Ce Jour-là

Maurice Barrès

Écrivain et homme politique français

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Maurice Barrès [baʁɛs], né le 19 août 1862 à Charmes (Vosges) et mort le 4 décembre 1923 à Neuilly-sur-Seine, est un écrivain et homme politique français, figure de proue du nationalisme français.

Le premier axe de sa pensée est « le culte du Moi » : Barrès affirme que notre premier devoir est de défendre notre moi contre les « Barbares », c'est-à-dire contre tout ce qui risque de l'affaiblir dans l'épanouissement de sa propre sensibilité. Le second axe est résumé par l'expression « la terre et les morts » qu'approfondissent les trois volumes du Roman de l'énergie nationale : Les Déracinés (1897), L'Appel au soldat (1900) et Leurs figures (1902) qui témoignent de l'évolution de Maurice Barrès vers le nationalisme républicain et le traditionalisme, l'attachement aux racines, à la famille, à l'armée et à la terre natale.

L’un des écrivains les plus influents de la France de la Belle Époque, puis maître à penser de la droite nationaliste durant l'entre-deux-guerres, il était surnommé le « princeps juventutis » (prince de la jeunesse). Les avis sont partagés sur la place à donner à Maurice Barrès dans la memoire historique : les uns mettent en avant ses succès littéraires et les autres son antisémitisme affirmé.

La famille paternelle de Maurice Barrès est originaire d'Auvergne (sud-ouest de Saint-Flour). À la fin du XVIe siècle, une des branches de la famille s'installa plus au nord, à Blesle, dont Jean-Francis Barrès (arrière-grand-père de Maurice Barrès) fut maire et conseiller général. L'un de ses fils, Jean-Baptiste Auguste, après s'être engagé dans les vélites de la Garde impériale, prit sa retraite en 1835, à Charmes, dans le département des Vosges, où il s'était marié. De ce mariage avec une Lorraine, il eut un fils, Auguste (père de Maurice) qui lui-même épousa Mlle Luxer, dont le père fut maire de Charmes en 1870. Auguste Barrès, ancien élève de l'École centrale, fut un moment professeur, puis précepteur, avant d'arrêter tout travail.

Maurice Barrès naît le 19 août 1862. À l'âge de dix ans, il entre comme pensionnaire au collège de La Malgrange, près de Nancy. Il y passe quatre ans et y rencontre Stanislas de Guaita. Il gardera de cette première expérience de l'internat un souvenir douloureux. Ses camarades l'appellent « le corbeau » parce qu'il est « un petit garçon noir de cheveux, grave et isolé ».

« Il naquit dans l'Est de la France et dans un milieu où il n'y avait rien de méridional. Quand il eut dix ans, on le mit au collège où, dans une grande misère physique (sommeils écourtés, froids et humidité des récréations, nourriture grossière), il dut vivre parmi des enfants de son âge ; fâcheux milieu, car à dix ans ce sont précisément les futurs goujats qui dominent par leurs hâbleries et leur vigueur, mais celui qui sera plus tard un galant homme ou un esprit fin, à dix ans, est encore dans les brouillards. »

— Maurice Barrès, Sous l’œil des Barbares, 1888.

Il termine ses classes élémentaires et poursuit ses études à l'internat du lycée de Nancy. Il y reçoit un « enseignement qui l'éveille sans l'exciter », entre les cours de philosophie morale d’Auguste Burdeau et la lecture des lyriques modernes. De son professeur de philosophie, il laissera quelques années plus tard un portrait au vitriol dans son roman Les Déracinés, en la personne de l'arriviste Bouteiller. En 1878, Stanislas de Guaita lui apporte en cachette les Émaux et Camées, les Fleurs du Mal et Salammbô. L'année suivante, il obtient d'être externe et partage sa chambre rue de la Ravinelle avec lui. « Toute la journée, et je pourrais dire toute la nuit, nous lisions à haute voix des poètes… En même temps que les chefs-d’œuvre, nous découvrions le tabac, le café et tout ce qui convient à la jeunesse… ».

