Ce Jour-là

Mata Hari

Danseuse et courtisane néerlandaise

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Margaretha Geertruida Zelle dite Grietje Zelle, connue sous le nom de Mata Hari, est une danseuse et courtisane néerlandaise, née le 7 août 1876 à Leeuwarden et morte exécutée le 15 octobre 1917 à Vincennes, fusillée pour espionnage pendant la Première Guerre mondiale.

Margaretha Geertruida Zelle, née à Leeuwarden (Frise), est la fille d’Adam Zelle (1840-1910), un riche marchand de chapeaux et de capes néerlandais, et d’Antje van der Meulen (1842-1891). Aînée d’une famille de quatre enfants, elle a trois frères.

Appelée familièrement M’greet ou Grietje, la jeune Margaretha a un teint basané au point d’être souvent prise pour une Eurasienne indo ou pour une moyen-orientale. Ses ascendants viennent presque tous de Leeuwarden et Franeker et sa généalogie ne mentionne donc aucune origine étrangère. Sa famille présente tout de même des patronymes - Zelle, Faber, Rosendaal… - courants au sein de la communauté juive néerlandaise, en dépit de l’affirmation de ses biographes qu’elle n’a pas d’origines juives. Il est possible qu'elle ait en partie inventé un personnage de femme javanaise afin de justifier son faciès particulier et ne pas élever les soupçons de judéité, en raison de l'antisémitisme de l’époque.

En 1889, l’entreprise de son père fait faillite ; le couple se sépare en septembre 1890 et sa mère meurt huit mois plus tard en 1891. Déchu de son autorité parentale, son père doit accepter qu’elle soit placée chez un oncle, négociant à La Haye qui la fait entrer dans le pensionnat le plus huppé de la région, où elle commence à s’inventer un passé glorieux. Lors de ses études à Leyde pour devenir institutrice, elle est renvoyée de l’école à la suite d’un scandale impliquant une liaison avec le directeur, qui perd aussi sa place.

À 18 ans, le 11 juillet 1895, à la suite d’une annonce matrimoniale, elle se marie avec un officier de la marine néerlandaise de dix-neuf ans son aîné, Rudolph MacLeod, avec qui elle part vivre aux Indes néerlandaises, où le capitaine MacLeod est nommé chef de garnison à Malang, dans l’est de l’île de Java. Comme c’est l’usage des femmes européennes à l’époque, elle s’habille à la javanaise, parle un peu le javanais, apprend la danse javanaise.

Le couple a deux enfants, Louise-Jeanne et Norman-John. Comme le résume l’un de ses principaux biographes, Fred Kupferman, « le 27 juin 1899, un drame brise définitivement ce couple mal assorti. Les deux enfants sont empoisonnés. Plusieurs hypothèses : la vengeance de domestique, l’accident ? On ne sait pas. » Deux histoires circulent : Rudolph MacLeod aurait battu un soldat indigène, amant de la domestique, ou aurait fait des avances à cette femme de chambre. Seule Louise-Jeanne survit.

En 1902, de retour en Europe, elle divorce à La Haye de son mari, un homme violent et alcoolique. Elle obtient la garde de sa fille et une pension alimentaire, qui ne lui est jamais versée. Rudolph MacLeod enlève sa fille, jugeant son ex-femme indigne et dangereuse. En novembre 1903, à l’âge de 27 ans, elle fait une arrivée peu remarquée à Paris. Jouant sur le patronyme écossais de son mari, elle se fait appeler « Lady MacLeod » et, pour survivre, se fait entretenir par les hommes, devenant une cocotte, entre la courtisane et la prostituée, dans le Paris de la Belle Époque.

Début 1905, elle se fait embaucher en tant qu’écuyère dans le « Nouveau cirque » d’Ernest Molier, qui lui propose d’évoluer en danseuse dénudée ; elle commence dès lors à composer son rôle de danseuse orientale. Le 13 mars 1905, Émile Guimet, orientaliste fortuné et fondateur du musée du même nom, l’invite à venir danser dans la bibliothèque du musée, transformé pour l’occasion en temple hindou. Elle y triomphe dans un numéro de danseuse érotique exotique sous le nom de Mata Hari, signifiant « soleil », littéralement « œil du jour » en malais : sous les apparences d’une princesse javanaise habillée d’un collant couleur chair et entourée de quatre servantes, elle rend hommage au dieu hindou Shiva et s’offre à lui lors de la troisième danse, se dénudant progressivement. Très grande (1,75 m), élancée, avec une peau mate sous une chevelure de jais, un regard ténébreux et une bouche sensuelle, elle séduit son public.

