Ce Jour-là

Marie Duplessis

Courtisane française qui a inspiré à Alexandre Dumas fils le personnage de Marguerite Gautier dans La Dame aux camélias

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Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, comtesse de Perregaux, née le 15 janvier 1824 à Nonant-le-Pin et morte le 3 février 1847 à Paris 1er, est une courtisane française célèbre pour avoir inspiré à Alexandre Dumas fils le personnage de Marguerite Gautier dans la Dame aux camélias.

Bien que décrite par Dumas fils comme « grande, très-mince, noire de cheveux, rose et blanche de visage. Elle avait la tête petite, de longs yeux d’émail comme une Japonaise, mais vifs et fins, les lèvres du rouge des cerises, les plus belles dents du monde ; on eût dit une figurine de Saxe », celui-ci a avoué que le surnom de « Dame aux camélias » qu’il lui avait donné était de pure invention et qu’elle n’avait jamais été appelée ainsi de son vivant, avant de se justifier en écrivant que sa « tombe a maintenant sa légende. L’art est divin. Il crée ou ressuscite. »

L’enfance et la première jeunesse d’Alphonsine Plessis sont difficiles. Sa mère, Marie Deshayes, a dû se séparer de son père, Marin Plessis, alcoolique et violent, alors qu’elle n'avait qu’un an. Elle est alors élevée par sa tante, tandis que sa mère se réfugie à Paris. Lorsqu’elle a 6 ans, celle-ci meurt. À l’âge de 12 ans, elle est abandonnée par sa tante qui vient d’avoir un enfant. Son père la place alors chez une blanchisseuse de Nonant, avant de l’abandonner à un septuagénaire débauché d’Exmes du nom de Plantier. Licenciée par sa patronne, elle vit quelque temps avec Plantier, avant qu’à la suite d’une intervention du maire, elle ne soit engagée comme servante dans un hôtel de la Grand-Rue d’Exmes, où elle reste huit mois avant d’être placée par son père comme marchande de parapluies à Gacé, où elle ne reste que 2 mois.

Montée, à l’âge de quinze ans, à Paris, où elle est remarquée par Nestor Roqueplan, elle travaille d’abord comme blanchisseuse avant de devenir, à l’été 1839, la maîtresse d’un restaurateur veuf de la galerie Montpensier originaire, comme elle, de Normandie, M. Nollet, qui la met dans ses meubles, rue de l’Arcade. Après avoir fait dépenser 5 000 francs à Nollet, elle s’installe avec un jeune héritier qui la quitte une fois qu’elle a croqué sa fortune.

À l’été 1840, elle rencontre un jeune vicomte dont elle tombe enceinte. Retournée à Paris après ses couches et un court séjour en Normandie, elle se met en couple avec le jeune duc de Guiche qui, disposant de 80 000 francs de rente, ne lui refuse rien, équipage, bijoux, garde-robe. Elle modifie également son nom, ajoutant la particule « du » à consonance noble à son patronyme et abandonne le prénom d’Alphonsine pour celui de Marie. Le duc de Guiche lui fait également donner des cours quotidiens de français, dessin, musique et danse, mais la famille de celui-ci finit par l’envoyer à Londres, en juillet 1842, pour l’éloigner d’elle, tandis qu’elle prend le chemin de Baden-Baden, où elle rencontre le diplomate à la retraite Gustav Ernst von Stackelberg, qui offre de l’adopter et d’en faire sa légataire universelle. Celui-ci continue son éducation mondaine et artistique. Le comte de Stackelberg paie ses dépenses mensuelles qui s’élèvent alors à 40 000 francs.

Cette jeune femme très attirante au sourire enchanteur, dont la beauté inhabituelle, l’élégance et le style font la célébrité, devient rapidement, à peine âgée de seize ans, la courtisane la plus convoitée et la plus onéreuse de Paris. Dans le portrait donné d’elle par Matharel de Fiennes, elle avait …

« de grands yeux noirs, vifs, doux, étonnés, presque inquiets, pleins tour à tour de candeur et de vagues désirs, des sourcils admirables : ils étaient en velours noir et placés là sur le front pour faire ressortir le blanc mat de la peau et le brillant cristal de l’œil ; une bouche qui n’était qu’entr’ouverte, des cheveux espagnols par la nuance, français par la grâce ; un ensemble si charmant, si poétique, que quiconque voyait Marie Duplessis, cénobite, octogénaire ou collégien, en devenait éperdument amoureux. »

Elle est considérée comme extrêmement vive et extraordinairement cultivée, capable de converser sur « toutes ces belles choses avec autant d’aisance que si elle fût née dans la gaze et dans le velours, sous quelque lambris des grands faubourgs, une couronne sur sa tête, un royaume à ses pieds. Ainsi son maintien répondait à son langage, sa pensée à son sourire, sa toilette à sa personne, et l’on eût cherché vainement sur les hauts sommets une créature qui fût en plus belle et plus complète harmonie avec sa parure, ses habits et ses discours ». Sa bibliothèque compte plus de 200 volumes, de Rabelais, Walter Scott, Molière, Cervantès, Lamartine, Alexandre Dumas et Victor Hugo. « Douée pour l’art, la vie sociale et l’amour », les hommes riches en vue étaient disposés à lui accorder une aide financière régulière en échange de sa compagnie dans leur vie sociale et privée. Elle se montre au bois de Boulogne et à l’Opéra, et tient un salon fréquenté par les écrivains et les politiciens en vue. Elle-même est admise, dans le monde, dans des milieux qu’aucune de ses consœurs n’aurait pu rêver pénétrer. Édouard Viénot, entre autres, réalise son portrait.

