Marise Condé, dite Maryse Condé, née Boucolon le 11 février 1934 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), et morte le 2 avril 2024 à Apt (Vaucluse), est une journaliste, professeure de littérature et écrivaine française, se réclamant de l'indépendantisme guadeloupéen.
Ayant partagé sa vie entre la Guadeloupe, l'Afrique et la métropole française, Maryse Condé est l'autrice d'une « œuvre-monde » traduite en de nombreuses langues, inscrite dans les corpus de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur de recherche. Elle acquiert une reconnaissance médiatique auprès du grand public avec son best-seller Ségou (1984-1985), roman historique en deux tomes qui, à travers le destin de trois frères, retrace la chute du royaume bambara de Ségou et dont la parution intervient dans le contexte de l'« effet Racines », le célèbre roman d'Alex Haley adapté pour la télévision quelques années plus tôt. Un autre best-seller est son roman Moi, Tituba sorcière..., un récit d'esclave dont la version anglophone est accompagnée d'une préface d'Angela Davis. En Guadeloupe et en Martinique, ses œuvres les plus lues et citées sont Haïti chérie, Traversée de la mangrove, Hugo le terrible, Le Cœur à rire et à pleurer : contes vrais de mon enfance et La Vie sans fards, roman autobiographique. Maryse Condé a d'abord été dramaturge avant d'être reconnue comme romancière. Elle est l'autrice de romans pour adolescents, dont certains paraissent dans la revue Je bouquine.
Maryse Condé a travaillé comme journaliste culturelle à la BBC et à Radio France internationale (RFI).
Fondatrice du Centre des études françaises et francophones au sein de l'université Columbia aux États-Unis, elle contribue ainsi à faire connaître la littérature francophone dans ce pays.
Professeure émérite, elle passe la dernière partie de sa vie à Gordes (Vaucluse), où, avec une assistance médicale et le soutien de son mari Richard Philcox, elle reçoit sa famille et des membres de son entourage et continue de se « questionner » et d'écrire en dictant ses derniers livres à son mari puis à une amie.
Maryse Liliane Appoline Marcelle Boucolon naît le 11 février 1934 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe dans une famille de huit enfants dont elle est la benjamine. Elle insiste sur le fait qu'elle est née dans un « milieu d'embryon de bourgeoisie noire » et que donc « [son] enfance a été purement française. Je l'ai dit déjà dans Le Cœur à rire et à pleurer, mon père commandait des livres de littérature française à la librairie Nelson ; lui ne les lisait pas, mais mon frère et moi, on coupait des pages et on lisait. Petits, on a été imprégnés de littérature et de culture françaises ».
Sa mère, Jeanne Quidal, est l'une des premières institutrices noires de sa génération. Grâce à son statut de fonctionnaire, la famille avait l'occasion de se rendre à peu près tous les cinq ans en métropole. Sa grand-mère, Victoire Élodie Quidal, était cuisinière. Après sa retraite universitaire, en 2002, elle entreprend des recherches sur sa grand-mère, ce qui lui fournit la matière d'un « portrait » littéraire où l'imagination et l'invention lui permettent de restituer la dignité de cette figure occultée par l'ascension sociale de ses parents. Avec Victoire, les saveurs et les mots, qu'elle considère comme l'un de ses livres les plus aboutis, elle s'inscrit dans l'héritage de sa grand-mère Victoire qui « se louait » chez des « blancs pays » et qui « parvint à forcer pour sa fille les portes de la petite bourgeoisie noire naissante ».
Son père, Auguste Boucolon, par sa « grande amitié » avec Ferdinand d'Alexis, fait partie des dix-neuf commerçants qui, en 1915, créent la Caisse Coopérative des Prêts - en 1955, celle-ci prend le nom de Banque Antillaise avant d'entrer, en 1979, « dans le giron » de la Banque française commerciale (BFC) après une première prise de participation par la filiale d’Indosuez en 1975. Auguste Boucolon a perdu sa mère dans un incendie quand il avait 7 ans, croit se souvenir Maryse Condé au micro de Yasmine Chouaki sur RFI, pour expliquer l'importance qu'il accorde à son éducation.
Ses parents ont d'abord habité à Pointe-à-Pitre, rue Condé, avant d’emménager rue Alexandre-Isaac.
Vraisemblablement en 1953, l'année de ses dix-neuf ans, elle intègre la classe d'hypokhâgne du lycée Fénelon à Paris où, avec un étudiant en histoire, dit « Jacques A... », elle fonde le club Luis Carlos Prestes, marxiste brésilien ayant occupé les fonctions de secrétaire général du Parti communiste du Brésil.
