Martin Bormann, né le 17 juin 1900 à Wegeleben, près de Halberstadt en province de Saxe et mort le 2 mai 1945 à Berlin, est un haut dignitaire nazi. Conseiller d'Adolf Hitler, il devient un des hommes les plus puissants du Troisième Reich. Plusieurs historiens l'ont qualifié d'éminence grise du parti nazi (NSDAP).
Il est membre de la SS, au grade d’Obergruppenführer. Il côtoie Hitler partout, dont au Berghof, devenant entre-temps une sorte de factotum indispensable dans sa sphère privée, comme les remontrances de celui-ci envers le photographe Heinrich Hoffmann tendent à le démontrer :
« Mettez-vous bien cela dans la tête, j'ai besoin de Bormann pour gagner cette guerre. Certes, il est brutal et sans scrupules. C'est un taureau. Mais que chacun se dise bien que celui qui en veut à Bormann est contre moi, et que je ferai fusiller tous ceux qui s'opposent à cet homme. »
À ce titre, il devient chef de la chancellerie du parti nazi et secrétaire particulier du Führer. Après le suicide d'Hitler et conformément au testament de celui-ci, il prend la direction du NSDAP. Il disparaît durant la bataille de Berlin et, présumé en fuite mais probablement mort pendant la chute de Berlin, est condamné à mort par contumace pour crimes contre l'humanité au procès de Nuremberg.
Un cadavre, découvert lors de travaux de voirie à Berlin en 1972, est ensuite officiellement identifié comme étant celui de Bormann, mais des rumeurs sur sa fuite en Amérique latine ont longtemps persisté, jusqu'en 1998, date d'un contrôle de l'ADN sur le cadavre.
Il est le fils de Theodor Bormann (1862–1903), employé des postes, et de sa seconde épouse, Antonie Bernhardine Mennong, qui auront ensemble deux autres enfants, dont un deuxième fils Albert (1902-1989). Il a également une demi-sœur Else, et un demi-frère Walter, issu du premier mariage de leur père avec Louise Grobler, décédée en 1898. Son prénom de Martin lui fut attribué à la naissance parce que son père, luthérien très croyant, souhaitait ainsi honorer la mémoire du fondateur de la Réforme protestante, Martin Luther.
Il abandonna l'école pour travailler dans une ferme dans le Mecklembourg. Après un bref service au cours de la Première Guerre mondiale, il rejoignit le Freikorps dans cette province.
En mars 1925, il fut condamné à une année de prison comme complice de son ami Rudolf Höß (futur commandant des camps d'Auschwitz) pour le meurtre de Walter Kadow (supposé avoir dénoncé l'activiste nationaliste Albert Leo Schlageter aux Français qui occupaient à l'époque la Ruhr).
Après sa libération, il rejoint le NSDAP en Thuringe en 1927, devient l'officier de presse régional et, en 1928, chargé d'affaires.
En octobre 1933, Bormann devient le secrétaire personnel de Rudolf Hess, un des Reichsleiter du NSDAP et ami proche de Hitler ; en novembre, Bormann est élu au Reichstag.
Bormann fait construire la Kehlsteinhaus (le « Nid d'aigle »), à Obersalzberg, à 800 m au dessus du Berghof, la résidence de montagne de Hitler, près de Berchtesgaden dans les Alpes bavaroises, à toute proximité de la frontière autrichienne. Au nom du parti nazi, il en « fait cadeau » au Führer pour son 50e anniversaire le 30 avril 1939. C'est une réalisation luxueuse et très coûteuse, avec un ascenseur creusé dans la montagne ; Hitler ne s'y rend que très rarement car il s'agit d’un lieu de rassemblement pour les dirigeants du parti nazi, où ils peuvent être accueillis avec leurs familles. Perché à 1 834 m d'altitude, le lieu offre une superbe vue panoramique sur le pays de Berchtesgaden, les Alpes bavaroises, vue qui porte jusqu'à Salzbourg à une quinzaine de kilomètres au nord.
