Ce Jour-là

Marie-Victorin

Religieux, éducateur, botaniste et auteur québécois

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Conrad Kirouac, en religion frère Marie-Victorin, né le 3 avril 1885 à Kingsey Falls et mort le 15 juillet 1944 à Saint-Hyacinthe, est un religieux, botaniste, enseignant, professeur d'université, intellectuel et écrivain québécois. Il est surtout connu pour ses travaux en botanique qui ont culminé avec la publication de sa Flore laurentienne et l'élaboration de l'herbier Marie-Victorin. Il est le fondateur du Jardin botanique de Montréal. Il est également associé à la fondation de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, créée en 1923 à Montréal.

Conrad est le fils de Cyrille Kirouac, un commerçant, et de Philomène Luneau. Il a cinq sœurs, dont Adelcie, connue sous le nom de mère Marie-des-Anges, cofondatrice du deuxième collège classique pour filles au Québec en 1925, le Collège Jésus-Marie de Sillery, ainsi que quatre frères, tous morts en bas âge. Il aura lui-même, tout au long de sa vie, une santé précaire. Lorsque Conrad a cinq ans, la famille s'installe à Québec, dans le quartier Saint-Sauveur. Cyrille devient marchand de farines et de grains, en intégrant l'entreprise fondée par son père, la F. Kirouac et Fils.

Formation et enseignement collégial

Conrad fait toutes ses études dans des institutions des Frères des écoles chrétiennes. Il suit son cours primaire à l'école de Saint-Sauveur, puis étudie à l’Académie commerciale de Québec à partir de 1898. Fortement marqué par l’œuvre d'éducation de cette communauté religieuse, il décide d'en faire partie, allant ainsi à l'encontre du souhait de son père qui le voyait plutôt suivre ses traces.

En juin 1901, à l’âge de 16 ans, il entre au noviciat du Mont-de-La-Salle à Montréal, sur l'emplacement même du futur Jardin botanique, où il se joint aux Frères des écoles chrétiennes et adopte le nom en religion de frère Marie-Victorin. Il se consacrera dorénavant à l'enseignement primaire et secondaire. Il commence à enseigner au Collège Saint-Jérôme en 1903. C'est durant cette période, alors qu'il est en convalescence après une crise hémorragique due à la tuberculose, qu'il développe un engouement durable pour la botanique à la suite de la lecture la Flore canadienne (1862) de l’abbé Léon Provancher. Dès l'année suivante, il organise des excursions afin de recueillir des spécimens végétaux.

Après son passage à Saint-Jérôme, Marie-Victorin est envoyé au Collège Saint-Léon de Westmount, avant d’être enseignant au Collège de Longueuil, où il demeure de 1904 à 1920. Nationaliste, il y fonde le cercle littéraire Cercle La Salle, affilié plus tard à l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française, permettant aux jeunes de développer leur sentiment nationaliste en participant à des représentations théâtrales mettant en scène des personnages historiques de la Nouvelle-France. Il écrit lui-même plusieurs pièces à saveur nationaliste, dont Charles Le Moyne (1910), un drame historique en trois actes, et Peuple sans histoire (1918), une nouvelle historique au sujet du rapport Durham.

En 1908, après quelques années d'herborisation, il publie un premier article scientifique dans Le Naturaliste canadien: « Addition à la flore d’Amérique ». Un second article paraît l'année suivante: « Contribution à l’étude de la flore de la province de Québec ». Marie-Victorin commence à tisser des liens avec des spécialistes en botanique nord-américains, comme Merritt L. Fernald, professeur à l’Université Harvard, et Francis Lloyd de l’Université McGill. Il publie en 1916 une première monographie scientifique : Flore du Témiscouata.

Yves Gingras résume bien cette première partie de la carrière de Marie-Victorin: « Jusqu’en 1920, année charnière qui le fait basculer subitement de l’enseignement secondaire à l’enseignement universitaire, Marie-Victorin s’intéresse autant à la littérature qu’à la nature. Par la suite son énergie sera entièrement consacrée à ses combats pour le développement scientifique du Québec ».

