Martha Argerich, née le 5 juin 1941 à Buenos Aires, est une pianiste suisso-argentine, considérée comme l'une des plus grandes interprètes de sa génération, voire de l'histoire.
Enfant prodige du piano, elle remporte coup sur coup le concours de Genève (dans la catégorie féminine) et le concours Busoni à l'âge de seize ans, avant de gagner le concours Chopin en 1965.
Typiquement catalan, le nom d'Argerich est porté par plusieurs centaines de personnes en Catalogne espagnole. Le père de Martha Argerich est en effet issu d'une lignée de Catalans installés à Buenos Aires depuis le XVIIIe siècle. Ses grands-parents maternels sont quant à eux des juifs russes.
Elle naît le 5 juin 1941 à Buenos Aires, dans une famille de la classe moyenne, plutôt mélomane.
Ses dons pour la musique sont remarqués dès l'âge de deux ans et demi. Elle est alors capable de reproduire au piano les partitions qu'étudie son frère, ou rejoue immédiatement sur un piano un air qu'elle a entendu chanter. Elle a la capacité, enfant, de jouer les octaves comme de simples notes (Eugene List)[pas clair]. Pour son père, ce talent doit mûrir naturellement. Ce n'est pas l'avis de sa mère, qui se met dès lors à la recherche d'un professeur.
À l'âge de cinq ans, et contre son gré (la petite Martha voulait être médecin), elle est présentée par sa mère à Vincenzo Scaramuzza, qui lui donne ses premières leçons de piano et favorise le développement de sa sensibilité et de son lyrisme naturels.
En 1949, à l'âge de huit ans, elle joue en concert le Concerto pour piano no 1 en do majeur op. 15 de Beethoven, le Concerto pour piano no 20 en ré mineur K. 466 de Mozart, ainsi que la Suite française no 5 en sol majeur BWV 816 de Bach.
À l'âge de onze ans, elle est dirigée dans un de ses premiers concerts par Washington Castro (es) dans le concerto pour piano de Schumann au Teatro Colón.
En 1955, la famille Argerich émigre en Europe. Grâce à une bourse octroyée par l'État argentin (à l'époque dirigé par Juan Perón), Martha Argerich étudie avec de nombreux grands maîtres à Londres, Vienne, de même qu'en Suisse : Bruno Seidlhofer, Friedrich Gulda, Nikita Magaloff, Madeleine Lipatti. Elle complète sa formation auprès d'autres grands noms : Arturo Benedetti Michelangeli, Stefan Askenase et Abbey Simon. Elle confie : « De tous mes professeurs, Gulda a été celui qui m'a le plus aidée. Ses explications étaient claires, il me critiquait réellement. »
Victoires précoces au concours de Genève et au concours Busoni, puis révélation mondiale (1957-1964)
En 1957, âgée de seulement seize ans, malgré ses appréhensions à jouer en public, elle remporte deux concours importants en l'espace de deux semaines : le Concours international d'exécution musicale de Genève (dans la catégorie féminine, conjointement avec Dominique Merlet) et le Concours international de piano Ferruccio-Busoni à Bolzano. C'est lors de ce dernier concours qu'elle rencontre Arturo Benedetti Michelangeli, à qui elle demande des leçons quatre ans plus tard.
Son premier disque, enregistré en 1960 par la Deutsche Grammophon, incluant des œuvres de Chopin, Brahms, Ravel, Prokofiev et Liszt, lui vaut les éloges de Vladimir Horowitz[réf. nécessaire].
Victoire au concours Chopin et consécration (1965-1968)
Le 12 mars 1965, elle est remarquée lors du Concours international de piano Frédéric-Chopin de Varsovie. Sa maîtrise exceptionnelle de l'instrument et sa sensibilité remarquable lui font remporter trois prix : le premier, le prix du public et celui de la meilleure interprétation des Mazurkas. « Martha Argerich est la première à se présenter sur scène. Elle a déjà attiré l'attention du public par la qualité de son jeu [pianistique] lors des éliminatoires. Sa prestation est alors attendue avec fébrilité. Les brillantes études et mazurkas interprétées avec fougue confirmèrent sa technique extraordinaire, le public accueillant sa prestation en lui offrant une ovation spontanée ». Critiques et spectateurs ne tarissent alors pas d'éloges. Martha Argerich est la seule Sud-Américaine à avoir remporté le concours Chopin. Si ce dernier ne marque pas le début de sa carrière, le triomphe qui en résulte lui donne une autre dimension et lie à jamais son histoire tumultueuse[pourquoi ?] et celle du concours.
L'année suivante, elle commence sa carrière professionnelle au Lincoln Center de New York. En juin 1968, elle joue pour la première fois à Paris et y revient l'année suivante.
Artiste rebelle, son indépendance — qu'elle revendique farouchement — est parfois source de problèmes pour les organisateurs de concerts : elle peut se désister au dernier moment, se présenter pour son récital en décidant de changer le programme, ou cesser abruptement de se produire malgré un carnet de prestations rempli pour plusieurs mois. C'est ainsi qu'elle décide brusquement de se retirer de la scène de 1961 à 1965, après avoir donné naissance à son premier enfant, puis à nouveau entre 1973 et 1976. Elle n'est jamais poursuivie pour rupture de contrat simplement parce que, jalouse de son indépendance, elle n'en signe jamais. Son caractère entier se manifeste jusque dans sa discographie : elle n'a gravé aucune grande série d'œuvres d'un même compositeur, à la différence de Brendel, d'Ashkenazy ou de Pollini. Elle interprète ce qu'elle aime au gré de sa fantaisie.
De nature généreuse, Martha Argerich œuvre sans relâche afin de promouvoir de jeunes talents. Hélène Grimaud, qui la rencontre à vingt ans en 1989, lui rend hommage dans un essai autobiographique, Variations sauvages (2003) : « Martha, c'est la souveraineté de l'élan vital… Ce qu'elle m'a transmis ? La force vitale de l'intuition. » En 1999, Martha Argerich crée à leur intention un concours international de piano, le Festival Martha Argerich de Buenos Aires, et en juin 2002 le Martha Argerich Project de Lugano.
Elle participe à de nombreux jurys lors de concours importants et possède une réputation de juge opiniâtre. Elle démissionne ainsi de son poste de juré lors du concours Chopin de 1980 lorsque le pianiste croate Ivo Pogorelić est éliminé au deuxième tour.