Ce Jour-là

Massacre de Nankin

Meurtres de masses et crime de guerre japonais majeur de la Seconde Guerre Sino-japonaise (13 décembre 1937 – 2 février 1938)

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Le massacre de Nankin (chinois simplifié : 南京大屠杀 ; chinois traditionnel : 南京大屠殺 ; pinyin : Nánjīng Dàtúshā ; japonais : 南京大虐殺 ; rōmaji : Nankin Daigyakusatsu), également appelé sac de Nankin ou viol de Nankin, est un événement de la guerre sino-japonaise qui a eu lieu à partir de décembre 1937, après la bataille de Nankin. Pendant les six semaines que dure le massacre de Nankin, des centaines de milliers de civils et de soldats désarmés sont assassinés et entre 20 000 et 80 000 femmes et enfants sont violés par les soldats de l'Armée impériale japonaise.

Le 7 décembre 1937, Tchang Kaï-shek, chef du Kuomintang, qui avait fait de la ville sa capitale en 1927 à la suite de la scission avec les communistes, l'estime perdue et décide de la fuir à la suite des conséquences de la bataille de Shanghai et des conseils de ses stratèges allemands. Il y laisse toutefois une troupe de 100 000 hommes peu entraînés, dont la mission est de pratiquer la politique de la terre brûlée : Nankin est réputée objectif imprenable, et les moyens pour les civils de s'en échapper sont détruits par ses troupes qui évacuent la ville à leur tour devant le danger.

Le massacre reste un sujet de polémique puisque certains aspects sont contestés par des négationnistes et nationalistes japonais qui affirment qu'il a été exagéré voire totalement fabriqué à des fins de propagande. Résultat des efforts des nationalistes pour nier et expliquer les crimes de guerre, la polémique sur le massacre de Nankin reste un point de blocage dans les relations sino-japonaises, tout comme les relations entre le Japon et d'autres pays asiatiques tels que la Corée du Sud et les Philippines. L'estimation du nombre de victimes fait elle aussi l'objet de controverses. Il a été établi à 200 000 morts par le tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient, tandis que les chiffres officiels chinois avançaient celui de 300 000 morts, et les historiens japonais entre 40 000 et 200 000 morts.

En septembre 1931, l'Armée impériale japonaise envahit la Mandchourie, une province de république de Chine, à la suite d'un attentat perpétré contre une voie de chemin de fer appartenant à une société japonaise. Cet attentat (l’incident de Mukden), réalisé par les Japonais eux-mêmes pour justifier l'invasion, marque le début de la conquête de la Mandchourie par le Japon. En 1932, l'empereur Hirohito approuve la nomination d'un gouvernement fantoche, avec à sa tête le dernier empereur de la dynastie Qing, Puyi, dans cette province chinoise, renommée Manzhouguo (ou Mandchoukouo).

En 1937, après l'incident du pont Marco-Polo, Hirohito donne son accord à l'invasion du reste du territoire chinois, ce qui conduit à la seconde guerre sino-japonaise. En août 1937, l'armée japonaise assiège Shanghai où elle rencontre une forte résistance et subit de lourdes pertes. La bataille est sanglante pour les deux camps qui se battent au corps à corps en milieu urbain. À la mi-novembre, les Japonais prennent possession de Shanghai avec le soutien des bombardements de la marine. L'état-major à Tokyo décide dans un premier temps de ne pas étendre la guerre à cause des pertes sévères et du faible moral des troupes. Toutefois, le 1er décembre, il ordonne à l'armée du centre de la Chine et à la 10e armée de prendre Nankin, alors capitale de la république de Chine.

Après avoir perdu la bataille de Shanghai, Tchang Kaï-chek sait que la chute de Nankin, alors capitale de la république de Chine, est une question de temps. Avec ses conseillers, il se rend compte qu'il ne peut pas risquer l'anéantissement de ses troupes d'élite dans la défense symbolique mais sans espoir de la capitale. Afin de préserver son armée pour de futures batailles, la plupart des soldats se retirent. La stratégie de Tchang suit les recommandations de ses conseillers allemands qui lui préconisent d'attirer l'armée japonaise à l'intérieur de la Chine en utilisant son vaste territoire comme force défensive. Tchang planifie donc une guerre de positions en usant les Japonais dans l'arrière-pays.