En 1920, un tournant décisif survient dans la carrière de Marie-Victorin. Il est nommé professeur agrégé de botanique à l’Université de Montréal lors de la création de la Faculté des sciences. Selon Yves Gingras, « à partir de ce moment, on peut même dire que sa biographie se confond avec l'histoire du mouvement scientifique des années 1920 et 1930 ».Même s'il n'a pas de diplôme universitaire et qu'il est autodidacte, sa crédibilité est déjà établie au sein de la discipline. Depuis 1908, rappelle Pierre Couture, « il a publié 39 notes, articles et un ouvrage scientifique sur la flore de la province de Québec et une soixantaine d’articles de vulgarisation ». En 1922, il soutient sa thèse de doctorat, « les Filicinées du Québec », et devient par la suite professeur titulaire. Jusqu'en 1928, il continuera à enseigner à temps partiel au Collège de Longueuil, même s'il consacre alors le plus clair de son temps à la recherche scientifique.

En 1920, il fonde le Laboratoire de botanique de l'Université de Montréal, qui deviendra en 1931 l'Institut de botanique. Il en sera le directeur jusqu'à sa mort. Il pourra former une nouvelle génération de chercheurs et aura pour le seconder dans son travail une équipe de collaborateurs.

Dès 1922, Marie-Victorin et ses collègues de la Société de biologie de Montréal se réunissent et se fixent pour objectif «l'étude et la vulgarisation des sciences biologiques, le développement des travaux de recherche et l'établissement de rapports scientifiques entre les biologistes canadiens et étrangers». Ces prémisses jettent les bases de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ou Acfas), qui entend coordonner le foisonnement des associations et sociétés savantes scientifiques de l'époque. Le Dr Léo Pariseau en assume la présidence. Marie-Victorin, pour sa part, en est le premier secrétaire.

« Pour grouper les forces et coordonner les travaux, pour stimuler et diriger, pour multiplier les points de contact entre des spécialités et des spécialistes qui risqueraient de s'ignorer et de se méconnaître, de grandes organisations dites "associations pour l'avancement des sciences" ont été créées un peu partout. On connaît les associations française, anglaise et américaine. Il y en a d'autres. La dernière-née est l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences. C'est un pas en avant décisif que nous venons de faire. C'est la mise en faisceau de nos modestes ressources, et la mise en valeur dans tous les domaines scientifiques des talents et des bonnes volontés qui ne manquent pas. Chez une nation si jeune d'espoir, [...] nul ne peut prévoir la portée d'une telle création. Nous savons seulement que désormais des cadres sont dressés, où vont s'organiser les travaux et les études de nos compatriotes. Nous savons encore que ce séculaire isolement du travailleur scientifique, isolement splendide mais désastreux, va cesser. »

En 1923, il fonde aussi la Société canadienne d'histoire naturelle, qui deviendra en quelque sorte la section botanique de l'Acfas. Il en sera d'abord le secrétaire puis, de 1925 à 1940, le président. Afin de diffuser les connaissances scientifiques auprès de la population en général, le frère Adrien Rivard, membre de la Société, crée en 1931 les Cercles des jeunes naturalistes, qui deviendront très vite populaires.

La création du Jardin botanique de Montréal

C'est à la fin des années 20 que Marie-Victorin entame ce qui sera le combat principal de sa vie: l'ouverture à Montréal d'un jardin botanique. Il en avait déjà discuté dans un article publié dans l'Action française, en 1919. C'est toutefois en 1929, au retour d'un long voyage à travers l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient, qu'il formule toutefois plus clairement son projet, dans une entrevue publiée dans Le Devoir.

« [...] le Frère revient "pénétré de la nécessité pour une ville comme Montréal et pour une université comme celle de Montréal, d'avoir un grand jardin botanique scientifiquement organisé, où l'étudiant comme l'amateur puissent apprendre quelque chose, où le peuple puisse goûter cette joie intime et pure qui montre d'un grand jardin où sont réunies pour la science et pour l'Art les grandes merveilles de Dieu. Des villes comme Cologne, le Cap, le Caire, des centres perdus comme Orotaba (Iles Canaries) ont d'admirables jardins botaniques. Pourquoi pas Montréal?" »

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