Marie de Bourgogne, née à Bruxelles le 13 février 1457 et morte au Prinsenhof de Bruges le 27 mars 1482, est une princesse de la maison de Valois-Bourgogne, duchesse titulaire de Bourgogne de janvier 1477 à sa mort.
Fille unique du duc Charles le Téméraire, tué lors de la bataille de Nancy du 5 janvier 1477, elle se retrouve, à 19 ans, à la tête d'un État bourguignon fragilisé. Elle passe l'essentiel de ses cinq années de règne à défendre ses droits à l'héritage de son père, disputé par le roi de France, aidée en cela par sa belle-mère Marguerite d'York. Son mariage en août 1477 avec Maximilien d'Autriche oriente pour près de deux siècles la géopolitique de l'Europe. Elle est la mère de Philippe le Beau, père de Charles Quint.
Marie est née le 13 février 1457 au palais du Coudenberg à Bruxelles, dans le duché de Brabant. Ses parents, Charles le Téméraire et Isabelle de Bourbon, sont cousins germains, tous deux de sang royal français (son père descend en ligne directe de Jean II le Bon et sa mère de Saint Louis par Robert de Clermont).
Elle est baptisée (précisément Marie-Blanche) quatre jours plus tard à la chapelle du palais par l'archevêque de Cambrai, Jean VI de Bourgogne, bâtard de son arrière-grand-père Jean sans Peur. Sa marraine est sa grand-mère, la duchesse de Bourgogne Isabelle de Portugal et son parrain le dauphin Louis, alors en froid avec son père, le roi Charles VII, et réfugié à Genappe. Son grand-père, Philippe le Bon, n'assiste pas à la cérémonie.
Marie passe ensuite quelques années au château du Quesnoy, ancienne résidence des comtes de Hainaut. Son éducation est confiée à sa tante Anne de Bourgogne, fille illégitime de Philippe le Bon.
Vers l'âge de six ans, elle quitte le château du Quesnoy, trop exposé aux armées de Louis XI, pour celui des Walles à Gand. Elle y passe la majeure partie de son enfance, alors que ses parents s'installent à Gorcum, en Hollande. Comme tous les membres de la maison Valois de Bourgogne, sa langue maternelle est le moyen français, mais elle apprend également le thiois et le latin. Elle lit beaucoup, notamment le Roman de la Rose, et apprend à jouer du clavicorde.
À l'âge de huit ans, elle perd sa mère, victime de la tuberculose, et son grand-père le duc Philippe. Elle participe alors à la tournée inaugurale de son père qui, nouveau duc de Bourgogne, l'habitue très jeune à la vie publique. Elle est, par son père, la petite-fille de Philippe le Bon, l'arrière-petite-fille de Jean Sans Peur, lui-même fils de Philippe II de Bourgogne, fils de Jean II, Roi de France. Côté maternel, elle est la petite-fille de Charles Ier de Bourbon, lui-même fils de Jean Ier de Bourbon.
En 1468, Charles le Téméraire se remarie avec Marguerite, fille du duc Richard d'York et sœur du roi Édouard IV d'Angleterre, à Damme. Il donne des festivités grandioses, d'un luxe fastueux, à Bruges, qui devient la ville préférée de Marie. La nouvelle épouse du duc voit peu son mari et n'a pas d'enfant, mais elle reporte toute son affection maternelle sur Marie.
Seule enfant de Charles le Téméraire, Marie est son unique héritière. Son père tente de forger une alliance contre Louis XI avec le roi Jean II d'Aragon qui demande en 1462 la main de Marie, alors âgée de 5 ans, pour son fils, le futur Ferdinand le Catholique, âgé de 10 ans.