« Hitler n'avait quasiment eu que des moqueries pour la participation de Bormann à la construction, jugeant que ce dernier n'aurait de cesse que d'avoir bouleversé l'Obersalzberg. Mais il ajoutait aussi — très sérieusement — qu'il ne pourrait pas utiliser cette maison sur le Kehlstein, parce qu'elle se trouvait presque à 2 000 mètres d'altitude et que l'air raréfié lui serait insupportable, en raison de sa tension artérielle élevée. […] Bormann avait quand même mené à bien la construction et l'aménagement. Tout était à présent terminé et, le lendemain de la visite de Chamberlain [en septembre 1938], il réussit à convaincre le Führer et sa suite d'aller jusqu'au Kehlstein. Le parcours sur la route spécialement construite pour cette « Maison de thé » était déjà une aventure. Au pied de la paroi rocheuse se dressait une porte monumentale doublée de cuivre et encadrée de blocs de granit. Fermée, elle ne s'ouvrit qu'à notre arrivée, découvrant un long tunnel habilement éclairé. Au bout de ce tunnel se trouvait la porte d'un ascenseur qui nous déposa à 80 mètres plus haut, dans la « Maison de thé ». Par le hall d'entrée, on accédait a une salle à manger allongée, puis à un vaste salon rond qui était le centre de la maison. Les murs étaient sans revêtement et le gris naturel de la pierre conférait à cet espace l'aspect d'une salle médiévale. […] Hitler fut impressionné : Bormann reçut des félicitations appuyées et put se réjouir des compliments du Führer. Sous le coup de la première impression, celui-ci déclara qu'il y amènerait des hôtes qu'il voudrait particulièrement honorer ou impressionner. »
Les habitants de l'Obersalzberg l'appelaient la « maison du Kehlstein » ou, parfois, la « maison des diplomates » (D-Haus), car quelques-uns y passèrent un moment. Le surnom de « nid d'aigle » lui fut attribué par un journaliste du Daily Mail, Ward Price, qui la visita le 17 septembre 1938.
Hitler s'y rendait rarement. Une confusion a souvent été faite[réf. souhaitée] avec la « maison de thé », but presque quotidien des promenades d'Hitler quand il était à la villa Berghof, qui se situait en dessous de cette dernière.
Chef de la chancellerie du parti
Ayant mené une carrière discrète au siège du parti et au service de Hitler (gérant notamment sa fortune privée), son efficacité et sa fidélité sans faille à son chef lui procurèrent les moyens de contrôler la bureaucratie centrale du parti. C'est donc tout naturellement que la fuite de Rudolf Hess vers le Royaume-Uni permit à Bormann de prendre la tête de la Parteikanzlei en mai 1941, où il prouva qu'il était un maître dans le combat politique et administratif. Il administra et développa le fonds Adolf-Hitler pour l'industrie, des ressources obtenues par des contributions « volontaires » d'entrepreneurs à succès qui furent versées aux fonctionnaires au sommet du parti. De plus, il administra les finances personnelles de Hitler, ainsi que ses rendez-vous et sa chancellerie particulière. Il était toujours aux côtés de lui pendant les discours publics, prenant des notes.
Acteur des rivalités au sein du Reich
En 1943, sorti victorieux du conflit de préséance et de pouvoir qui l'opposait à Hans Lammers, Bormann contrôla l'accès à Hitler, obligeant les ministres et les fonctionnaires du parti à dresser une liste des points qu'ils souhaitaient aborder avec le Chancelier. Ce pouvoir se concrétisa dans un titre, reçu le 12 avril 1943, de « secrétaire du Führer » , qui lui conféra un pouvoir énorme puisqu'une bonne partie de la législation était assise sur le Führerprinzip (la volonté du Führer). Il disposait en effet de la possibilité de transformer en décret contraignant des propos tenus par Hitler lors d'échanges plus ou moins informels.