La Marine soviétique (en russe : Военно-морской флот СССР, Voyenno-morskoy flot SSSR, littéralement « Forces militaires navales de l'URSS ») était la marine de guerre de l'Union soviétique. À son apogée, elle fut la deuxième flotte militaire maritime du globe (1 742 navires de combat, amphibies et de soutien représentant 3 525 050 de tonnage contre 523 navires de combat, amphibies et de soutien représentant 4 142 830 de tonnage pour l'United States Navy au 1er novembre 1985) et une des branches les plus fortes de l'Armée rouge.
La garde côtière dépend des Troupes frontalières soviétiques sous contrôle de la police politique, le KGB depuis 1954. Elle dispose durant la guerre froide de dizaines de corvettes et de centaines de patrouilleurs.
La révolte d'une partie du personnel de la Marine impériale russe fut un des catalyseurs de la Révolution russe.
L'insurrection des 27 000 marins et soldats de la base navale de Cronstadt située dans la baie de Pétrograd en mars 1921 en conjonction avec les révoltes paysannes enflammant le pays (Nestor Makhno et l'armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne) a notamment obligé Lénine à réviser sa politique économique pour ouvrir l’ère de la Nouvelle politique économique.
Après avoir été longtemps une flotte de défense côtière, elle a joué un rôle mineur dans la Grande Guerre patriotique, bien qu'en 1941 elle possédât la première force sous-marine du monde, celle-ci ayant particulièrement souffert durant ce conflit fournissant l'immense majorité des 137 navires soviétiques perdus durant cette période. Les principaux navires naufragés sont 1 cuirassé, 2 croiseurs, 34 destroyers, 103 sous-marins et 8 escorteurs.
Elle participa entre autres à la protection des convois de l'Arctique dans sa zone de responsabilité à hauteur de la Norvège, à l'invasion des Îles Kouriles en août 1945 et ses attaques causèrent quelques-uns des plus meurtriers naufrages de l'histoire comme ceux du navire de croisière Wilhelm Gustloff et du General von Steuben début 1945.
Elle reçut pendant le conflit des navires des nations alliées en prêt-bail. Entre autres, le cuirassé HMS Royal Sovereign le 30 mai 1944 de la part du Royaume-Uni, tandis que l'opération Hula (en) qui se déroula à Cold Bay en Alaska voit entre le 16 avril 1945 et le transfert des quatre derniers navires le 4 septembre 1945, le détachement de l'US Navy 3 294 formé quelque 12 000 membres de la Marine soviétique — environ 750 officiers et 11 250 marins — et transféré 149 navires et embarcations sur un total de 344 allant de la frégate au dragueur (et un croiseur ancien). Ces navires furent rendus ou mis à la ferraille après le conflit.
Les effectifs de la marine ne dépassèrent jamais 5,3 % des forces armées, avec un minimum à 3,3 % en avril 1943, et la moitié fut utilisée à terre en soutien d'armée.
La guerre froide a vu considérablement se développer la marine de guerre de l’Union soviétique qui se retrouva dès 1958 au deuxième rang mondial et donna des réelles frayeurs aux stratèges de l’OTAN sous l’impulsion de l’amiral Gorchkov qui présida à sa destinée pendant plusieurs décennies et la transforma en marine de haute mer.
La marine soviétique fut partie prenante de la crise des missiles de Cuba avec l'envoi de plusieurs sous-marins dans les eaux américaines lors de l'opération Kama.
La même année, un conflit peu médiatisé opposant l'Indonésie à son ancienne puissance coloniale, les Pays-Bas, au sujet du statut de la Nouvelle-Guinée néerlandaise faillit voir l'entrée en guerre de douze sous-marins soviétiques officiellement sous pavillon indonésien aux côtés de l'Indonésie le 5 ou le 10 août 1962. Cette région fut finalement transférée à l'Indonésie après l'accord de New York.
En 1970, le tonnage de la flotte atteint 1 500 000 tonnes et sa flotte sous-marine compte plus de 350 unités, ses plus grands bâtiments de surface sont deux croiseurs porte-hélicoptères de la classe Moskva ; son personnel comprend à cette date 475 000 hommes environ, dont 170 000 embarqués, 40 000 pour l'aviation navale, 265 000 pour l'infanterie de marine, le personnel de la défense côtière et l'administration centrale. Les manœuvres Océan-70 ont mis en œuvre simultanément, pendant un mois, environ 200 bâtiments de tous types appuyés par l'aviation navale russe dans l'Atlantique, l’Arctique, l'océan Pacifique et l'océan Indien. Jusqu'ici, seul l'US Navy pouvait organiser un tel déploiement de forces.
La marine soviétique définissait les bâtiments appartenant à la catégorie des « croiseurs » différemment de son homologue américain, considérant les bâtiments équivalents aux frégates américaines comme des « croiseurs ». En 1974, seuls six bâtiments de l'US Navy en service étaient classifiés en tant que croiseurs alors que les Soviétiques avaient 19 croiseurs en service et sept supplémentaires en cours de construction. Les croiseurs soviétiques, à l'exception de deux d'entre eux, étaient des bâtiments de taille relativement réduite, plus proche des frégates que des croiseurs américains (qui étaient bien plus grands). Cela conduisit à la reclassification des navires de l'United States Navy en 1975 pour éliminer le « déficit de croiseurs » perçu.
À la dissolution de l'URSS fin 1991, ce fut la marine russe qui reçut l'immense majorité des navires et aéronefs de la défunte marine soviétique.
Compte tenu de sa position géographique (cf. infra) et de celle de son principal ennemi, les États-Unis, pendant la guerre froide, l'Union soviétique a adopté une doctrine stratégique navale de puissance terrestre. Ainsi, l'accent est mis sur la destruction des moyens navals ennemis plutôt que sur l'action vers la terre. Tout cela explique l'accent mis sur les sous-marins et le peu de développements de moyens de débarquement ou de porte-avions.
La marine soviétique est (comme encore actuellement la marine russe) divisée en quatre flottes et une flottille :
La flotte du Nord : la plus importante lors de la guerre froide, stationnée dans la péninsule de Kola, au-delà du cercle polaire arctique, les bases de SNLE dans la région de Mourmansk, dont Zapadnaïa Litsa, faisaient de cette zone la plus nucléarisée de la planète. La majorité des grands bâtiments de surface et la moitié des sous-marins étaient affectés à cette flotte.
La flotte du Pacifique : basée dans l’Extrême-Orient russe, principale base à Vladivostok, l’autre partie des SNLE et une partie des SNA et des navires de surfaces étaient affectés à cette flotte.