivières, juge de la Cour supérieure, député conservateur de Saint-Maurice et maire de Trois-Rivières. Maurice Duplessis étudie le droit à la succursale de Montréal de l'Université Laval (quelques années avant que cette succursale devienne autonome et s'appelle l'Université de Montréal). Il devient avocat au Barreau du Québec en 1913. Il rentre dans sa ville natale de Trois-Rivières pour exercer le droit et gagne en notoriété.
Candidat du Parti conservateur du Québec (PCQ) dans la « forteresse libérale » de Trois-Rivières aux élections provinciales de 1923, il est élu aux élections de 1927 et de 1931. Habile orateur et homme politique, il succède à Camillien Houde comme chef de l'opposition officielle à l'Assemblée législative du Québec en 1933. Duplessis forme une coalition électorale avec l'Action libérale nationale (ALN) aux élections de 1935 pour tenter de défaire le libéral Louis-Alexandre Taschereau, solidement installé au pouvoir depuis 1920. C'est toutefois en grande partie grâce au Comité des comptes publics que Duplessis entraîne, en 1936, la chute du gouvernement Taschereau, accusé de corruption.
Initialement en concurrence avec Paul Gouin, dirigeant de l'Action libérale nationale, Maurice Duplessis devient rapidement la figure prééminente de la coalition PCQ-ALN. De ce fait, le Parti conservateur se dissout et la plupart des députés de l'ANL rejoignent celui que l'on surnommera le « Chef ». Un nouveau parti, l'Union nationale, est alors formé pour l'élection de 1936 : les unionistes y triomphent et Maurice Duplessis devient premier ministre du Québec pour la première fois. Son premier mandat est notamment marqué par l'antisyndicalisme et la lutte contre le communisme. Il devient aussi bâtonnier du Québec, c’est-à-dire le président de l’Ordre des avocats du Québec, de 1937 à 1938. Le mandat de Duplessis à la tête de l’État québécois est toutefois de courte durée puisqu’il est défait par le libéral Adélard Godbout en 1939, lors d'élections anticipées se déroulant dans le contexte de l'entrée du Canada dans la Seconde Guerre mondiale.
En 1944, l'opposition généralisée à la conscription et le plébiscite de 1942 au Québec entraînent le retour au pouvoir de l'Union nationale. Le second mandat de Maurice Duplessis dure quinze ans et quatre législatures, durant lesquelles son gouvernement fait de la défense du champ de compétences provinciales, le maintien du rôle de l'Église catholique dans les domaines de l'éducation et la santé et l'obstruction aux réformes keynésiennes mises de l'avant par le gouvernement du Canada ses priorités. Le second gouvernement Duplessis est aussi connu pour son conservatisme, son autoritarisme, son système clientéliste de grande ampleur, son antisyndicalisme et sa lutte contre le communisme ainsi que contre les Témoins de Jéhovah. Partisan du libéralisme économique et opposant de l'État-providence, Maurice Duplessis préside à une période de forte croissance économique, notamment grâce au développement de la Côte-Nord. Ses adversaires lui reprochent toutefois un capitalisme sauvage s'appuyant sur le clientélisme et les capitaux étrangers ainsi qu'une opposition à la mise en place de programmes sociaux.
Maurice Duplessis meurt en fonction le 7 septembre 1959, à l’âge de 69 ans, des suites d'une hémorragie cérébrale, alors qu'il visitait la ville minière de Schefferville. Moins d'un an après sa mort, les libéraux de Jean Lesage remportent les élections de 1960 et ouvrent la voie à l’avènement de la Révolution tranquille. Cette période aurait mis fin à la « Grande Noirceur » qui aurait caractérisé le long règne de Maurice Duplessis à la tête du Québec. Bien qu'encore courante, cette interprétation est aujourd'hui remise en question par d'autres perspectives historiographiques, laissant place à un portrait plus nuancé des années du duplessisme.