Il effectue une année à la Faculté de Droit de Nancy et publie son premier article dans le Journal de la Meurthe et des Vosges pour soutenir la candidature de Paul de Saint-Victor à l'Académie française. En 1882, il écrit une étude littéraire dans la Jeune France, un périodique mensuel. Ses manuscrits sont remarqués par Leconte de Lisle et Anatole France (dont il était encore l'ardent admirateur), qui souhaitent le faire venir à Paris. Il retourne à Charmes au mois de juillet, puis part pour Paris en janvier 1883, officieusement pour continuer ses études en droit. Il obtient sa licence en décembre 1883. Il continue d'écrire des articles pour la Jeune France mais ne trouve pas d'éditeur à son Départ pour la vie. Devant le refus des éditeurs, il décide de se publier lui-même et fonde une revue : les Taches d'encre. Il assume à lui seul la rédaction des quatre numéros. Dans le premier, il expose son credo esthétique et politique :

« Notre tâche sociale, à nous, jeunes hommes, c'est de reprendre la terre enlevée, de reconstituer l'idéal français qui est fait tout autant du génie protestant de Strasbourg que de la facilité brillante du Midi. Nos pères faillirent un jour : c'est une tâche d'honneur qu'ils nous laissent. Ils ont poussé si avant le domaine de la patrie dans les domaines de l'esprit que nous pouvons, s'il le faut, nous consacrer au seul souci de reconquérir les exilés. Nous dirons la France est grande et l'Allemagne aussi. Quels que soient, d'ailleurs, les instants de la politique, trois peuples guident la civilisation dans ce siècle : la France, l'Angleterre, l'Allemagne aussi. Et ce serait pour nous une perte irréparable si l'un de ces flambeaux disparaissait. Le patriotisme d'aujourd'hui ne ressemble pas plus au chauvinisme d'hier qu'au cosmopolitisme de demain. Nous avons des pères intellectuels dans tous les pays. Kant, Goethe, Hegel ont des droits sur les premiers d'entre nous. »

Ces fascicules trouvent peu d'écho, mais Maurice Barrès continue à publier des articles dans La Vie moderne, la Revue illustrée, la Revue des lettres et des arts, le Paris illustré, les Chroniques, etc. À Paris, il fréquente les cénacles littéraires : il rencontre ainsi Paul Bourget, Charles Maurras, Leconte de Lisle et les frères Goncourt. Sursitaire pour poursuivre ses études, il est ensuite exempté du service militaire. Comme toute la jeunesse de son temps, il est très influencé par la pensée d'Hippolyte Taine et celle d'Ernest Renan, qu'il n'hésite pourtant pas à brocarder dans deux courts récits de 1888 : Monsieur Taine en voyage et Huit jours chez Monsieur Renan. En janvier 1887, sa santé fragile l'amène en Italie où il écrit les pages principales de Sous l’œil des Barbares. À son retour à Paris, en avril, il trouve un éditeur, et publie son livre à la fin de l'année 1887 ; toutefois, en butte au silence de la presse et au peu d'audience de son roman, Barrès repart en Italie.

C'est Paul Bourget qui le premier, en 1888, dans un article au Journal des Débats, attire l'attention sur l'auteur, encore inconnu, de Sous l'œil des Barbares. Les trois volumes du Culte du Moi lui valent l'admiration de la jeunesse, ainsi Léon Blum se souvient-il dans un article de 1903 :

« À une société très positive, très froidement sceptique, que Renan et Taine avaient dressée soit à la recherche tranquille des faits, soit au maniement un peu détaché des idées, Barrès venait apporter une pensée sèche en apparence, mais sèche comme la main d'un fiévreux, une pensée toute chargée de métaphysique et de poésie provocante. Il parlait avec une assurance catégorique, à la fois hautaine et gamine, et si dédaigneuse des différences ou des incompréhensions ! Toute une génération, séduite ou conquise, respira cet entêtant mélange d'activité conquérante, de philosophie et de sensualité. »

« Le phénomène, devenu depuis assez banal, d'un écrivain qui connaît le succès à vingt-cinq ans, était rare en ce temps-là, d'autant qu'il s'agissait d'un écrivain qui ne s'intéressait qu'à lui, qui ne parlait que de lui, mais lui c'était nous-mêmes (…) Maurice Barrès nous promenait dans ce domaine de l'idéologie pure, le seul que nous connaissions un peu et où nous nous sentions à notre aise. Son dédain pour ce qui n'était pas méthode pour voir clair en soi-même, son mépris des choses extérieures et de la société (nous savions, par ailleurs, qu'il vivait en jeune seigneur élégant), son art délibéré qui ne se souciait pas d'exprimer une grossière réalité extérieure, mais uniquement les mouvements de flux et de reflux de son esprit, comment cela ne nous eût-il pas enchantés ! Et, merveille !, à ses dégoûts, à ses impertinences et à ses ironies, la vie commune, bafouée par lui, répondait par des faveurs ! Nous nous réjouissions, comme d'une réussite personnelle, de voir monter l'étoile de ce jeune intellectuel, dont nous nous sentions les frères. »

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