Maurice (latin : Flavius Mauricius Tiberius Augustus, grec : Φλάβιος Μαυρίκιος Τιβέριος Αὔγουστος) (539-27 novembre 602) est un empereur romain d'Orient ou empereur byzantin de 582 à 602.
Si ses origines et les premiers temps de son existence demeurent mal connus, Maurice s'impose comme l'un des principaux généraux de l'Empire sous le règne de Tibère II Constantin (578-582), dont il a été un des proches avant son arrivée au pouvoir. Il combat notamment les Sassanides lors de plusieurs campagnes et finit par être l'héritier désigné, accédant au pouvoir en 582. Son règne, principalement connu par l'œuvre de Théophylacte Simocatta, voit l'Empire combattre sur deux fronts. D'abord, il remporte un succès éclatant contre les Sassanides, puisqu'il finit par prendre le parti du souverain Khosro II contre un usurpateur et peut ensuite conclure une paix avantageuse pour l'Empire, assurant des gains territoriaux notables en Orient, sur une grande partie de l'Arménie. Une fois la frontière orientale stabilisée, Maurice s'efforce de rétablir la solidité du limes danubien face aux incursions des Slaves et des Avars. Par une stratégie agressive, consistant à porter la guerre en territoire ennemi, il semble en passe de réaffirmer la souveraineté byzantine dans les Balkans. Cependant, l'armée, fatiguée de ces campagnes incessantes, confrontée à des effectifs en baisse et à des soldes irrégulièrement payées, symboles des difficultés financières de l'Empire, finit par se révolter et par renverser Maurice qui est exécuté sur l'ordre de l'usurpateur Phocas, son successeur qui le renverse par la force.
Si la politique extérieure de Maurice est bien connue, ses accomplissements intérieurs sont moins bien appréhendés. Il réforme l'Empire, notamment ses provinces avec la fondation des exarchats de Ravenne et de Carthage et se distingue par son souhait de rétablir les finances de l'Empire, alors fragiles du fait d'un contexte économique et démographique défavorable ainsi que de coûteuses opérations militaires de défense des frontières. Ces efforts expliquent son impopularité grandissante parmi la population et l'armée. En dépit des difficultés de cette fin de règne, qui sont aussi celles d'un monde romain oriental à l'aube de transformations profondes et de défis d'envergure, Maurice a laissé le souvenir d'un empereur capable, désireux de stabiliser son Empire. Il a aussi associé son nom à un manuel de stratégie militaire, le Strategikon, parmi les plus célèbres de l'histoire militaire. Néanmoins, premier empereur à être renversé et exécuté dans l'histoire byzantine, son échec final demeure un élément marquant de son règne.
Un nombre relativement important de chroniques relatent les événements du règne de Maurice, avec une nette préférence pour la description des guerres extérieures, aux dépens des événements de politique intérieure. La connaissance de cet empereur dépend avant tout du récit de Théophylacte Simocatta, qui s'approche d'un biographe et qui écrit sous le règne d'Héraclius, lequel pourrait bien être le commanditaire de ce travail. Sa chronique met l'accent sur les guerres de Maurice et est parfois considérée comme la dernière œuvre relevant de la tradition historique de l'Antiquité, comme épigone des récits de Thucydide, Hérodote ou Xénophon, avant le début d'une période pauvre en écrits historiques dans le monde byzantin. Si son style est souvent ampoulé et l'historicité de son récit parfois peu fiable, Théophylacte Simocatta reste incontournable. Évagre le Scholastique est un autre chroniqueur majeur mais son texte s'arrête à l'année 594. Il est favorable à Maurice, dont il vante la clémence à plusieurs reprises. De même, l’Histoire ecclésiastique de Jean d'Éphèse s'interrompt en 585 mais fournit des renseignements intéressants sur le contexte général de l'Empire et les premières années de Maurice comme empereur, qu'il présente lui aussi sous un jour favorable. Il défend notamment sa sobriété, devenue nécessaire au regard de l'état du trésor impérial. Jean de Nikiou, qui écrit plusieurs décennies après, a livré des éléments intéressants sur des événements du règne de Maurice, bien que sa confession copte implique une certaine hostilité à l'égard des autorités byzantines, soupçonnées de vouloir imposer le dogme chalcédonien. Il blâme notamment Maurice pour « son amour de l'argent » et écrit : « Tous les Romains détestaient Maurice en raison des calamités qui arrivaient sous son règne ». Par ailleurs, le Stratégikon de Maurice, régulièrement attribué à l'empereur, constitue une source de valeur qui éclaire le contexte militaire du tournant de l'année 600. En revanche, presque aucun texte juridique ou administratif de l'époque n'a survécu. Le pape Grégoire le Grand, contemporain de Maurice, a rédigé plusieurs lettres qui nous sont parvenues et qui concernent, directement ou non, l'empereur Maurice avec lequel les relations sont complexes et parfois tendues. Parmi les chroniques postérieures, celle de Théophane le Confesseur est particulièrement utile, ainsi que celle de Georges le Moine et celle de Léon le Grammairien, qui s'appuient parfois sur des textes qui ont disparu depuis.
