Marie Louise Béatrice d'Autriche-Este (dite également Marie-Ludovika), née à Monza le 14 décembre 1787 et morte à Vérone le 7 avril 1816, est une archiduchesse d'Autriche-Este, princesse de Modène, impératrice d'Autriche.
Une archiduchesse au temps de la Révolution française
Issue d'une branche cadette de la maison de Habsbourg-Lorraine, elle est la petite-fille de l'impératrice Marie-Thérèse « la Grande » et de son époux l'empereur François Ier du Saint-Empire.
Dixième et dernier enfant de l'archiduc Ferdinand d'Autriche-Este, gouverneur du Milanais et de Marie-Béatrice d'Este, duchesse souveraine de Massa et Carrara, et princesse de Modène et Reggio.
À sa naissance, ses oncles, Joseph II et Pierre-Léopold, règnent sur le Saint-Empire romain germanique et les États héréditaires de la "Maison d'Autriche" pour le premier, et sur la Toscane pour le second. Son grand-père Hercule III d'Este est le duc de Modène et Reggio et sa grand-mère Maria Teresa Cybo-Malaspina la duchesse de Massa et Carrara. Ses tantes sont Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas autrichiens, Marie-Amélie, duchesse de Parme, Marie-Caroline, reine de Naples et de Sicile, Marie-Antoinette, reine de France.
Quant aux aînés de ses cousins et cousines - d'aucuns portent le prénom Marie-Thérèse ou François en l'honneur de leurs grands-parents - si le grand-duc de Toscane vient de marier sa fille aînée Marie-Thérèse au frère cadet de l'électeur de Saxe, mariage dynastique correct pour une archiduchesse mais sans être brillant, son fils aîné l'archiduc François, appelé à succéder à leur oncle Joseph à la tête de l'Empire, s'apprête à épouser la princesse Élisabeth de Wurtemberg, sœur de la tsarine de Russie.
Le peu d'espérance d'une « cadette »
Issues d'une branche cadette, les archiduchesses de la branche d'Este, si elles sont destinées à épouser des membres d'autres Maisons souveraines, il est peu probable qu'elles puissent porter la couronne. Elles ne seront « utilisées » qu'en cas de défaillance de la branche aînée.
En 1789, la sœur aînée de Marie-Louise prénommée Marie-Thérèse épouse le duc d'Aoste, frère cadet du roi de Sardaigne. La sœur suivante, Marie-Léopoldine, épousera certes en 1795 un souverain en la personne de l'électeur de Bavière et de Palatinat mais elle le fera contre son gré et celui de leur mère : l'électeur, recherchant désespérément à concevoir un héritier, a cinquante-deux ans de plus que la jeune archiduchesse de 18 ans qui refusera de consommer son union.
Une enfant face à la révolution et la guerre
Entretemps est mort en 1790 l'empereur Joseph. Il a pour héritier son frère, Pierre-Léopold, grand-duc de Toscane. Celui-ci ne règne que deux ans. Son fils, l'archiduc François, veuf d’Élisabeth de Wurtemberg et remarié à sa cousine, fille du roi de Naples et de l'archiduchesse Marie-Caroline, prénommée Marie-Thérèse. Il devient empereur à l'âge de 24 ans.
Croyant sauver son trône, le roi Louis XVI de France, submergé par les troubles révolutionnaires, a déclaré la guerre à son neveu avant même qu'il ne soit couronné. En fait, cette guerre sera le tombeau de la monarchie française. En août 1792, le roi est déchu et la famille royale emprisonnée. Passés en jugement, l'ex-roi et l'ex-reine de France, oncle et tante de Marie-Louise et de l'empereur François, sont condamnés à mort et exécutés en 1793, l'ex-roi le 21 janvier, l'ex-reine, le 16 octobre. Marie-Louise a six ans et sa famille est scandalisée.
En 1796, les troupes françaises du général français Bonaparte pénètrent en Italie et chassent les souverains de leurs trônes. L'archiduc Ferdinand et sa famille trouvent refuge en Autriche auprès de leur neveu et chef de famille, le jeune empereur François II du Saint-Empire. Princes souverains, ils ne sont pas logés à la cour de Schönbrunn mais à Wiener Neustadt près de Vienne.
Dix ans plus tard, en 1806, s'éteint l'archiduc Ferdinand d'Autriche-Este, père de la jeune archiduchesse. Cette même année, l'empereur François II, vaincu par la France, dissout le millénaire Saint Empire Romain Germanique. Auparavant, pour ne pas perdre son influence face à l'empire Français et l'empire Russe, il a élevé son archiduché d'Autriche au rang d'Empire.
En 1807, il se retrouve veuf pour la seconde fois à l'âge de 39 ans.
Bien que pourvu d'une nombreuse progéniture, l'empereur cherche à se remarier. Sa droiture morale et son respect pour son peuple l'empêchent de prendre une maîtresse. Cependant, vaincu par la France et isolé en Europe, il redoute l'humiliation d'un refus des autres maisons souveraines alliées de gré ou de force à Napoléon.
Il demande donc la main de Marie-Louise, cette jeune cousine de 20 ans sa cadette, orpheline de père, maladive, exilée et sans dot et qui, ayant dépassé l'âge de 20 ans, peut craindre de rester célibataire mais qui lui plaît beaucoup. Il l'a effectivement rencontrée au cours de la visite qu'il a rendu à sa tante Marie-Béatrice après le décès l'archiduc Ferdinand.
Cependant la francophobie affichée de la jeune archiduchesse inquiète autant Napoléon Ier que l'ambassadeur d'Autriche en France, le comte de Metternich qui ne craint pas de montrer à son maître les lettres de la future impératrice. L'empereur ne se laisse pas influencer et le mariage a lieu le 6 janvier 1808.