Ce Jour-là

Mathurin Méheut

Peintre, graveur et illustrateur français (1882-1958)

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Mathurin Méheut, né le 21 mai 1882 à Lamballe et mort le 22 février 1958 à Paris, est un peintre, graveur et illustrateur français.

Formation et début de carrière

Mathurin Méheut naît en 1882 dans une famille d'artisans. En 1896, il commence son apprentissage à Lamballe chez Mathurin Guernion, un peintre en bâtiment, et il réalise ses premiers dessins datés. Il intègre l'École régionale des beaux-arts de Rennes (Ille-et-Vilaine) en 1898. Méheut séjourne un mois à Paris en 1900 puis s'installe dans la capitale française en 1902 à la fin de ses études à Rennes. Il travaille alors pour la revue Art et Décoration et publie des illustrations sur les poissons et les coraux. En parallèle, il s'inscrit à l'École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris. Il effectue son service militaire de 1903 à 1904 à Saint-Lô.

En 1905, Méthurin Méheut épouse Marguerite Rouja au Mans. Le couple demeure à Paris dans le 15e arrondissement, au 45, rue Falguière. Leur fille Maryvonne naît en 1908.

De 1910 à 1912, il séjourne et travaille à la station biologique de Roscoff, où il peut observer et dessiner le milieu marin dans un contexte scientifique. C'est là qu'il crée les bases de l'ouvrage Étude de la mer 1913-1914 sous la direction de Maurice Pillard (dit Verneuil). Une exposition lui est consacrée au musée des arts décoratifs de Paris en 1913 réunissant 450 œuvres sur la faune et la flore marine, réalisées à Roscoff. La revue L'Illustration publie plusieurs de ses tableaux en couleurs. Le musée océanographique de Monaco et le musée du Luxembourg à Paris acquièrent certaines de ses œuvres.

En 1898, le mécène Albert Kahn (1860-1940) décide de la création d'une bourse, nommée « Autour du monde », qui doit permettre le financement de projets artistiques et les déplacements intercontinentaux des lauréats d'un concours, organisé par la Fondation Albert-Kahn. Mathurin Méheut remporte le prix de l'année 1914 et embarque le 10 janvier 1914 au port du Havre à destination du Japon. Le 22 avril 1914, l'artiste et sa femme aperçoivent les côtes nippones, à Yokohama. « La côte japonaise nous apparaît par un beau soleil matinal : des voiles blanches à l'infini... on dirait une baie bretonne, des sardiniers gagnant le large: la baie de Douarnenez. Les barques nous frôlent, les pêcheurs complètement nus. Immédiatement nous songeons à Hokusaï prodigieusement vrai, prodigieusement moderne; les mêmes gréements, les mêmes accessoires, les mêmes types, que dans ses vues du Fuji, que les figures de ses albums (mon enthousiasme pour cet artiste n'a fait que croître du reste à la vue de ses modèles, de son pays). ».Au cours de son périple, qui le mène successivement de Yokohama à Nara, en passant par Kyōto, Mathurin Méheut peint et dessine tout ce qui l'émerveille, témoignage de son intérêt tant naturaliste qu'ethnographique. Il entretient également une riche correspondance épistolaire avec ses proches, restés en France. Ses lettres attestent de l'enthousiasme de Méheut, qui n'hésite pas à émailler ses missives de nombreux dessins et aquarelles.

Dans son carnet de route, l'artiste détaille chaque étape de son voyage. Il découvre les nombreux temples, vestiges des pratiques culturelles locales. Le shintoïsme et le bouddhisme sont très présents au sein de l'archipel. Mathurin Méheut se plaît à peindre et à croquer les moindres détails de ces architectures religieuses. Ce sont surtout les multiples édifices de Nara, ancienne capitale impériale de 710 à 784, qui retiennent son attention. Le peintre réalise une aquarelle de Kongo, sculpture de bois de 8 mètres de haut datée de 1203, qui garde la porte sud du temple du Tôdai-ji. À Kyōto, Mathurin Méheut effectue plusieurs dessins du temple Fushima Inari-Taisha, dédié à Inari, une divinité agraire. Les exemples d'illustrations de temples ne manquent pas, tant Méheut n'a de cesse de les dessiner.

