Le massacre de Sabra et Chatila est commis du 16 au 18 septembre 1982 par les milices libanaises chrétiennes phalangistes, alliées d'Israël, à l'encontre de Palestiniens dans le quartier de Sabra et le camp de réfugiés de Chatila, situés à Beyrouth-Ouest, alors sous occupation israélienne.
Le massacre se déroule dans le double contexte du conflit israélo-palestinien et de la guerre civile libanaise. Pour le premier, à la suite de la guerre des Six Jours en 1967, la bande de Gaza et la Cisjordanie sont occupés par Israël. Les combattants palestiniens, en particulier ceux de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), mènent alors leurs opérations depuis les camps de réfugiés, et notamment, à partir du milieu des années 1970, ceux du sud Liban. Visé par des attaques de l'OLP sur ses villages, Israël mène des raids sur les positions palestiniennes au Sud-Liban. Parallèlement, à partir de 1975, la guerre civile libanaise fait rage, opposant les différentes confessions (essentiellement les musulmans, plus nombreux démographiquement mais qui n'ont pas le pouvoir, aux chrétiens, minoritaires mais qui détiennent les postes clé de l'État), mais aussi les idéologies politiques.
L'élimination de l'OLP est l'objectif commun d'Israël et de leur allié Bachir Gemayel, commandant suprême des Forces libanaises, qui a promis de signer un traité de paix libano-israélien. À partir de juin 1982, avec l'aide des phalangistes, l'armée israélienne occupe la moitié sud du Liban. Le 30 août, les combattants palestiniens se retirent du pays, dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu supervisé par la Force multinationale de sécurité à Beyrouth. Bachir Gemayel est ensuite élu à la présidence du Liban le 23 août 1982. Avant même son investiture, il est assassiné le 14 septembre par Habib Chartouni, membre chrétien du Parti social nationaliste syrien. Le ministre israélien de la Défense Ariel Sharon, qui n'ignore pas le désir de vengeance des milices chrétiennes, autorise (voire encourage selon les interprétations) ces milices à entrer le 16 septembre dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, situés dans des zones occupées par l'armée israélienne. Supervisés par Elie Hobeika, chef des services de renseignement des Forces libanaises, entre 300 et 400 miliciens pénètrent dans ces camps, qui n'opposent pas de résistance. Durant approximativement 38 heures, ils massacrent entre 800 et 3 500 civils, essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards. Pour les phalangistes, il s'agissait de venger Bachir Gemayel.
En 1982, une commission indépendante menée par l'avocat irlandais Seán MacBride conclut qu'Israël a participé à la planification et à la préparation des massacres, a joué un rôle de facilitateur dans les exécutions, et qu'il est juridiquement responsable du massacre du fait de sa position d'occupant. De son côté, le gouvernement israélien nomme sa propre commission, la commission Kahane, afin d'enquêter sur le massacre. Celle-ci conclut à la responsabilité directe des phalangistes, et à la responsabilité indirecte de plusieurs dirigeants israéliens, notamment Ariel Sharon, parce qu'ils n'ont pas suffisamment tenu compte du risque de massacre ni tenté de le prévenir.
Présence palestinienne au Liban et conflit avec Israël
Le conflit israélo-palestinien est l'un des contexte du massacre. À la suite de la Première Guerre israélo-arabe de 1948, des camps de réfugiés palestiniens sont installés au Liban, notamment ceux de Sabra et de Chatila dans une banlieue de Beyrouth-Ouest. La population pauvre de ces deux quartiers s'accroît avec l'arrivée de Palestiniens et de chiites fuyant les combats au sud[réf. nécessaire].