Un autre projet de mariage est envisagé en 1471 avec le frère cadet de Louis XI, Charles, ennemi juré du roi qui s'y oppose et demande au pape Paul II de ne pas accorder la dispense nécessaire au mariage, en raison des liens de parenté. Le pape ayant néanmoins accordé sa dispense, Louis XI rappelle alors à son frère son serment à Saintes et l’avertit qu’en cas de naissance d’un fils, la succession lui échapperait. Il prétend même Marie de Bourgogne atteinte de la syphilis. Enfin, pour empêcher ce mariage, Louis XI va jusqu’à demander la main de Marie pour son propre fils, âgé d'un an seulement, avec promesse de donner Amiens et Saint-Quentin. Charles meurt cependant en 1472.
Par la suite, le duc Charles propose à l'empereur Frédéric III la main de Marie pour son fils et héritier Maximilien, en échange de quoi l'empereur ferait élire le Téméraire roi des Romains ou érigerait la Bourgogne en royaume. Si l'empereur est intéressé par ce mariage qui renforcerait la dynastie habsbourgeoise, il finit par décliner la proposition pour des raisons de politique intérieure, sans jamais totalement la perdre de vue.
Enfin, il est envisagé en 1473 un mariage avec le jeune duc de Lorraine Nicolas Ier, qui se bat aux côtés de la Bourgogne et participe à l'invasion de la Picardie, ainsi qu'au siège de Beauvais. L'union des maisons de Bourgogne et de Lorraine permettrait à terme de créer un royaume d'un seul tenant entre la Bourgogne et la Mer du Nord, une seconde Lotharingie. Cependant le jeune duc meurt subitement à l'âge de 25 ans en tentant de prendre Metz en 1473. Tout comme pour la mort de son autre prétendant Charles de France en 1472, on soupçonne vite Louis XI de l'avoir fait empoisonner.
La proposition matrimoniale impériale revient à l'ordre du jour quand l'ambitieux duc trouve la mort devant Nancy en janvier 1477 et laisse à sa fille Marie, à peine âgée de 19 ans, une souveraineté fragilisée et menacée par la France.
L'héritière la plus riche d'Europe
Tant que le duc Charles est en vie, Marie n'est que l'héritière potentielle. Tout bascule le 5 janvier 1477, sous les murs de Nancy : son père, à la tête d'une armée affaiblie, meurt d'un coup de hallebarde face aux troupes du duc de Lorraine, René II appuyées par d'importants contingents suisses. Marie n'a pas vingt ans. Malgré un puissant sentiment d'attachement à la dynastie bourguignonne, la duchesse est trop jeune et trop inexpérimentée pour incarner le pouvoir face au risque de l'invasion française. De plus, les guerres incessantes et les réformes autoritaires de son père ont provoqué tensions politiques et crise économique dans ses États. La situation est telle que lors des obsèques du duc, le 25 janvier, en l'église Saint-Jean de Gand, le peuple gronde devant le faste de la cérémonie.
Révolte des Pays-Bas bourguignons
Les vastes possessions sur lesquelles Marie de Bourgogne règne désormais vivent une situation économique difficile, liée à une crise démographique aggravée par les guerres continuelles, ainsi qu'au blocus économique imposé par Louis XI, qui augmente le coût des denrées alimentaires. Enfin, des épidémies de peste frappent régulièrement la population.
Dans les Pays-Bas bourguignons, les villes se révoltent contre le centralisme économique et administratif imposé par les ducs de Bourgogne. Écartant l'idée d'une alliance française et l'éventualité d'un mariage avec Charles, le dauphin de France (à peine âgé de sept ans, soit treize de moins qu'elle), Marie se tourne vers ses sujets des Pays-Bas afin qu'ils la protègent des visées du roi Louis XI. Elle convoque donc les États généraux et leur octroie, le 11 février 1477, une charte de droits, le Grand Privilège. Cette charte accorde de nombreuses concessions, permettant notamment le retour à une autonomie des villes et des provinces en rétablissant les droits, privilèges, libertés et coutumes qui existaient avant la paix de Gavre. Marie se déplace dans plusieurs grandes villes afin d'asseoir son autorité et faire valoir son héritage.