Ce Jour-là

Marie Gérin-Lajoie

Pionnière du service social au Québec

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Marie Gérin-Lajoie, née le 9 juin 1890 à Montréal et décédée le 7 janvier 1971 dans la même ville, est une travailleuse sociale canadienne, fondatrice de communauté religieuse et pionnière du service social dans le milieu francophone au Québec. Au même titre que sa mère, Marie Lacoste Gérin-Lajoie, elle est une figure incontournable de l'histoire du féminisme au Québec. Elle est également la première Québécoise à obtenir un diplôme d'une université francophone et catholique, en 1911 (Université Laval à Montréal).

Marie Gérin-Lajoie est née à Montréal, dans une famille de « cette petite bourgeoisie cultivée et laborieuse, loyale à l'Église, mais remuante et critique à ses heures... ». Elle voit le jour à domicile et entourée des domestiques de la famille, dans le bloc Rolland, un complexe d'habitations victoriennes qui était situé au 146 de la rue Berri, entre les rues Craig et Dorchester. Le lendemain, elle est baptisée à l'église Saint-Jacques-le-Majeur, la première cathédrale de Montréal et la même église où se sont mariés ses parents.

Son père, Henri Gérin-Lajoie, est avocat (bâtonnier de Montréal, puis bâtonnier général du Québec) et fils aîné de l'écrivain Antoine Gérin-Lajoie; sa mère, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, est une pionnière de la défense des droits des femmes au Québec. Du côté maternel comme paternel, Marie Gérin-Lajoie a des arrière-grands-parents (Étienne Parent et Louis Lacoste) s'étant impliqués dans les Rébellions des Patriotes de 1837-1838. Ses trois frères, Henri, Alexandre et Léon, sont nés entre 1892 et 1895.

Elle vit une enfance heureuse, aimée de ses parents. Ces derniers lui inculquent le sens de la discipline et de l'effort. L'éducation qu'elle reçoit laisse une place à la liberté, mais vise surtout à obtenir de l'enfant l'obéissance, qui est, selon sa mère, « le fondement de la paix sociale ». Dès ses jeunes années, sa mère l'initie à son engagement féministe. Lorsque Marie a sept ans, la famille, à l'image du reste de la petite bourgeoisie canadienne-française, quitte la rue Berri pour se rapprocher du Mont-Royal. Ils s'installent alors au 577 de la rue Sherbrooke, entre les rues Clark et Saint-Laurent. Ils ont alors pour intention d'inscrire Marie à l'Académie Saint-Urbain, un établissement scolaire dirigé par les Dames de la Congrégation Notre-Dame de Montréal.

Malgré la méfiance de sa mère vis-à-vis des « rabatteuses de vocations », c'est là que la jeune Marie fait son cours primaire, de 1897 à 1905. Elle y étudie en externat mais peut rentrer à la maison chaque midi en raison de la proximité de l'institution et du foyer familial. Ce détail, la rapprochant de ses parents, aura son importance dans son éducation. Ces derniers favorisent le développement intellectuel de leur fille en encourageant les débats et son intérêt pour les grands auteurs. À l'automne 1900, elle est inscrite dans les classes anglaises de la même institution. En 1905-1906, elle suit, en dépit de son jeune âge, une formation intensive en études littéraires à l'Université Laval de Montréal.

Par la suite, de 1906 à 1908, elle complète, en externat, ses études secondaires au Mont-Sainte-Marie, autre maison d'enseignement de la Congrégation Notre-Dame. La supérieure du Mont-Sainte-Marie est Mère Sainte-Anne-Marie, une femme d'action qui mène un combat en faveur de l'enseignement supérieur féminin. Elle aura une profonde influence sur la jeune Marie. Mère Sainte-Anne-Marie et la Congrégation Notre-Dame obtiennent l'accord de Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, pour créer l'École d'enseignement supérieur pour jeunes filles, affiliée à l'Université Laval, qui ouvre officiellement ses portes l'automne suivant. Au printemps 1910, Marie Gérin-Lajoie est la première, et la seule, de son institution à se présenter aux examens de la Faculté des Arts de l'Université Laval de Montréal. Elle aura les meilleures notes de tout le Québec ainsi que la mention « grande distinction ». Les autorités de l'Université Laval lui refusèrent toutefois le Prix Prince de Galles auquel elle avait droit pour l’attribuer au garçon le plus méritant, ceci en refusant de publier les résultats. Son baccalauréat ès arts de l'Université Laval à Montréal lui sera décerné en octobre 1911. Elle est la première diplômée de l'histoire de l'école ainsi que la première Québécoise à obtenir un baccalauréat d'une université francophone et catholique.