Elle fréquente Louis-Désiré Véron au café de Paris, prend brièvement des cours de comédie avec Achille Ricourt, mais c’est dans sa loge qu’est son vrai lieu de représentation, celui où elle fait sensation. Le 21 janvier 1844, elle rencontre le comte Édouard de Perregaux, ancien lieutenant au 2e hussards, fils d’Alphonse Perregaux, petit-fils du financier de l’Empire Jean-Frédéric Perregaux, après un bal masqué à l’Opéra. Elle aurait entamé la conversation par ces mots : « Monsieur, je vous rencontre souvent à cheval, au bois de Boulogne, et votre monture a l’air d’être heureuse de porter un cavalier comme vous. » Devenu son amant au début de 1844, il lui achète une demeure à Bougival. Apprenant, au retour d’un voyage en Allemagne et en Suisse, que Perregaux, joueur compulsif, a dilapidé sa fortune et frôle la ruine, elle lui laisse le choix entre l’épouser et la perdre.

Après avoir refusé l’offre de l’ancienne employeuse anglaise de sa mère de l’adopter, elle renoue, en 1844, avec Stackelberg. En octobre, elle déménage de la rue d’Antin au 11, boulevard de la Madeleine. Elle rencontre Alexandre Dumas fils avec qui elle a une brève liaison. En octobre 1845, elle rencontre le compositeur Franz Liszt, qui la surnomme Mariette, et avec qui elle a une liaison jusqu’en avril 1846 ; le musicien quitte ensuite Paris pour Pest, d’où il lui demande de le rejoindre, ce que sa santé l’empêche de faire. Il affirmera, plus tard, lui avoir offert de vivre avec elle. Le 21 février 1845, Perregaux l’épouse, à Kensington. Sincèrement épris, le comte a 30 ans et elle 22, mais elle semble avoir été plus intéressée par le titre de comtesse que par le mariage lui-même car, si elle cesse de voir son mari, elle affiche son nouveau statut. Un temps fidèle à son époux, elle voit ses dettes s’accumuler et doit prendre, en mai 1846, un nouvel amant, le comte Aguado. Celui-ci la présente à son médecin Casimir Davaine, qui lui recommande un séjour à la campagne, mais elle ne reste guère plus de 15 jours chez son grand-oncle avant de reprendre le chemin de la capitale. Censée prendre les eaux à Spa, puis à Baden-Baden, Biebrich, Wiesbaden et Ems, elle sombre dans une vie de plus en plus agitée et dissipée, en dépit de la tuberculose qui la consume. De retour à Paris à la mi-septembre, elle consulte les docteurs Davaine, Manec et Chomel, et fait faire son portrait par Charles Chaplin. Le 15 janvier, des huissiers forcent sa porte pour procéder à la saisie de ses biens, ce que le comte Aguado empêche avec un chèque de mille francs du compte de sa mère. Abandonnée de tous, sauf d’Aguado, Alphonsine garde sa porte obstinément fermée à son mari.

Durant sa courte vie, elle a été célèbre pour sa réputation de discrétion, d’intelligence et d’amoureuse pleine d’esprit. Nul de ceux l’approchant pour la première fois n’aurait pu penser être face à une courtisane. Elle est, pour ces raisons, restée populaire et dans les bonnes grâces de plusieurs de ses bienfaiteurs même après la fin de leur liaison. Lorsqu’elle s’éteint, criblée de dettes, dans son logement du boulevard de la Madeleine, les huissiers reviennent à la charge pour procéder aux saisies. Son mari peut enfin entrer lui rendre ses derniers hommages, tandis que deux de ses partenaires fouillent en vain les meubles à la recherche d’un « papier en anglais » – leur certificat de mariage. À l’église de la Madeleine, où ont eu lieu les obsèques religieuses, les témoignages diffèrent au sujet du nombre de l’assistance, mais les registres de l’église montrent qu’une vingtaine de personnes avaient loué des chaises. On cite un duc anglais qui aurait fait le déplacement depuis Londres. Les crêpes noirs, ornés de la lettre D en argent et d’une couronne, dont l’église était tendue, ont même induit le nécrologue du Siècle à penser qu’il s’agissait des armes de la défunte. Les mêmes personnes l’accompagnent au cimetière de Montmartre, où son mari, le comte Perregaux, manque de s’évanouir, au moment d'asperger la tombe d'eau bénite. Quand il découvre qu’elle n’est enterrée que dans une concession pour cinq ans, il la fait exhumer et inhumer de nouveau, le 16 février suivant, dans un tombeau construit à ses frais, avec une concession à perpétuité. Elle repose dans une petite tombe, toujours fleurie, portant ces mots :

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