Ce Jour-là

Matthieu Galey

Critique littéraire et théâtral, diariste

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Matthieu Galey, né et mort à Paris (9 août 1934 - 23 février 1986), est un critique littéraire et théâtral et écrivain français. Il est surtout connu du grand public pour sa participation comme critique au Masque et la Plume et dans L'Express et en tant qu'écrivain pour son Journal.

Matthieu Galey était le fils du cinéaste français Louis-Émile Galey et le frère de la journaliste Geneviève Galey. Son père était d'origine berrichonne, sa mère, Marcelle Bechmann, d'une famille juive. À son baptême, Matthieu eut pour parrain un ami de son père, l'homme de lettres et bientôt célèbre avocat Georges Izard qui en 1971 devint membre de l'Académie française. Lors de réveillons de Noël chez les Izard — Matthieu Galey décrit dans son Journal les « réveillons traditionnels » de 1953 à Morsang et de 1964 à Saint-Brice —, la Messe de minuit était « comme toujours » célébrée par le beau-frère d'Izard, le père Jean Daniélou, futur cardinal et membre de l'Académie française. Un autre ami de son père était Henri Jeanson avec qui la famille alla en 1938 aux sports d'hiver près du mont d'Arbois.

Du côté paternel, il était le petit-fils d'Antoine Galey (1880-1976), pharmacien-chimiste, lettré, qui lisait Tacite et Jules César en latin et qui, lui-même enfant unique, se réjouissait lorsque ses enfants et ses quinze petits-enfants l'entouraient. De sa grand-mère, Marie Nadalet (1882-1982), devenue centenaire, il écrivit qu'elle eut une influence énorme sur lui. Il allait régulièrement leur rendre visite.

Du côté maternel, il était le petit-fils de l'architecte Lucien Bechmann (1880-1968) et de son épouse Germaine Kapferer (1880-1970), chez qui il séjourna souvent à Jouy-en-Josas. Sa grand-mère était apparentée aux industriels Deutsch de la Meurthe. L'architecte et historien de l'architecture Roland Bechmann (1919-2017), fils de Lucien, était son oncle. Geneviève Bechmann (1904-1997), sa tante, avait épousé l'industriel Albert Dreyfus-Sée, fusillé par les Allemands en 1944 de qui elle eut cinq enfants. Sous son propre nom et sous son nom de plume d'Amélie Dubouquet, elle se signala comme pédagogue, architecte, historienne et auteur de livres pour enfants. Ses écrits pédagogiques la placèrent dans le grand mouvement d'après guerre de l'Éducation Nouvelle.

En dehors de ses grands-parents, de sa mère et de sa sœur Geneviève, Matthieu Galey ne semble pas avoir entretenu beaucoup de relations avec sa famille d'oncles et tantes Galey et Bechmann et leurs enfants, du moins ne les mentionne-t-il que très peu dans son Journal. Pour les Galey, il mentionne brièvement son frère Laurent, et Bertrand (l'un de ses cousins), Jacques (oncle) et Louis (son père). Il réfère à quelques reprises à un lointain cousin Jean-Marie Galey (né à Angoulême en 1947), acteur de théâtre et de cinéma, de treize ans son cadet. Pour les Bechmann, il faisait quelques remarques à l'occasion de funérailles israélites ou de l'un ou l'autre mariage où il était accueilli en tant que « fils de Marcelle ». Il mentionnait en passant sa lointaine cousine Martine Wildenstein et ses toutes jeunes cousines Claudine et Danièle Bechmann (devenue plus tard le professeur de sociologie Dan Ferrand-Bechmann). Sans doute ses contacts familiaux furent-ils plus nombreux que son journal ne le laisse apparaître, celui-ci étant surtout axé sur ses relations littéraires.

Les relations de famille ou d'amitié, dans un milieu intellectuel et nanti, préparaient sans aucun doute Matthieu Galey à se lancer, à se faire des relations et à réussir dans le monde de la littérature.

Matthieu Galey fit ses études secondaires au lycée Buffon. Il les poursuivit à Rome au lycée Chateaubriand et, de retour en France, au lycée Henri-IV. C'est dans ce dernier qu'il noua une grande amitié avec Pierre Joxe (« la seule amitié pure de ma vie », disait-il), plus tard ministre socialiste et président de la Cour des comptes. En 1949, ils passèrent deux mois à l'Institut français d'Édimbourg, dans le cadre d'un échange entre le lycée Henri-IV et le Watson's College. Il fit ses études universitaires à la Sorbonne, faculté des lettres et à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po), où il eut Georges Pompidou parmi ses professeurs.