Alors qu'elle étudie à l’École d’enseignement supérieur, elle crée un cercle d’études qui constituera l'embryon d'un mouvement qui mènera à la création de la Fédération des cercles d’études des Canadiennes françaises, qu'elle présidera de 1916 à 1923. Comme il était d'usage pour les jeunes filles de la bourgeoisie canadienne-française de l’époque, elle s'astreint à un programme d'activités mondaines qui doit en principe la conduire jusqu'au mariage: « Le matin j’étudiais dans ma chambre ; l’après-midi je visitais des familles pauvres, le soir j’allais au bal », avoue-t-elle. Assez vite, elle confie à sa mère qu'elle optera pour le célibat. Sa mère craint alors de la voir abandonner l'action sociale pour s'installer dans un couvent: il lui faudra trois ans pour la convaincre. Elle s'inspire alors de sa tante, Antoinette Gérin-Lajoie, qui, demeurée célibataire, a pu poursuivre ses études en Europe et consacrer sa vie à l'action sociale, notamment en fondant l'École d'enseignement ménager.

Parallèlement à ses études, Marie Gérin-Lajoie est également formée à la religion, notamment auprès du jésuite Stanislas Loiseau (puis par Samuel Bellavance à la mort de Loiseau en 1919). Les Jésuites auront une grande influence sur sa pensée et sur son œuvre et l'aideront plus tard à créer l'Institut Notre-Dame du Bon-Conseil. Au même titre que sa mère, elle sera inspirée par leur vision et leur engagement au sein de la nouvelle doctrine sociale de l'église, proclamée notamment par l'encyclique Rerum Novarum de 1891. C'est au contact de cette doctrine que Marie Gérin-Lajoie développe la conviction que l'action sociale catholique est le meilleur moyen de venir en aide aux classes défavorisées.

Durant les douze années suivantes, elle sera une militante laïque en même temps qu'elle poursuivra sa formation en travail social.

En 1913, lors d'un séjour en Europe avec sa tante Antoinette, elle découvre plusieurs œuvres sociales féminines en France et en Belgique. Elle visite également l'Italie et le Vatican. En Angleterre, où séjourne son frère Alexandre, elle est très impressionnée par les settlements, des lieux qu'animent et habitent de jeunes universitaires faisant œuvre d'éducation dans les quartiers ouvriers. Ils s'installent alors au cœur des milieux défavorisés afin de mettre en branle des réformes sociales. Ces settlements seront pour elle une source d'inspiration à son retour à Montréal, lorsqu'elle donnera une forme plus institutionnelle à ses projets (notamment lorsqu'elle fonde l'Institut Notre-Dame du Bon-Conseil en 1923). Marie Gérin-Lajoie s'oppose à la situation de dépendance que peut entraîner la charité. Elle veut des solutions durables en proposant une action sur trois axes: la modification des législations responsables d'inégalités, le développement de la solidarité et de l'entraide par le biais des coopératives et des associations professionnelles et le soulagement de la misère par le biais d’œuvres de bienfaisance (comme les Gouttes de lait).

En 1913, elle devient directrice et rédactrice à La Bonne Parole, la revue mensuelle de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. Très active, elle publie alors de nombreux articles sur le rôle des femmes en société, le milieu de l'éducation ou encore l'engagement féminin dans les milieux catholiques. Elle prend son rôle de journaliste à cœur, le considérant comme un important outil de transmission de connaissances. À cette époque, elle donne aussi de multiples conférences auprès de publics féminins afin de les sensibiliser à des sujets tels que la psychologie de l'enfant, le rôle des femmes en milieu familial, la question ouvrière ou encore la formation syndicale. Elle anime également des conférences en anglais et fonde des cercles d'études. En 1918 elle suit des cours de service social à l'Université Columbia de New York. De retour à Montréal, sous les conseils de Mère Sainte-Anne-Marie, elle développe un cours public en action sociale destiné aux femmes. L'Université de Montréal prend alors en charge le programme et s'engage à offrir un certificat d'études sociales aux étudiantes qui suivent ce cours.

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