Laissant le général Tang Shengzhi s'occuper de la ville pour la bataille de Nankin, Tchang et la plupart de ses conseillers s'enfuient vers Wuhan (la ville devient momentanément la capitale du gouvernement du Kuomintang), où ils restent jusqu'à y être attaqués en 1938.

Stratégie de défense de Nankin

Tang Shengzhi déclare à Tchang que la ville n'abdiquera pas et combattra jusqu'à la mort. Tang rassemble environ 100 000 soldats, largement sous-entraînés, dont des troupes chinoises qui ont participé à la bataille de Shanghai. Afin d'empêcher les civils de fuir la ville, il ordonne à ses soldats de garder les portes de la cité, comme Tchang le lui a demandé. Les forces de défense bloquent les routes, détruisent les bateaux et brûlent les villages voisins, afin d'éviter une fuite massive.

Le gouvernement est déplacé le 1er décembre et le président fuit le 7 décembre, laissant le sort de Nankin aux mains d'un comité international dirigé par John Rabe.

Le plan de défense s'effondre rapidement. Les défenseurs voient bientôt arriver des troupes chinoises battues lors de précédents engagements, dont la bataille de Shanghai, avec à leur suite l'armée japonaise. Ceci ne remonte pas le moral des défenseurs, dont beaucoup sont tués lors de la défense de la ville ou l'occupation japonaise.

Approche de l'Armée impériale japonaise

Crimes de guerre japonais sur la route de Nankin

Alors que le massacre de Nankin est généralement décrit comme s'étant déroulé sur plus de six semaines après la chute de Nankin, les crimes commis par l'armée japonaise ne se limitent pas à cette période. De nombreuses atrocités ont été rapportées lorsque l'armée japonaise marchait de Shanghai à Nankin.

Certains historiens émettent l'hypothèse que la violence des combats à Shanghai est en partie responsable de la « mise en condition psychologique » des soldats japonais pour qu'ils commettent plus tard les atrocités à Nankin. Une des explications les plus vraisemblables demeure toutefois la décision prise par Hirohito d'approuver une directive de son état-major suspendant les mesures de protection du droit international à l'égard des prisonniers chinois. L'influence de la propagande impériale qui décrivait les étrangers et surtout les autres populations asiatiques comme des « êtres inférieurs » faits pour être dominés, voire du bétail (kichiku), fut certainement aussi significative.

Le romancier Ishikawa Tatsuzo décrit vivement comment la 16e division de l'armée expéditionnaire de Shanghai commet des atrocités lors de la marche entre Shanghai et Nankin dans son roman Ikiteiru Heita (« Soldats vivants »), qui s'appuie sur des entretiens conduits par Tatsuzo avec les troupes de Nankin en janvier 1938.

Sans doute l'atrocité la plus connue est le concours de meurtres entre deux officiers japonais, rapporté dans le Tokyo Nichi Nichi Shimbun et le Japan Advertiser. Le concours est couvert comme un événement sportif avec des mises à jour régulières du score pendant plusieurs jours. Après la guerre, le 28 janvier 1948, les deux officiers, Toshiaki Mukai et Tsuyoshi Noda, sont condamnés à être fusillés par le tribunal de Nankin. Ce fait divers est retombé dans l'oubli jusqu'à la parution en 1967 d'une étude de l'historien Tomio Hora et surtout d'une série d'articles de l'historien Katsuichi Honda sur le massacre de Nankin dans le Mainichi shinbun en 1971. Au Japon, la véracité de l'article dans le journal est sujette à un débat féroce depuis 1967. Selon le vétéran Uno Shintaro, il est vraisemblable que les officiers aient tué en majorité des prisonniers avec leur sabre.

En 2000, un historien s'accorde avec plusieurs érudits japonais qui affirment que le concours était une histoire concoctée avec la complicité des soldats afin d'augmenter l’esprit combatif national. En 2005, un juge du district de Tokyo rejette une plainte des familles des lieutenants, déclarant que « les lieutenants ont admis le fait qu'ils aient concouru pour tuer 100 personnes » et qu'il ne peut pas être prouvé que l'histoire est totalement fausse. Le juge rejette également la plainte civile des plaignants puisque les faits reprochés datent de plus de 60 ans. L'historicité de l'événement est toujours sujette à débat au Japon.

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