Un foyer « modeste, sobre et pieux »
Maurice Le Noblet Duplessis naît à Trois-Rivières le 20 avril 1890. Il est le fils de Nérée Le Noblet Duplessis, avocat, juge de la Cour supérieure, député conservateur à l'Assemblée législative et maire de Trois-Rivières de juillet 1904 à avril 1905, et de Berthe Genest. Son père provient d’une famille de cultivateurs de Yamachiche, village du comté de Saint-Maurice. La mère de Maurice Duplessis est la fille de Laurent-Ubald Genest, greffier de Trois-Rivières, et de Emma MacCallum de Montréal, aux ascendances écossaise et irlandaise. Ces origines anglo-saxonnes feront en sorte que le futur premier ministre du Québec sera toujours « bien disposé envers les anglophones ». Il dira même, à la blague, qu'il est en partie « un des leurs ».
À la fin du XIXe siècle, les Duplessis de Trois-Rivières sont des habitués des milieux politiques et religieux de la région. Plus particulièrement, on les retrouve dans les cercles des sympathisants conservateurs et ultramontains. Des assemblées politiques sont régulièrement tenues à leur domicile et on y débat des différentes affaires publiques du moment. Parmi les invités, on retrouve de nombreuses figures influentes de l'époque, notamment Louis-Olivier Taillon, Edmund James Flynn, Joseph-Mathias Tellier, Louis-Philippe Pelletier et Thomas Chapais. Le père, Nérée Duplessis, un homme très croyant, est un collaborateur de longue date de l’évêque de Trois-Rivières, Mgr Louis-François Laflèche, agissant à titre de conseiller juridique pour l'évêché. Les liens qui unissent les hommes sont très étroits, et lorsque Nérée Duplessis décide de se présenter comme candidat conservateur dans Saint-Maurice en 1886, Mgr Laflèche lui donne son appui avec enthousiasme. Il le désigne comme son « homme de confiance à l’Assemblée législative ». C'est au cours d'un discours tenu devant une assemblée de partisans, pendant la campagne électorale de 1890 que Nérée Duplessis apprend la naissance de son fils, mis au monde par le docteur Éphrem Panneton, un ami de la famille. L'enfant est baptisé quelques mois plus tard par Mgr Laflèche en personne, et il sera appelé Maurice – prénom choisi par le père, en l’honneur de sa circonscription électorale de Saint-Maurice.
Maurice Duplessis grandit dans le quartier Sainte-Cécile à Trois-Rivières (où il fera plusieurs de ses discours électoraux, entre autres à l'aréna Laviolette) dans un foyer modeste, sobre et pieux. Seul garçon de la famille, il est le deuxième de cinq enfants. Son père est un chef de famille bienveillant mais distant, « attitude qui, en ces temps et lieux, était considérée propre aux affaires de l'Église, de l'État, de la famille et des corporations ». Les quatre filles issues du couple Duplessis-Genest sont Marguerite, Jeanne, Étiennette et Joséphine-Gabrielle.
En 1898, il quitte sa ville natale pour aller étudier à Montréal, au collège Notre-Dame, alors tenu par les religieux de Sainte-Croix. Le jeune garçon y fait la connaissance du frère André, portier du collège, qui en retour se prend d’affection pour lui. Il confie notamment au jeune garçon la responsabilité d'aller chercher les étudiants qui désirent s'adresser au recteur. C’est à son contact que Duplessis développe son culte de saint Joseph – une dévotion personnelle qu’il conservera toute sa vie et qui influencera parfois même ses choix politiques. Excellent élève et vif d’esprit, il remporte régulièrement des prix et des distinctions en français, en histoire, en latin et en philosophie. Pourtant, malgré ses brillants résultats et son caractère studieux, il n’en est pas moins taquin et espiègle. En effet, il joue volontiers des tours à ses camarades, pour la plupart des fils de cultivateurs, mais aussi à ses sœurs, cachant leurs vêtements, leurs oreillers, attachant des lits de manière à les faire s'écrouler dès qu'on s'y couche, lançant des seaux d'eau, des tartes, des petits pains et d'autres projectiles.