Ce Jour-là

Maurice Audin

Mathématicien et militant politique français

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Maurice Audin, né le 14 février 1932 à Béja (Tunisie) et déclaré mort le 21 juin 1957 à Alger, est un mathématicien français. Assistant à l'université d'Alger, il est membre du Parti communiste algérien et militant de l'indépendance algérienne.

Après son arrestation le 11 juin 1957 au cours de la bataille d'Alger, il disparaît et meurt assassiné à une date inconnue. Son corps n'a jamais été retrouvé.

Pour ses proches ainsi que pour nombre de journalistes et d'historiens, notamment Pierre Vidal-Naquet, il est tué pendant son interrogatoire par des parachutistes français. Cette thèse a longtemps été rejetée par l'armée française et l'État français, qui affirmait qu'il s'était évadé, jusqu'à ce que le général Aussaresses affirme avoir donné l'ordre de le tuer au couteau pour faire croire à un meurtre par des Algériens. La première reconnaissance officielle par la France de la mort en détention de Maurice Audin est faite en 2014 par le président François Hollande, sans toutefois rendre publics les documents le confirmant. En 2018, le président Emmanuel Macron reconnaît officiellement les responsabilités de l'État français et de l'armée française dans cet assassinat.

Maurice Audin est le fils de Louis Audin (1900-1977) et d'Alphonsine Fort (1902-1989), mariés en 1923 à Koléa (Algérie), tous deux issus de familles modestes, lui d'ouvriers lyonnais, elle de paysans de la Mitidja. Au moment de la naissance de Maurice, son père est chef de la brigade de gendarmerie de Béja, dans le protectorat français de Tunisie. Après la Tunisie, Louis Audin est affecté en métropole, puis il passe un concours et devient postier à Alger.

Études et carrière universitaire

Fils d'un militaire, Maurice Audin devient enfant de troupe et, en 1942, entre en sixième à l'école militaire préparatoire de Hammam Righa ; en 1946, il est admis à l'école d'Autun ; en 1948, renonçant à une carrière d'officier, il revient faire la classe de mathématiques élémentaires à Alger (au lycée Gautier).

Il fait des études de mathématiques à l'université d'Alger, obtenant sa licence en juin 1953, puis un DES en juillet. Dès février 1953, il est recruté comme assistant du professeur René de Possel, poste dans lequel il est titularisé en 1954. Il travaille aussi sur une thèse sur « les équations linéaires dans un espace vectoriel dans le cadre d'un doctorat d'État de mathématiques ».

En janvier 1953, il se marie avec Josette Sempé (1931-2019) ; ils ont trois enfants : Michèle (1954-2025), Louis (1955-2006) et Pierre (1957-2023).

Maurice Audin adhère au Parti communiste algérien en 1951, d'abord comme membre de la cellule Langevin de l'Union des étudiants communistes, puis, à partir de 1953, d'une cellule d'Alger. Il fréquente aussi l'association des étudiants musulmans, l'AEMAN (devenue en 1955 l'UGEMA).

Maurice et Josette Audin font partie de la minorité anticolonialiste des Français d'Algérie, pour qui l'indépendance de l'Algérie est une évidence, ce qui est aussi la position du Parti communiste algérien (PCA). Ce dernier est interdit le 13 septembre 1955 et devient une organisation clandestine, négociant avec le FLN.

La famille Audin participe à certaines opérations illégales : en septembre 1956, Maurice organise, avec sa sœur (Charlye, née en 1925) et son beau-frère (Christian Buono), l'exfiltration clandestine à l'étranger de Larbi Bouhali, premier secrétaire du PCA.

En janvier 1957, à la suite des nombreux attentats perpétrés contre la population par le FLN, est lancée l'opération dite « bataille d'Alger », pour laquelle la 10e division parachutiste du général Massu détient les pouvoirs de police dans la zone d'Alger. Cette unité se livre massivement à la torture et aux exécutions sommaires. Paul Teitgen constate 3024 disparitions en un an dans les cinq départements de la région algéroise et le général Massu avance un bilan des pertes de la Zone autonome d'Alger en neuf mois de « moins d’un millier d’hommes, et très probablement le nombre relativement faible de trois cents tués ».

En mars 1957, Maurice Audin héberge un autre dirigeant communiste, l'ouvrier métallurgiste Paul Caballéro, au moment où celui-ci doit être soigné par un médecin, Georges Hadjadj, membre du Parti.

Arrestation et disparition de Maurice Audin (juin 1957)

L'attentat du Casino de la Corniche cause le 9 juin 1957 huit morts et quatre-vingt-douze blessés, dont une trentaine d'amputés. Les obsèques des victimes, le 11 juin 1957, tournent à l'émeute : plusieurs musulmans, molestés par une foule de jeunes, sont hospitalisés, de nombreux magasins saccagés et quelques voitures incendiées. Le couvre-feu est instauré en catastrophe à 21 heures. Deux heures plus tard, les parachutistes frappent à la porte de Maurice Audin. Les militaires finissant par menacer d'arrêter la femme du docteur Hadjadj, pris dans une vague d'arrestation, pour la torturer, il leur dit dans la soirée avoir soigné, au domicile de Maurice Audin, le leader communiste Paul Caballéro, favorable dès 1954 à ce que la direction du Parti communiste algérien (PCA) revienne à des « arabo-berbères », contraint à la clandestinité depuis la censure de 1955, mais contre l'implication du PCA dans l’action armée, qui sera libéré en mai-juin 1962. Le 11 juin 1957, Audin est arrêté à son domicile, par le capitaine Devis et les lieutenants André Charbonnier et Philippe Erulin. Il est transféré vers un lieu de torture le soir même et confondu le 12 juin avec le journaliste Henri Alleg, directeur du quotidien interdit Alger républicain. Une souricière est installée dans l'appartement de la famille Audin, et Henri Alleg y est arrêté. Le futur auteur de La Question, en février 1958, est alors clandestin depuis qu'il a été blessé dans un attentat au plastic contre son quotidien, fermé ensuite par l'Armée et dont l'imprimerie a été affectée à la fabrication du journal de propagande Le Bled. Alleg est l'avant dernier à avoir parlé à Maurice Audin, qu'il a rejoint sur son lieu de torture. Cette double disparition a des effets considérables : c'est le début de l'affaire Audin, dont Alleg sera un des relais, il sera transféré en France à la prison de Rennes pour des raisons de santé avant de s’échapper vers la Tchécoslovaquie

Soutenance de thèse in absentia (décembre 1957)

Au moment de son arrestation, la thèse de Maurice Audin est presque terminée et la soutenance est prévue pour le début de 1958. Au cours de ses recherches, il avait transmis six notes, publiées par l'Académie des sciences. René de Possel avait cité son travail au cours d'un congrès de mathématiciens tenu en Roumanie en 1956. À la fin de 1956, Maurice Audin était venu quelques jours à Paris pour prendre contact avec les mathématiciens Gaston Julia, Henri Cartan et Laurent Schwartz.

Le Monde du 3 décembre 1957 révèle ensuite que « la faculté des sciences de Paris a examiné ce matin la thèse de doctorat d'État rédigée par Maurice Audin avant de disparaître » puis décerné le grade de docteur ès sciences (...) après une soutenance symbolique par René de Possel, son directeur de thèse et président du laboratoire de calcul numérique de l'Institut Henri-Poincaré. Cette soutenance, in absentia, a eu lieu devant un public nombreux. Le jury est composé de Jean Favard, président, de Laurent Schwartz, rapporteur et de Jacques Dixmier, troisième membre du jury. C'est René de Possel qui expose au tableau les résultats d’Audin.

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