Martín Alberto Vizcarra Cornejo, né le 22 mars 1963 à Lima, est un homme d'État péruvien, président de la République du 23 mars 2018 au 9 novembre 2020.
Il est élu vice-président de la République lors de l'élection présidentielle de 2016, étant le premier des deux colistiers de Pedro Pablo Kuczynski. Un an et demi plus tard, après la démission de celui-ci en raison d'accusations de corruption, il accède à la présidence de la République. Il est destitué par un vote controversé du Parlement en novembre 2020, entraînant une crise politique et des manifestations massives.
Soupçonné de corruption, il est placé en détention en 2025. Il est condamné à quatorze ans de prison pour avoir perçu des pots-de-vin de 2,3 millions de soles (plus de 500 000 euros) dans le cadre de l’attribution de deux contrats publics lorsqu’il était gouverneur de la région de Moquegua entre 2011 et 2014.
Issu d'une famille d'origine mestizo de la classe moyenne, Martín Vizcarra est le fils de César Vizcarra Vargas, membre de l'APRA, et de Doris Cornejo, institutrice. Son père devient maire de Moquegua et membre de l'assemblée constituante de 1978. Installée au début à Moquegua, sa famille déménage à Lima pour soigner leur fils d'une complication pulmonaire qui lui fait frôler la mort. Martín Vizcarra déclare que l'influence de son père a toujours été prépondérante dans sa vie.
Vizcarra étudie à l'IEP Juan XXIII et au GUE Simón Bolívar de Moquegua. En 1984, il est diplômé de l'université nationale d'ingénierie de Lima. Il obtient également un diplôme de management de l'ESAN, université privée de type Business School.
Il commence sa carrière politique dans sa région natale de Moquegua, où il est candidat de l'APRA pour devenir gouverneur en 2006, mais il échoue de peu. En 2008, Vizcarra fait partie des meneurs du « moqueguazo », actions de protestation contre le traitement infligé aux mineurs. Il se rend à Lima pour se poser en médiateur, auprès du conseil des ministres péruvien. Celui-ci accepte de changer la loi dans ce domaine. Cet épisode stimule Vizcarra dans ses ambitions politiques.
En 2011, Vizcarra est élu gouverneur de Moquegua. Pendant son mandat, la situation sociale s'améliore et il évite la corruption ce qui est salué par le Washington Post comme un « exemple rare au Pérou ». Il se pose aussi en médiateur entre la compagnie minière Anglo American et les habitants, inquiets que l'eau potable ne soit contaminée par une mine de cuivre. Vizcarra demeure gouverneur jusqu'à la fin de 2014.
Premier vice-président de la République
Élu sur le ticket de Pedro Pablo Kuczynski, il devient premier vice-président de la République.
Il est ministre des Transports de juillet 2016 à mai 2017.
Il est ambassadeur du Pérou au Canada du 23 octobre 2017 au 23 mars 2018.
Le 21 mars 2018, alors que Martín Vizcarra est au Canada en tant qu'ambassadeur, le président Pedro Pablo Kuczynski, accusé de corruption, annonce sa démission, la veille du vote d'une procédure de destitution à son encontre. Le 23 mars, en sa qualité de premier vice-président de la République, il succède à ce dernier.
Il convoque pour décembre 2018 un référendum portant sur le retour au bicaméralisme, la limitation du nombre de mandats des élus ainsi que du financement des campagnes électorales, et une réforme du conseil judiciaire national, dans un contexte de lutte contre la corruption. Le projet est adopté à une forte majorité.
L'idée d'un aéroport international au pied du Machu Picchu, afin d'y développer l'activité touristique, suscite de vives protestations d'archéologues, d'historiens et d'habitants, qui dénoncent une grave menace pour le site et l'écologie locale.
Il propose, le 28 juillet 2019, d'avancer les élections générales à mars 2020 en échange d'une réforme constitutionnelle.
Le 30 septembre 2019, il annonce la dissolution du Congrès et la tenue d'élections législatives anticipées pour le 26 janvier 2020, faute d'être parvenu à un accord avec l'opposition sur le mode de désignation des juges au Tribunal constitutionnel ; en réaction, le Congrès vote sa suspension pour un an et désigne la vice-présidente Mercedes Aráoz pour assurer l'intérim. Cependant, les chefs de la police et de l'armée, de même que les gouverneurs et l'association des maires, maintiennent leur allégeance à Vizcarra, qui a aussi limogé le président du Conseil des ministres et est soutenu par des milliers de manifestants. Le syndicat des entrepreneurs accuse quant à lui le président de « violation de la Constitution ». Le lendemain, Mercedes Aráoz renonce à la présidence et démissionne de ses fonctions de vice-présidente. Le 5 octobre, il annonce que la crise politique a été « surmontée ». Cependant, le 11 octobre, le président de la députation permanente, Pedro Olaechea, dépose un recours devant le Tribunal constitutionnel pour contester la dissolution du Congrès. Le recours est rejeté le 15 janvier 2020.
Le scrutin donne lieu à un fort recul des fujimoristes, avec le parti Force populaire perd la majorité absolue, en faveur de plusieurs partis principalement centristes, qui composent un parlement sans majorité mais avec lesquels Martín Vizcarra est jugé plus à même de composer pour poursuivre ses réformes.
Dans le cadre de la pandémie mondiale de Covid-19, il ordonne, à partir du 16 mars 2020, le confinement de la population et un couvre-feu nocturne. Dans le même temps, une loi exempte policiers et militaires de poursuites judiciaires s’ils blessent ou tuent dans ce cadre ; les organisations de défense des droits de l’homme demandent l’abrogation du texte, estimant qu’il ouvre la voie à l’impunité.