Devant le succès du spectacle parisien, Gabriel Astruc devient son imprésario pendant dix ans, faisant jouer la troupe en août 1905 à l’Olympia puis à travers toute l’Europe. Rémunérée alors 10 000 FRF par soirée, couronnée d’aigrettes et de plumes, elle se produit d’une capitale à l’autre, guettée par les échotiers qui comptent ses chapeaux, ses chiens, ses fourrures, ses bijoux et ses amants. Parmi ceux-ci figure notamment le lieutenant allemand Alfred Kiepert avec qui elle reste plusieurs mois à Berlin - cette liaison lui est vivement reprochée lors de son procès. Son numéro d’effeuillage sous prétexte de danse orientale a fait d’elle une égérie de la Belle Époque, que seul son "exotisme" différencie à peine des nombreuses cocottes de l'époque, une femme moderne qui lève le tabou de la nudité dans une société encore marquée par le rigorisme moral du XIXe siècle.

Elle aide les échotiers à créer autour de sa personne une légende : elle serait née à Java où les prêtres de Shiva l’initient aux secrets de son culte et de ses danses. Son père est baron. Son mari, un officier supérieur dont elle est séparée, est jaloux comme un tigre (Mata Hari, pour justifier les cupules de bronze ornées de bijoux qui masquent ses seins pendant ses spectacles, affirme qu’il lui a arraché ses mamelons dans un accès de rage jalouse, lui laissant de vilaines cicatrices. Ces cupules servent surtout à masquer leur petite taille).

Elle est aussi une courtisane qui se préoccupe très peu de la nationalité de ses conquêtes. Personnalité flamboyante, elle s’invente ainsi un personnage et une histoire mais sa carrière a du mal à redémarrer après sa liaison avec Alfred Kiepert en 1907 : endettée, elle est réduite à des rôles peu reluisants dans des spectacles non plus mondains mais populaires, allant jusqu’à se prostituer dans des maisons closes. En 1910 et 1911, après avoir atteint le sommet de la célébrité à Paris, elle séjourne au château de la Dorée à Esvres, qui est loué à la comtesse de La Taille-Trétinville par son amant le banquier Xavier Rousseau. En 1915, elle vend son hôtel luxueux de Neuilly et loue une modeste maison à La Haye. Elle y reçoit la visite du consul d’Allemagne Carl H. Cramer, qui est intéressé par cette femme polyglotte introduite auprès des milieux du pouvoir et qui lui propose de rembourser ses dettes en échange de renseignements stratégiques pour l’Allemagne, en retournant à Paris.

Elle s’éprend vers la fin 1916 à Paris d’un capitaine russe au service de la France dénommé Vadim Maslov, fils d’amiral couvert de dettes. Au front, son avion est abattu en plein vol et il est blessé à l’œil, si bien qu’il est soigné dans un hôpital de campagne près de Vittel. Elle réalise des démarches pour un laissez-passer à destination de cette infirmerie du front. C’est dans ces circonstances qu’elle rencontre le capitaine Georges Ladoux, chef des services du contre-espionnage français, le 2 septembre 1916, ce dernier pouvant faciliter l’obtention du laissez-passer. Comme Cramer quelques mois plus tôt, il l’invite à mettre ses relations internationales, son don des langues et ses facultés de déplacement au service de la France. Elle accepte contre rémunération (elle réclame une somme d’un million de francs à Ladoux qui accepte, mais la somme ne sera jamais versée) d’aller espionner le Haut commandement allemand en Belgique[réf. nécessaire].

En tant que ressortissante des Pays-Bas, elle peut franchir librement les frontières (son pays natal étant resté neutre durant ce conflit). Pour éviter les combats, elle compte rejoindre la Belgique via l’Espagne. Elle est interrogée lors d’une escale involontaire à Falmouth par Basil Thomson du MI-5 (services britanniques) à qui elle révèle son appartenance aux services secrets français. On ne sait pas si elle ment à cette occasion, croyant que cette histoire la rendrait plus intrigante, ou si les services français se servent effectivement d’elle sans le reconnaître, en raison des réactions internationales que cette révélation aurait suscitées. Après un séjour en Belgique où elle aurait reçu une formation au centre de renseignements allemand d’Anvers par Fräulein Doktor Elsbeth Schragmüller, elle embarque finalement le 24 mai 1916 pour l’Espagne, où elle fréquente dans la capitale de nombreux membres des services secrets, comme Marthe Richard, toutes les deux étant sous le commandement du colonel Denvignes alors sur place. Elle y est courtisée par de nombreux officiers alliés.

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