Ce Jour-là

Marie-Claire Blais

Dramaturge oeuvrant au Québec

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Marie-Claire Blais est une écrivaine québécoise née le 5 octobre 1939 à Québec et morte le 30 novembre 2021 à Key West en Floride. Elle se fait connaître avec son premier roman La Belle bête, paru en 1959. Une Saison dans la vie d'Emmanuel, paru en 1965, remporte un très grand succès critique qui lui permet de se faire connaître sur la scène internationale. Autrice prolifique, elle publie de nombreux romans, pièces de théâtre, ainsi que des scénarios pour le cinéma et la télévision. Son œuvre romanesque la plus marquante est sa suite Soifs, s'échelonnant sur plus d'une dizaine d'ouvrages parus entre 1995 et 2020.

L'univers de Marie-Claire Blais est caractérisé par l’attention particulière qu’elle accorde aux marginaux et aux exclus, aux victimes de toute forme de discrimination, qu’elle soit fondée sur les origines sociales, le genre ou l’orientation sexuelle. Elle fait particulièrement figure de pionnière dans sa description des relations homosexuelles, tant masculines que féminines, et des destinées gay ou trans. Si Marie-Claire Blais observe avec une lucidité implacable les forces sombres qui animent la société – guerres, violences, abus –, au point où son œuvre a parfois été lue comme un constat pessimiste de l’expérience humaine, cette même œuvre représente en soi un appel à la compassion. En outre, Marie-Claire Blais a toujours célébré la force unificatrice et rédemptrice de l’art, de tous les arts.

Son œuvre a fait l'objet de nombreuses études. Elle a également remporté plusieurs prix littéraires, dont le prix Médicis en 1966. Elle est l'une des seules écrivaines québécoises à avoir remporté le prix littéraire du Gouverneur général à quatre reprises (en 1968, 1979, 1996 et 2008).

Marie-Claire Blais vient au monde dans la paroisse Saint-Fidèle, dans le quartier Limoilou, à Québec. Elle est l'aînée de cinq enfants nés de Fernando Blais et de Véronique Nolin. Elle grandit dans cette famille ouvrière. À l'âge d'onze ans, elle commence à écrire. En 1951, elle obtient une bourse d'études, lui permettant d'accéder au collège classique. Elle entre ainsi au couvent de Saint-Roch, chez les religieuses de la Congrégation, un milieu qu'elle juge très snob. Toutefois, elle profite de cet environnement pour assouvir sa plus grande passion : la lecture.

Dans un entretien, Marie-Claire Blais affirme avoir « subi » plutôt que suivi une instruction religieuse : « On nous a tellement enseigné la peur de Dieu et la peur de vivre… Les livres sont pour moi une évasion, une délivrance. J'essaie de créer un monde différent de moi ». De tempérament plutôt solitaire, elle ajoute : « Quand on a reçu l'éducation que j'ai eue, on se méfie de toutes les religions, même de celle de l'amour humain ».

Malgré le soutien moral de ses parents, sa situation financière ne lui permet pas de poursuivre ses études classiques. Après avoir complété son année de Belles-Lettres, à l'âge de quinze ans, elle se voit contraint d'abandonner l'école pour se trouver du travail. Elle est d'abord embauchée dans une fabrique de biscuits. Puis, après une année de formation commerciale, elle enchaîne les emplois de secrétaire, caissière de banque, commise de bureau et vendeuse. Tout en travaillant, elle suit un cours du soir en création littéraire à l'Université Laval. Elle y fait la rencontre de la professeure Jeanne Lapointe et du père Georges-Henri Lévesque, doyen de la faculté des Sciences sociales et vice-président du Conseil des arts du Canada à cette époque. Remarquant son talent naturel, les deux l'encouragent vivement à publier ses écrits.

Influencée par Françoise Sagan et le succès de son roman Bonjour tristesse, Marie-Claire Blais raconte en entrevue : « J'ai commencé à publier quelques années après Françoise Sagan. C'est elle qui m'a donné le courage de le faire. Elle avait pourtant des critiques sévères. On disait qu'elle était amorale. On n'aimait pas beaucoup à l'époque que les jeunes filles écrivent ». Animée par « [u]ne sorte d'instinct qui est peut-être amour pour les êtres », en particulier pour les « êtres anormaux […] isolés, maudits », Marie-Claire Blais fait paraître son premier roman, La Belle bête, en 1959.

L'histoire est centrée sur Louise, une riche veuve vivant sur une ferme avec ses deux enfants. Le premier, Patrice, est un adolescent d'une très grande beauté, mais dépourvu d'intelligence. Louise adore son fils au point de l'idolâtrer tout en méprisant sa fille Isabelle-Marie, travaillante, mais ayant un physique ingrat.