Encore étudiant, Matthieu Galey débuta dans les Cahiers des Saisons. En 1957, il fut engagé comme « nègre » par un ami de son père, Maurice Druon, pour la rédaction de son roman historique Alexandre le Grand, paru l'année suivante. En 1959, il devint chroniqueur littéraire à l'hebdomadaire Arts. En 1962, il entra au comité de lecture de l'éditeur Bernard Grasset. Après la disparition d'Arts en 1967, il devint critique littéraire à L'Express et critique théâtral à Combat, aux Les Nouvelles littéraires. Il devint également collaborateur à l'émission radiophonique Le Masque et la Plume, collaborateur occasionnel du Monde et de Revue de Paris, membre du comité de lecture de la Comédie-Française, membre de plusieurs jurys décernant des prix littéraires et membre de la commission d’avances sur recettes au Centre national du cinéma.

N'ayant pas encore vingt ans, Matthieu Galey eut l'ambition de consacrer une étude à Raymond Radiguet. Il ne manqua pas de rendre des visites à diverses personnalités qui avaient connu le jeune écrivain : Jean Cocteau, Constantin Brâncuși, André Salmon, Joseph Kessel, Jean Hugo. De telles rencontres avec des grands noms de la littérature et de l'art, qui ne semblaient pas trop difficiles à approcher, devaient sans nul doute influencer le tout jeune homme de lettres en herbe.

L'étude ne fut jamais achevée, à tout le moins pas publiée.

Une étude qu'il entreprit avec pour sujet l'écrivain Barbey d'Aurevilly n'aboutira pas non plus.

Grand admirateur de Marcel Proust, il s'inscrivit dans la mouvance de la droite littéraire d'après guerre, quoique plus tard il s'efforçât de se défaire d'une étiquette de « droite ». Les grands anciens de cette tendance, du moins ceux avec lesquels Galey eut des rapports très suivis, étaient Paul Morand, Jacques Chardonne et même Marcel Jouhandeau. Les nouveaux étaient Michel Déon, Antoine Blondin, Roger Nimier, François Nourissier, Jacques Laurent, ensuite Maurice Druon, Jean d'Ormesson et tous ceux qui furent rassemblés sous le sobriquet (trouvé par le critique littéraire et écrivain Bernard Frank) de « hussards ». Galey devint membre de la coterie, fondée par Jacques Brenner, qui en 1955 avait fondé Les Cahiers des saisons, point de ralliement du groupe. Il y retrouvait Marcel Schneider et tous ceux qui se démarquaient fortement autant des auteurs de la NRF et de Gallimard que de ceux appartenant à ce que l'auteur Émile Henriot avait nommé le Nouveau roman.

Contrairement à ce qu'il avait lui-même espéré à ses débuts, il ne réussit pas à devenir un écrivain à part entière. Dans son journal, il méditait : « C'est vrai que j'ai regardé “passer les bateaux où je ne monterais jamais”. Paresse ? Impatience ? Orgueil de rater mon coup ? ». Et pourtant, ajoutait-il « Voici quarante-six ans que je somnole sur un trésor. Homosexuel et demi-juif, quel romancier ne donnerait cher pour posséder ce capital ? Moi, je vis cela, bien à mon aise, ou presque, sans en tirer ni profit ni souci. » Ce manque fut remarqué par d'autres. Son collègue et concurrent Bernard Frank le décrivait comme « une petite fouine se glissant dans l'ombre de Brenner pour faire son beurre de célébrités, et assurer ses arrières avec Chardonne ». Il n'empêche que jour après jour il fignolait son Journal, ce trésor qui somnola sa vie durant et ne fut découvert qu'après sa mort.

Matthieu Galey est en effet l'auteur d'un journal (considéré par certains comme un chef-d'œuvre) dans lequel il décrit avec ironie les mœurs du milieu littéraire et trace de manière grinçante le portrait d'écrivains célèbres ou en passe de le devenir, mais aussi d'hommes politiques, de femmes du monde, d'éditeurs, etc. Les rencontres qu'il réalisa, tout jeune, avec les amis de Raymond Radiguet, prouvent qu'il avait l'art d'établir les contacts. Sans qu'il le dise explicitement, il semble bien que le milieu familial (son père, Georges Izard, la famille Joxe, des membres de la famille Bechmann et d'autres) l'aidèrent à établir les premiers contacts. Pour le reste, les amitiés homosexuelles, les contacts dans les cafés « branchés », comme le Café de Flore ou Les Deux Magots, bientôt les relations au sein de l'équipe chez l'éditeur Grasset, sans oublier que le monde littéraire et artistique germanopratin était un « petit monde » où les relations se nouaient assez facilement, firent que Galey fut en mesure de rencontrer et de décrire un nombre impressionnant de ses contemporains.

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