Martin van Creveld, né le 5 mars 1946 à Rotterdam, est un historien , théoricien militaire israélien et ancien officier de réserve du Tsahal.
Né aux Pays-Bas, Van Creveld a vécu en Israël depuis sa plus jeune enfance. Il est diplômé de la London School of Economics, et de l'Université hébraïque de Jérusalem, où il enseigne depuis 1971. Il est l'auteur de plus d'une quinzaine de livres dans le domaine de l'histoire et la stratégie militaire, dont les plus connus sont Command in War (1985), Supplying War: Logistics from Wallenstein to Patton (1977, 2de édition 2004), The Transformation of War (1991) (La Transformation de la Guerre (2011)), The Sword and the Olive (1998, 2de édition 2002) et The Rise and Decline of the State (1999). Van Creveld a donné des conférences ou enseigné dans de nombreuses institutions de stratégie militaire, notamment le Naval War College.
La Transformation de la Guerre
La Transformation de la Guerre est un traité de théorie militaire traduit en français, allemand, russe, et en espagnol, dans lequel van Creveld élabore ce qu'il appelle une théorie de la guerre « non trinitaire », qu'il juxtapose au célèbre traité de Carl von Clausewitz : De la guerre.
Ce que van Creveld appelle le modèle « trinitaire » de la guerre selon Clausewitz fait la distinction entre les affaires de la population, de l'armée, et du gouvernement. Van Creveld critique cette approche comme trop étroite et centrée sur la notion d'État, par conséquent inapplicable à l'étude des conflits dont l'un des acteurs au moins n'est pas constitué en tant qu'État. En revanche, il propose cinq problématiques principales liées à la guerre (qui forment des chapitres principaux de son livre) :
Les acteurs de la guerre — États ou non ;
La véritable nature de la guerre — relation entre les acteurs, relation entre les acteurs et les non-combattants, relation entre la puissance et le droit ;
Le déroulement de la guerre — problématiques stratégiques et tactiques ;
Les buts de la guerre — pour augmenter la puissance nationale ou comme une fin en soi ;
Les raisons de la guerre — les motivations du soldat.
Van Creveld note que beaucoup des guerres menées après 1945 étaient des conflits de basse intensité (CBI), que de puissants États ont fini par perdre. Le livre soutient qu'on assiste au déclin de l'État-Nation sans déclin comparable de la violence organisée. De plus, selon van Creveld, les armées continuent d'entrainer leurs troupes à des guerres conventionnelles plutôt qu'aux conflits de basse intensité auxquels elles devront faire face. Dans cette perspective, pour van Creveld, il est impératif que les États-Nations modifient l'entrainement de leurs forces armées, ainsi que leur programme d'achat d'armes.
La portée du livre est attestée par sa présence sur la liste de lecture destinée aux officiers de l'armée américaine, un des trois seuls livres de la liste (avec les traités de Sun Tzu et Clausewitz) écrits par des non-Américains. Un autre livre de Martin van Creveld fait aussi partie de cette liste : Supplying War: Logistics from Wallenstein to Patton.
Au-delà de ses activités universitaire, Martin van Creveld commente assez régulièrement les événements politiques internationaux.
Dans une interview télévisée en 2002, il exprime ses doutes sur les capacités de l'armée israélienne à vaincre les Palestiniens.
« Ce sont [les soldats israéliens] des gens très courageux […] ils sont idéalistes […] ils veulent défendre leur pays, et se prouver des choses à eux-mêmes. Le problème est qu'on ne peut rien se prouver à soi même contre quelqu'un de beaucoup plus faible. Ils sont dans une situation « perdant-perdant ». Quand vous êtes le fort qui combat le faible, si vous tuez votre adversaire, vous êtes une crapule, et si vous le laissez vous tuer, vous êtes un imbécile. C'est un dilemme que d'autres ont éprouvé avant nous, et contre lequel, pour autant que je sache, il n'y a pas d'issue. Cela dit, l'armée israélienne est très loin d'être la pire du lot. Elle n'a jamais fait ce que les Américains ont fait au Viet-Nam […] elle n'a pas utilisé de napalm, ni tué des millions de gens. Bref, tout est relatif, mais pour revenir à ce que je disais, quand vous êtes le fort et que vous combattez le faible, quoi que vous fassiez est criminel. »
En septembre 2003, dans une interview à l'hebdomadaire néerlandais Elsevier, à propos d'Israël et des dangers représenterait l'Iran, van Creveld déclare :
« Nous possédons plusieurs centaines de têtes nucléaires et de missiles, et avons les capacités de les lancer contre des cibles dans n'importe quelle direction, peut-être même jusqu'à Rome. La plupart des capitales européennes sont des cibles atteignables par nos forces aériennes […]. Nous avons la capacité de démolir le monde si on nous démolit. Et je peux vous assurer que ça se passera avant qu'Israël ne disparaisse. »
Dans l'édition du 21 août 2004 du International Herald Tribune, van Creveld écrit : « Les Iraniens auraient été fous de ne pas tenter de se procurer l'arme nucléaire. »