Ce Jour-là

Marie Darrieussecq

Écrivaine, traductrice et psychanalyste française

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Marie Darrieussecq est une écrivaine française née le 3 janvier 1969 à Bayonne. Elle est aussi traductrice et psychanalyste.

Son premier roman, Truismes, publié alors qu'elle est âgée de 27 ans et qui relate la métamorphose d'une femme en truie, rencontre un succès mondial. Vendu à plus d'un million d'exemplaires en France et à l'étranger, il est traduit dans une quarantaine de langues. En 2013, elle reçoit le prix Médicis et le prix des prix littéraires pour son roman Il faut beaucoup aimer les hommes.

Née le 3 janvier 1969 à Bayonne, Marie Darrieussecq grandit dans un village du Pays basque. Sa mère est professeure de français et son père technicien. L'ombre d'un frère aîné décédé obscurcit la vie familiale.

En 1997, elle épouse un mathématicien dont elle divorce rapidement. En 2000, elle se remarie avec un astrophysicien.

En 1983, elle apprend qu'elle est une « fille Distilbène » ; mère de trois enfants, sa vie en est profondément marquée.

Marie Darrieussecq suit des études secondaires à Bayonne et obtient un baccalauréat section A en 1986. Elle poursuit ensuite au lycée Montaigne de Bordeaux puis au lycée Louis-Le-Grand à Paris une formation littéraire en classe préparatoire. Elle intègre l'École normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris en 1990. En 1992, elle est reçue à l'agrégation de lettres modernes à la sixième place. Ensuite, elle obtient une maîtrise à l'université de la Sorbonne-Nouvelle en travaillant sur Hervé Guibert, puis un DEA de à l'université de Paris-VII, puis en 1997, un doctorat de littérature à l'université de Paris-VII après avoir soutenu une thèse sous la direction de Francis Marmande sur les Moments critiques dans l'autobiographie contemporaine. Ironie tragique et autofiction chez Georges Perec, Michel Leiris, Serge Doubrovsky et Hervé Guibert.

Après sa thèse, elle entame une psychanalyse et devient en 2006 elle-même psychanalyste.

En 2019, Marie Darrieussecq est nommée présidente de l'avance sur recettes au Centre national du cinéma. La même année, elle est titulaire de la chaire semestrielle d'écrivain en résidence de Sciences Po.

À propos de son roman Clèves, la journaliste Raphaëlle Leyris écrit : « Le sujet de Marie Darrieussecq depuis Truismes est toujours le même : il s'agit d'examiner ce que le langage dit de l'expérience, la manière dont les mots, et notamment les lieux communs, énoncent la réalité et, en retour, la façonnent. » Le titre du roman Il faut beaucoup aimer les hommes est extrait d'un aphorisme de Marguerite Duras dans La Vie matérielle : « Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n'est pas possible, on ne peut pas les supporter. »

À propos de son roman Le Pays, Nathalie Crom écrit dans La Croix qu'elle soulève « la question de l'appartenance (à une langue, à une terre, à une nation), sans entretenir la moindre nostalgie pour la vision classique ou traditionnelle de l'enracinement. »

Dans Clèves, elle décrit la transformation d'une adolescente avec l'arrivée des premières règles et la découverte de la sexualité. Virginie Despentes écrit dans Le Monde des livres : « Clèves fonctionne comme un remonteur de moments, ni oubliés, ni occultés, mais jamais consultés, jamais célébrés. »

Son style minimal, chargé d'anecdotes et de métaphores scientifiques ou géographiques, sert une « écriture physique ». Chaque livre produit par Marie Darrieussecq entretient un style différent, supposant que « le changement stylistique serait donc le moteur de sa création. » Cependant, ce sont les mêmes questionnements qui traversent les œuvres de l’auteure, alors que « Marie Darrieussecq adopte une posture auctoriale plurielle, qui multiplie les expériences littéraires et intersémiotiques, interroge dans la labilité de ses métamorphoses, de ses travestissements, la question de l’un et du multiple, de l’autre et du même. »

Marie Darrieussecq fait souvent usage de la focalisation interne et du discours indirect libre pour s'immiscer dans l'esprit et le corps de ses personnages. L'auteure s'intéresse ainsi « aux états mentaux non linguistiques provoqués par des états de conscience limite ou des expériences mentales infra-verbales dominées par les émotions et les sensations ». Ce n’est pas seulement la perception humaine que Marie Darrieussecq tente de déchiffrer par l’écriture, mais également la perception animale, qui est un type d’expérience non linguistique par définition : « S’imaginer dans la peau d’un animal ne se limite pas à la mise en récit de fantasmes de métamorphose comme Darrieussecq s’y était essayée dans Truismes, son premier roman. L’expérience relève plus généralement d’une sorte d’exercice mental ». Cet « exercice mental » est perceptible dans le roman Le Pays, qui représente des tentatives de projection imaginaire dans une subjectivité animale :

« Le bernard-l’hermite hors de sa coquille cherchait tout nu un abri neuf. Le premier coquillage était si grand que ses pattes de derrière ne pouvaient pas s’y accrocher, et ses pattes de devant ne pouvaient pas le traîner. Le deuxième coquillage était si petit, qu’aucune de ses pattes, de derrière ou de devant, ne pouvait s’y caser. Le troisième coquillage était parfaitement à la taille pour les pattes de derrière et devant, et le bernard-l’hermite s’y glissa tout content »

Effectuer ces incursions mentales dans des esprits et des corps non humains représente donc un paradoxe énonciatif, là où l’écriture permet de mettre en mots ce qui est de l’ordre de l’indicible. Le point de vue animal se manifeste en partie par le désir des personnages d’échapper à la vie humaine, ce qui donne lieu à « un questionnement et des hypothèses sur leur être-au-monde, imaginé avant tout comme une existence purement physiologique ».

Sophie Milcent-Lawson, dans « Énonciations animales dans l’œuvre de Marie Darrieussecq », repère plusieurs manifestations du devenir animal à travers l’énonciation linguistique. La première technique « consiste ainsi à donner à lire des pensées verbalisées tout en laissant entendre qu’il pourrait s’agir de celles de l’animal ». Le roman Bref séjour chez les vivants exemplifie bien ce processus de la pensée verbalisée :

« Et le chat. Tous les matins se réveillant en se disant que ça lui dit quelque chose ; se rappelant vaguement cet endroit, cette famille et ces odeurs, impressions enfouies sous la glu des neurones, comme on se souvient, nous, d’un rêve par éclats, ou d’une vie antérieure. Peut-être le chat se dit, si le chat se dit quelque chose, avoir déjà été chat ici dans une de ses sept vies. S’éveillant chaque jour au rêve qu’il a quitté en se disant tiens donc. Puis oubliant. D’où l’expression blasée du chat, qui habite en permanence le monde du déjà-vu »

Ainsi, il devient difficile pour le lectorat de clairement déterminer qui est l’énonciateur de cette pensée : le personnage qui rapporte la pensée verbalisée ou s’agit-il vraiment de la pensée de l’animal ? Ces remarques sur la verbalisation de la pensée animale supposent différents procédés linguistiques et discursifs de la pensée verbalisée partagée : « discours indirect libre, fusion transpécifique dans le vous empathique, énallage du pronom je, esquisse de discours rapporté formel mais dépourvu de contenu propositionnel. Ainsi, la verbalisation des pensées imaginées se trouve-t-elle prise en charge par un locuteur-relais humain ».

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