Patrice, à vingt-deux ans, est toujours aussi bête alors que sa mère Louise est malade et que son état ne cesse de s'aggraver. De son côté, Isabelle-Marie entretient une relation d'amour-haine avec sa fille Anne. Elle continue également à être jalouse et à détester son frère. Tandis que Louise se distrait de ses souffrances avec Patrice, Isabelle-Marie décide de s'en prendre à lui. Elle le brûle gravement au visage. Louise, qui trouve désormais son fils affreux, le rejette subitement. Un jour, Anne révèle à sa grand-mère comment Patrice a été défiguré. Louise confronte alors Isabelle-Marie. Celle-ci justifie son geste, mais en vain; Louise la chasse de la ferme familiale.

L'histoire se termine de façon tragique. Isabelle-Marie met le feu aux récoltes de la ferme maternelle, puis à sa mère à l'agonie, avant de se précipiter sous un train. Désespéré, abandonné, Patrice se jette dans le lac où il admirait jadis le reflet de sa beauté.

Dès sa parution, le roman suscite de fortes réactions. Au Québec, la plupart des critiques se montrent assez sévères. Bien qu'elles remarquent le talent de la jeune autrice, dans l'ensemble, elles demeurent déroutées par la haine, la jalousie et la violence de son univers, ainsi que par son décor relevant presque du conte ou de la fable, n'étant pas ancré dans un pays clairement identifié (comme le faisaient la majorité des écrivains au Québec, à cette époque). Gilles Marcotte, l'un des seuls à prendre la défense de la jeune autrice, relève de son côté :

« […] la sûreté d'expression, la fidélité à un rêve intérieur étrangement cruel et tendre, qui font de La Belle bête l'une des œuvres les plus saissantes parues ces dernières années au Canada français, et peut-être même au Canada. […] La logique interne, les articulations essentielles, et aussi l'écriture du roman manifestent dans l'ensemble une étonnante solidité. La Belle bête n'est du reste pas une œuvre isolée dans la littérature canadienne-française contemporaine. Elle se situe dans un climat de primitivité, de commencement du monde, où s'amorce également – mais pour s'ouvrir à une espérance de vie – le beau roman d'Anne Hébert, Les Chambres de bois ».

Malgré ces réactions perplexes, parfois même très violentes, du côté du Québec, le roman est traduit en anglais sous le titre Mad Shadows en 1960. Du côté du Canada anglais, les critiques se montrent davantage étonnées qu'élogieuses à l'endroit de Marie-Claire Blais. De son côté, le critique littéraire américain Edmund Wilson la prendra en affection, disant qu'elle était « un véritable phénomène, peut-être même un génie » dans un numéro spécial du New Yorker consacré aux auteurs du Canada français.

L'année suivante, en 1960, elle publie son deuxième roman, Tête blanche. Celui-ci tient également du conte et de la fable et poursuit l'exploration des relations dures, voire cruelles entre adultes et enfants.

Le roman raconte l'histoire d'Evans, dit « Tête blanche », un garçon de dix ans laissé à lui-même. Placé dans une pension chez un certain monsieur Brenner, loin de son père et de sa mère qui négligent de venir le visiter et de répondre à ses lettres, Tête blanche se défoule en s'en prenant méchamment à ses camarades. C'est du moins ce qu'il prétend dans plusieurs lettres qu'il adresse à sa mère. Aussi est-il difficile de déterminer s'il maltraite réellement ses camarades ou s'il se réclame d'un comportement violent pour attirer l'attention de sa mère. Entrant lentement dans l'adolescence, à l'âge de treize ans, il fait la rencontre d'une dénommée Émilie, une jeune fille également négligée par sa mère, souvent absente. Elle permet à Tête blanche de s'ouvrir à une part inconnue de lui-même. Les deux jeunes deviennent amoureux. Toutefois, un été, la mère d'Émilie rapatrie ses enfants auprès d'elle, ce qui les force à couper le contact. Le temps passe, sans qu'ils ne se revoient. Monsieur Brenner, constatant que Tête blanche avance en âge, souhaite maintenant que le garçon âgé de quinze ans s'émancipe. Pour prendre ses distances par rapport à lui, il le force à devenir externe du collège qu'il fréquente. Le roman s'achève avec Tête blanche, devenu un jeune homme, qui revoit un jour Émilie dans une foule, aux côtés d'un homme ayant sa main sur son épaule. Tête blanche pleure la perte d'Émilie, emportée dans « la nuit glacée ».

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