Le Fatah, fondé en 1959 par Yasser Arafat, est un mouvement de libération qui a pour doctrine l’indépendance de la Palestine, la lutte contre l’État hébreu et l’indépendance par rapport aux États arabes. À partir de 1964, la création de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont il deviendra plus tard la composante majoritaire, incite le Fatah à passer à l'action. S'il mène quelques attaques contre Israël depuis le Liban du Sud, où il est installé de façon clandestine, la majorité de ses opérations sont menées depuis la Jordanie. En 1971, à la suite du massacre de Septembre noir, opération de l’armée jordanienne contre les fedayins installés dans le pays, le Liban devient la base principale de la résistance palestinienne.
Guerre civile au Liban depuis 1975
Le massacre de Sabra et Chatila s'inscrit aussi dans un cycle de violence et de massacres au Liban depuis le déclenchement de la guerre civile en 1975.
Durant le mandat français en Syrie et au Liban (1923-1946), l’influence française entraîne une hégémonie chrétienne sur une population majoritairement musulmane, ce qui aboutit par la suite à de vives tensions intercommunautaires. Celles-ci augmentent encore et donnent lieu à des massacres lorsque la population musulmane s'accroit encore, dans les années 1970, avec l'arrivée des réfugiés palestiniens venus de Jordanie après Septembre noir[réf. nécessaire].
Les affrontements entre les milices chrétiennes libanaises et les insurgés palestiniens, principalement issus de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), débutent en 1975. Ils opposent le Front libanais, formé par la majorité des chrétiens, au Mouvement national, alliance entre les Palestiniens, les musulmans et druzes libanais, les panarabistes et la gauche (camp palestino-progressiste). Le conflit sanglant s'intensifie lorsque des puissances étrangères, notamment la Syrie, Israël, l'Iran et l'Union soviétique, s'impliquent aux côtés de différentes factions.
La guerre civile commence le 13 avril 1975, lorsque des miliciens phalangistes mitraillent un bus transportant des militants palestiniens, tuant au moins 22 personnes. Pour les Phalangistes, l'attaque du bus est « le premier acte de résistance face à des Palestiniens armés, en représailles à la tentative d'assassinat qui aurait visé leur chef, Pierre Gemayel, quelques heures plus tôt, dans la même rue ».
Les principaux massacres perpétrés durant cette période : - le 18 janvier 1976, le massacre de Karantina est commis par des miliciens des Phalanges libanaises contre des réfugiés palestiniens et des musulmans chiites libanais. Il a fait entre 1 000 et 1 500 morts selon les estimations;
- en représailles au massacre de Karantina, qui a eu lieu deux jours plus tôt, le massacre de Damour est commis par des unités de l'OLP, appuyées par des éléments palestiniens pro-syriens d'As-Saiqa contre des maronites. Il a fait entre 300 et 582 morts. Durant ce massacre, la famille et la fiancée d'Hobeika sont tuées par des miliciens palestiniens et leurs alliés libanais. Hobeika devient par la suite parlementaire et occupe des fonctions ministérielles. C'est lui qui va superviser, 6 ans plus tard, le massacre de Sabra et Chatila ;
- le massacre de Tel al-Zaatar entrepris le 12 août 1976 par des factions phalangistes qui s’est soldé par plus de 2 000 morts dans ce camp de réfugiés palestiniens (en majorité chrétiens).Le bilan des différents combats, massacres et exactions qui ont marqué la guerre du Liban serait d'au moins 150 000 morts.
À partir de 1981, les Phalanges libanaises chrétiennes (Kataëb), dirigées par Bachir Gemayel, fils de Pierre Gemayel, cherchent à se rapprocher d'Israël, qui leur fournit armement et formation pour combattre les factions de l'OLP. Israël soutient également l'Armée du Liban sud, composée principalement de chrétiens, dirigée par Saad Haddad depuis 1978.
De son côté, l'OLP est soutenue et armée par la Syrie qui l'appuie militairement par des contingents palestiniens de l'armée syrienne comme l'Armée de libération de la Palestine, les commandos d'As-Saiqa, la brigade Yarmouk.
Invasion israélienne en juin 1982