Un jour, se souvient-elle dans un de ses Contes vrais de [son] enfance, une professeure communiste, sensible à son malaise de « colonisée », lui propose de faire un exposé sur « les Antilles ». C'est dans ce « conte vrai » qu'elle marque son ignorance des réalités antillaises et qu'elle lit, par conséquent, sur les conseils de son grand frère, La Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel. Cette lecture lui permet de prendre conscience de ce qu'elle ne faisait qu'entrevoir de la fenêtre de la voiture de ses parents lorsqu'ils sortaient donner le bonjour à de la famille ou passer quelques jours dans leur « maison de changement d'air ».
Maryse Condé se lie d'amitié avec Françoise Bruhat, la fille de Jean Bruhat, historien marxiste de renom qui enseignait à la Sorbonne : « Eux, le père et la fille, m'ont appris le sens du mot colonialisme, colonisation, identité, origine, dépossession, et pour la première fois, ils m'ont parlé de l'esclavage, que mes parents avaient toujours occulté, et j'ai compris pourquoi il y avait des Noirs aux Antilles ». Elle découvre alors la maison d'édition Présence africaine et les écrivains de la négritude ; le Discours sur le colonialisme lui ouvre les yeux. Maryse Condé publie alors dans des revues estudiantines : « […] je faisais mon intéressante parce que j’écrivais dans des feuilles de chou estudiantines et que tout le monde louait ma plume. Je n’avais pas encore osé envisager de devenir écrivain. Par contre, je me voyais très bien en journaliste. Je me souviens de deux articles que je signai et qui firent grand bruit dans notre petit monde. »
Après son hypokhâgne au lycée Fénelon, Maryse Condé s'inscrit à la Sorbonne en licence de lettres.
En 1955, Maryse Condé se trouve enceinte d'un étudiant agronome haïtien, Jean Dominique (1930-2000), qui la laisse seule et s'envole vers son pays le lendemain d'en avoir eu l'annonce. Le 13 mars 1956, après une grossesse solitaire difficilement supportée, Maryse Condé donne naissance à un fils, Denis Boucolon, son premier enfant. « Je suis sortie de cette épreuve à jamais écorchée vive, ne possédant guère de confiance dans le sort, redoutant à chaque instant les coups sournois du destin », relate-t-elle dans La Vie sans fards. Devenu journaliste en Haïti, Jean Dominique créa une station de radio militante Haïti Inter opposée au régime politique, et mourut assassiné par des inconnus à Port-au-Prince le 3 avril 2000.
Au cours de ces années estudiantines, Maryse Condé fréquente les milieux communistes et les foyers africains. Ainsi rencontre-t-elle l'acteur guinéen jouant le rôle d'Archibald dans la première mise en scène de la pièce Les Nègres de Jean Genet, Mamadou Condé. En août 1958, à la mairie du 18e arrondissement de Paris, elle l'épouse et prend le nom de Condé. Mais ce mariage ne durera pas, explique-t-elle : « Quand je l’ai épousé, il était Archibald dans Les Nègres. Il avait un rôle qui ne correspondait pas à ce qu’il était vraiment. Finalement j’ai épousé une sorte de masque. Je ne veux pas dire du mal de lui puisqu’il est mort maintenant, et qu’après tout, nous nous sommes aimés, même si cela n‘a pas duré. Mais Condé n’était pas Archibald. Il n’aimait pas les ennuis. La politique lui faisait peur, il voulait une vie sans histoire. Il était macho. Il n’aimait pas avoir une femme tranquille qui lui fasse des gosses. Il était mécontent que je fréquente tous ces marxistes mal vus du pouvoir. C’était normal en fait. Je le comprends ». Ce mariage est donc ambivalent : d'un côté, c'est la matérialisation de son tropisme pour l'Afrique ; de l'autre, ce mariage entre en contradiction avec sa conscience politique. En effet, l'Afrique ne vaut qu'en fonction de sa volonté de « comprendre l'origine de ses souffrances » et pourquoi ses parents « méprisaient » tant le continent d'où furent déportés leurs ancêtres. C'est à Paris qu'elle apprend le décès de sa mère, Jeanne Quidal, en 1953 ; puis de son père, Auguste Boucolon, en 1959. « J'ai beaucoup pensé à ma mère pendant toute une époque, puis, c'est bizarre, moins, au fur et à mesure que j'écrivais. Au début, je lui en voulais : « Enfin, on ne meurt pas quand on a une fille de dix-neuf ans. » Aujourd'hui, c'est passé, c'est dominé, je pense à elle autrement. Je me dis que c'est dommage qu'elle ne soit pas là pour voir ses petits-enfants. » Un peu plus tard, elle est affectée par la mort de son frère et mentor, Guy, dit « Guito », figure bienveillante qu’elle ne cesse plus tard de rechercher auprès de nombreux hommes, et qui succombe à une maladie redoutée familialement, la maladie de Huntington.