Maria Szurek-Wisti (1914-1980) est une linguiste et pédagogue polonaise établie en France, spécialiste de langue et littérature polonaise. Elle a fait sa carrière à l'Institut national des langues et civilisations orientales où elle a été successivement répétitrice, assistante, maître-assistante et professeur.
Née le 24 décembre 1914 à Cracovie (Pologne autrichienne), elle publie à Cracovie en 1937 son mémoire de maîtrise sur les traductions sous le titre Miriam – traducteur, monographie traitant des traductions poétiques de différentes littératures effectuées par le grand poète et critique Zenon Miriam Przesmycki, éphémère ministre de la culture et des beaux-arts. après l'indépendance recouvrée en 1918. Dans les revues littéraires polonaises, elle publie également avant la guerre des essais sur l'influence d'écrivains français sur la littérature polonaise (Baudelaire, Verlaine, Rimbaud). Sous l'impulsion de son mari d'alors, le slaviste Folmer Wisti (1908-2000), un institut danois a été officiellement fondé à Varsovie en 1937.
Arrivée à Paris en février 1940, dans le dessein d'y poursuivre ses études - une thèse sur le roman historique contemporain -, elle s'engage dans l'Association des femmes diplômées de l'université (AFDU) qui délivre aide matérielle et soutien aux réfugiées. Nommée lectrice de polonais à l'université de Montpellier en décembre 1940, elle y enseignera jusqu'à la suppression de ce poste en juin 1942. Arrêtée le 2 mars 1944 par la Gestapo avec tout le bureau grenoblois de la Croix-Rouge polonaise, elle est transportée à Romainville et ensuite déportée à Ravensbrück le 18 avril. Elle s'évade du camp de Ravensbrück le 7 mars 1945. « La voix des femmes doit être mieux entendue et respectée qu'avant pour que tous les sacrifices et toutes les souffrances ne soient pas vains et pour que l'avenir soit plus juste et plus humain » (lettre à Marie-Louise Puech du 12 juin 1944).
Maria Szurek-Wisti décide alors de rester en France et accepte un poste de professeur au lycée polonais de Houilles en janvier 1946, puis au lycée polonais de Paris. De 1947 à 1952, elle collabore avec le professeur Stanisław Wędkiewicz (pl) au Centre polonais de recherches scientifiques - Polska Stacja Naukowa, tout en reprenant des études à la Sorbonne, d'abord en langue et littérature françaises (1946-1949) puis en psychologie appliquée (1949-1954). Elle commence à travailler à l'École des langues orientales en 1952 et elle s'inscrit à l'École pratique des hautes études, où elle prépare de 1956 à 1963 une thèse sur les contacts littéraires et culturels entre la Pologne et la France entre 1765 et 1848. Elle prend en 1973 la suite d'Étienne Decaux, nommé à Nancy, à la tête de la section de polonais : de 1952 à 1980, elle y aura formé des générations entières d'étudiants.
Elle s'était engagée aussi dans le développement de plusieurs structures comme le Centre de recherches sur les Slaves de l'Ouest – devenu Centre d’étude de l’Europe médiane (d) (CEEM), aujourd'hui intégré dans le Centre de recherches Europes-Eurasie (d) (CREE) – et l'Amicale des polonisants au sein de l'Association des anciens élèves et amis des langues orientales (d).
Elle avait collaboré depuis sa jeunesse avec de grands universitaires polonais comme Jerzy Kuryłowicz, Zdzisław Stieber (pl), Stanisław Pigoń (pl), Kazimierz Wyka (pl). Elle avait également contribué à la signature d'une convention de coopération entre l'INALCO et l'université de Silésie.
Elle ne profite pas de sa retraite, sa disparition le 8 août 1980 intervenant quelques semaines avant la date officielle de passation de fonction à Hélène Wlodarczyk (pl).
Elle est inhumée au cimetière parisien de Thiais.
Son dynamisme, son humour et son énergie ont fait beaucoup pour la diffusion des études polonaises en France.
Son grand-père maternel Władysław Kozłowski est le frère de l'architecte réputé Karol Kozłowski (pl), qui avait effectué une partie de sa scolarité au lycée de Douai.
Chevalier de la Légion d'honneur,
Croix du combattant volontaire de la Résistance,
Médaille de la déportation pour faits de Résistance,
ouvrages de Maria Szurek-Wisti disponibles en bibliothèque
(pl) Miriam - tłumacz. 1937. Cracovie, Drukarnia W. L. Anczyca i Spółki. 192 p.
Le paysan dans la littérature polonaise du XVIe au XXe siècle (avec Folmer Wisti), premier prix de l'Université d'Aarhus.
Quelques remarques sur les problèmes théoriques de la traduction en Pologne à l'époque romantique, in Communications de la délégation française au Congrès international des slavistes, Institut d'études slaves. 1973
publications sur Maria Szurek-Wisti