Outre la spiritualité et les croyances, Mathurin Méheut s'intéresse au mode de vie japonais. Les vêtements, des splendides kimonos à l'attirail du simple paysan sont représentés. Le voyageur français assiste à des représentations de théâtre nô, dont les costumes chatoyants des acteurs font l'objet de nombreux dessins. En cours du mois de juillet 1914, il séjourne chez un concessionnaire de la Société Lumière du Japon, Inabata Katsutarô (1862-1959), ce qui donne à Méheut l'occasion d'assister à une cérémonie du thé. En souvenir de l'amitié entre les deux hommes, les descendants d'Inabata Katsutarô inaugurent en 1992 une villa à Kyōto destinée aux artistes français en résidence.

Mathurin Méheut est célèbre pour ses représentations naturalistes de la faune et de la flore. Son sens de l'observation est loué par ses contemporains qui affirment que ses illustrations permettent de collecter des renseignements, méconnus des scientifiques. Son périple au Japon donne l'occasion au peintre de détailler minutieusement la biodiversité nippone. Du côté des végétaux, les nénuphars et les pivoines retiennent l'attention de Méheut, tandis que les grues, les daims et les tortues sont les animaux les plus souvent dessinés.

Les aquarelles et les dessins aux couleurs vives de Mathurin Méheut évoquent le Japonisme. L'artiste avait connaissance des estampes, des éventails et des paravents qui inondaient le marché européen depuis l'ouverture du Japon durant l'ère Meiji (1898-1912). Cette promiscuité avec la nature et ce goût pour un art ornemental, qui s'observent dans les productions picturales de Méheut au Japon, attestent de l'influence de ce nouveau courant artistique européen sur le peintre breton.

Le début de la Première Guerre mondiale met un terme aux pérégrinations de Mathurin Méheut au « pays du soleil levant ». Initialement prévu pour une durée du 18 mois, son séjour au Japon s'achève en août 1914, quatre mois seulement après l'arrivée de l'artiste à Yokohama.

Première Guerre mondiale, enseignements et partenariats

Mathurin Méheut rentre en France où il rejoint, en octobre 1914, le 136e régiment d'infanterie d'Arras. De 1916 à 1917, il est détaché au service topographique et cartographique de Sainte-Menehould puis de Bergues. Il y réalise ses Croquis de guerre témoignant de la vie dans les tranchées. Méheut est démobilisé en 1919. Il reprend alors son poste de professeur à l'École Boulle à Paris jusqu'en 1928 et enseigne brièvement à l'école Estienne à Paris en 1921.

L'armistice signée, il retourne dans sa Bretagne natale et exerce les métiers de décorateur et d'illustrateur. Devenu peintre officiel de la Marine en 1921, Méheut fait preuve d'une activité diversifiée. Entre 1924 et 1935, il participe à la décoration de neuf paquebots dont le Normandie. Il est aussi illustrateur de livres et il collabore avec la faïencerie Henriot à Quimper, en tant que céramiste.

Mathurin Méheut fait plusieurs séjours chez Albert Kahn en 1924. Il refuse de s'engager dans le mouvement Seiz Breur. Il rencontre Yvonne Jean-Haffen en 1925, qui devient une de ses élèves. Parmi les nombreuses lettres qu'il lui a écrites entre 1926 et 1954, 150 font l'objet d'une publication en 2018.

Il adhère à la Société des artistes décorateurs au cours de l'année 1926 et réalise ses premières céramiques pour la Manufacture nationale de Sèvres en 1927. En 1936, il fait la connaissance du peintre Yves Floc'h en compagnie d'Yvonne Jean-Haffen à la chapelle Sainte-Anne-la-Palud.

Témoin d'une époque, passionné par les hommes et les paysages de sa province natale, il sillonne la Bretagne de Rennes à Dinan, de Roscoff à Saint-Guénolé en pays Bigouden, laissant une abondante production et un témoignage précis et multiforme de la vie bretonne à son époque. Il enseigne de 1940 à 1944 à l'École des beaux-arts de Rennes et compte parmi ses élèves de nombreux artistes : le peintre verrier Joseph Archepel, le peintre muraliste et cinéaste d'animation Frédéric Back, le peintre Geoffroy Dauvergne, le sculpteur Roland Guillaumel, les peintres Roger Marage et Jean-Marie Martin. Mathurin Méheut collabore en 1946 avec la Manufacture des Gobelins, pour laquelle il réalise de nombreux cartons de tapisseries. En 1956, il est élu à l'Académie de marine en 1956.

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