Martin Amis, né le 25 août 1949 à Swansea (Pays de Galles) et mort le 19 mai 2023 à Lake Worth (Floride, États-Unis), est un romancier britannique.
Ses ouvrages les plus connus sont Money, Money (1984) et London Fields (1989). Il reçoit en 2000 le James Tait Black Memorial Prize pour son récit autobiographique Experience et est deux fois finaliste du Booker Prize (Time's Arrow en 1991 et Yellow Dog en 2003). De 2007 à 2011, il enseigne l'écriture créative au Center for New Writing de l'université de Manchester. Son roman La Zone d'intérêt (The Zone of Interest), publié en 2014, obtient en France le prix du Meilleur Livre étranger en 2015.
En 2008, The Times le classe 19e parmi les « cinquante plus grands écrivains britanniques depuis 1945 ».
L'œuvre de Martin Amis se concentre sur les excès et les contradictions de la société occidentale contemporaine, qu'il explore à travers la satire, le grotesque et la caricature. Marqué par l'influence de Saul Bellow, Vladimir Nabokov, James Joyce et de son père Kingsley Amis, il a lui-même inspiré une nouvelle génération d'écrivains britanniques.
Martin Amis naît à Swansea, dans le sud du pays de Galles. Son père, Kingsley Amis, romancier, est le fils d'un employé d'une manufacture de moutarde à Clapham (Londres) ; sa mère, Hilary Bardwell, est la fille d'un fonctionnaire au ministère de l'Agriculture. Il a un frère aîné, Philip, et une sœur cadette, Sally, décédée en 2000. Ses parents divorcent lorsqu'il a douze ans. Selon Amis, son père ne manifesta guère d'intérêt pour son travail littéraire.
Dans les années 1950 et 1960, il fréquente plusieurs établissements scolaires, dont la Bishop Gore School (anciennement Swansea Grammar School) et la Cambridgeshire High School for Boys, où il est décrit par un directeur comme « exceptionnellement peu prometteur ».
En 1965, à l'âge de quinze ans, il interprète le rôle de John Thornton Un Cyclone à la Jamaïque (A High Wind in Jamaica), film adapté du roman de Richard Hughes.
Longtemps lecteur exclusif de bandes dessinées, il découvre véritablement la littérature grâce à sa belle-mère, la romancière Elizabeth Jane Howard, qui l'initie à Jane Austen, qu'il reconnaîtra comme sa première influence. Après un passage à la Westminster School, il étudie à l'Exeter College (Oxford), où il obtient son diplôme.
Il débute ensuite sa carrière journalistique au Times Literary Supplement, puis devient, à 27 ans, critique littéraire pour le New Statesman. C'est là qu'il rencontre Christopher Hitchens, alors rédacteur à The Observer, qui restera son ami proche jusqu'à sa mort en 2011.
Le premier roman de Martin Amis, The Rachel Papers (1973), remporte le prix Somerset-Maugham. Considéré comme son œuvre la plus traditionnelle, il raconte l'histoire d'un adolescent égocentrique – un trait qu'Amis reconnaîtra comme autobiographique – et sa relation avec sa petite amie durant l'année précédant son entrée à l'université.
Il écrit également le scénario du film Saturn 3, en 1980, une expérience qui nourrira son cinquième roman, Money.
Son deuxième roman, Dead Babies (1975), adopte un ton plus désinvolte. Il décrit quelques jours passés par un groupe d'amis dans une maison de campagne, livrés à la drogue et aux excès. Ce livre met en place plusieurs caractéristiques qui marqueront le style d'Amis : humour noir mordant, obsession du zeitgeist, interventions de l'auteur, personnages en proie à des mésaventures et humiliations comiques. Le roman a été adapté au cinéma en 2000 sous le même titre.
Success (1977) met en scène deux frères de lait, Gregory Riding et Terry Service, et illustre leur destin opposé, heureux pour l'un et malheureux pour l'autre. C’est le premier exemple de la prédilection d'Amis pour des personnages construits en paires symboliques, un procédé qu'il réemploiera dans plusieurs de ses romans (Money, The Information, Night Train).
Avec Other People: A Mystery Story (1981), qui raconte l'histoire d'une jeune femme sortant du coma, Amis signe un roman de transition. L'auteur y intervient pour la première fois directement dans la voix du narrateur, et y expérimente une langue très travaillée pour décrire les objets du quotidien. Ce style a été rapproché de celui de l'« école martienne » de poésie contemporaine, représentée par Craig Raine (en). Il s'agit aussi de son premier livre écrit après sa décision de se consacrer entièrement à la littérature.
Les romans les plus connus de Martin Amis sont Money, Money, London Fields et The Information, souvent regroupés sous l'appellation de « Trilogie de Londres ». Bien qu'ils n'aient que peu de points communs en matière d'intrigue, ils explorent tous la vie d'hommes d'âge mûr, confrontés aux aspects sordides, cyniques ou apocalyptiques de la société britannique de la fin du XXe siècle. Les personnages d'Amis sont généralement des anti-héros : iconoclastes, moralement ambigus, cherchant à échapper à la banalité et à la futilité de leur existence.
Money (1984, sous-titré A Suicide Note) est raconté à la première personne par John Self, publicitaire et futur réalisateur, « accro au XXe siècle ». Ce roman, décrit comme une satire de l'amoralité et de la cupidité de l'ère Thatcher, enchaîne épisodes de comédie noire et dérives outrancières au fil des allers-retours de Self entre Londres et New York. Le magazine Time l'a inclus dans sa liste des cent meilleurs romans de langue anglaise de 1923 à 2005.
London Fields (1989), le plus volumineux roman d'Amis, se déroule à Londres en 1999, dans un contexte de crise sociale et environnementale. Il met en scène trois personnages caricaturaux aux noms typiquement « amisiens » : Keith Talent, escroc passionné de fléchettes ; Nicola Six, femme fatale obsédée par sa propre mort programmée ; et Guy Clinch, riche bourgeois pris dans leur jeu destructeur.
Time's Arrow, beaucoup plus bref, se distingue par une narration intégralement inversée dans le temps – y compris les dialogues. Il retrace à rebours la vie d’un médecin nazi ayant travaillé dans les camps de concentration. Ce procédé, qui rappelle Kurt Vonnegut (Slaughterhouse 5, 1969) et Philip K. Dick (Counter-Clock World, 1967), donne aux horreurs de la Shoah une apparence paradoxale de guérison et de régénération.