À la mort de Justinien, l'Empire d'Orient est dans une situation paradoxale. Il vient de connaître une phase d'expansion importante, concrétisée par des reconquêtes territoriales de grande ampleur mais les dernières années du règne de Justinien sont le témoin d'événements aux conséquences funestes. Le déclenchement de la peste justinienne à partir des années 540 provoque une chute démographique notable, tandis que les grands équilibres de l'Empire d'Orient sont fragilisés par des années plus froides que d'habitude et des catastrophes naturelles diverses, dont des séismes. De ce fait, alors même que les frontières à défendre se sont accrues, incluant notamment l'Italie dévastée par la guerre des Goths, les effectifs de l'armée baissent notablement, de même que les rentrées fiscales. Les successeurs de Justinien sont donc contraints de trouver des expédients pour parer aux défis qui se présentent à eux, notamment les menaces extérieures représentées par les Lombards, les Slaves, les Avars et les Sassanides. Pour autant, les ressources paraissent toujours plus limitées, surtout quand Tibère II Constantin se risque à une politique de prodigalités qui fragilisent le trésor impérial. En outre, les tensions religieuses entre les différentes branches du christianisme fragilisent aussi l'édifice impérial. Au-delà, l'Empire byzantin de la fin du VIe siècle suit les mutations progressives de l'Antiquité tardive, phase de transition de l'Antiquité gréco-romaine classique vers le monde médiéval.
Maurice est né à Arabissos en Cappadoce en 539, même si, administrativement, la cité est du ressort de la province d'Arménie III depuis le IVe siècle. C'est l'un des premiers empereurs romain d'Orient avec Zénon à être originaire de la partie asiatique de l'Empire. Il est le fils d'un dénommé Paul et a un frère, Pierre et deux sœurs, Théoctiste et Gordia, qui est la femme du général Philippicus. À la différence des empereurs depuis Anastase Ier, il semble avoir eu le grec comme langue maternelle. Cependant, alors que la plupart des sources concordent pour dire qu'il est grec cappadocien, Evagre le Scolastique affirme qu'il est d'origine romaine, tandis que des historiens modernes comme Nicolas Adontz ou Peter Charanis plaident pour une racine arménienne sur la base de récits tardifs qui semblent peu dignes de foi. L'affirmation d'Evagre vise-t-elle à compenser la modestie de l'ascendance familiale de Maurice ? C'est ce qu'un historien comme Ernst Stein a supposé, même si d'autres sources laissent supposer une origine occidentale pour Maurice, voire une lointaine parenté avec Marcien. Néanmoins, il peut être rangé dans la catégorie des homo novus, issu semble-t-il d'une modeste famille de fonctionnaires locaux. Les descriptions lui sont généralement favorables. Évagre le décrit comme constant et loue son mode de vie sans excès. Plus largement, l'empereur est souvent qualifié de pieux, miséricordieux et humble, ce qui vient probablement partiellement de la propagande impériale. Il est aussi reconnu comme un amateur d'art et de littérature, passant certaines de ses soirées à lire de la poésie ou des ouvrages d'histoire. La titulature impériale complète, connue d'une missive à Childebert II est la suivante : Imperator Caesar Flavius Mauricius Tiberius fidelis in Christo mansuetus maximus beneficus pacificus Alamannicus Gothicus [Francicus Germanicus] Anticus Alanicus Vandalicus Erulicus Gepidicus Afric[an]us pius felix inclitus victor ac triumfator semper Augustus soit « Empereur César Flavius Mauricius Tiberius, croyant dans le Christ, magnanime, majestueux, généreux, pacifique, vainqueur des Alamans, des Goths, des Antes, des Alains, des Vandales, des Hérules, des Gépides, pieux, heureux, renommé, victorieux et triomphant, toujours Auguste ».