Maria Stromberger, née le 16 mars 1898 à Metnitz et morte le 18 mai 1957 à Bregenz, est une infirmière autrichienne surtout connue pour avoir soutenu les détenus et leur mouvement de résistance au camp de concentration d'Auschwitz pendant la Shoah. Après avoir suivi une formation d’infirmière à la fin des années 1930, elle apprend les mauvais traitements infligés aux Juifs et à d’autres personnes dans la Pologne occupée par les nazis . Souhaitant aider les persécutés, elle demande son transfert en Pologne et accepte le poste d'infirmière en chef des officiers SS du camp pour aider les détenus.
Maria Stromberger est la fille de Maria Lapeiner et de Franz Seraphin Stromberger. Elle est la plus jeune de neuf enfants, dont trois sont morts en bas âge. Elle est élevée dans une famille catholique. Sa mère possède et exploite une auberge , tandis que son père travaille comme commis pour un marchand. La famille occupe une position privilégiée parmi les rares propriétaires fonciers de la ville, ayant hérité de maisons par les deux lignées parentales. Les Stromberger quittent Metnitz en 1899 et s'installent à Emmersdorf. Maria Stromberger tombe gravement malade à l'âge de six ans, mais se rétablit alors que l'on la croyait condamnée. La famille déménage un peu plus tard à Kappel am Krappfeld. Elle suit une formation d'institutrice peu avant la Première Guerre mondiale, mais ne fera pas carrière dans l'enseignement.
Maria Stromberger manifeste son intérêt pour une carrière d'infirmière depuis son enfance, mais elle ne commence ses études qu'en novembre 1937, à l'âge de 39 ans, au Sanatorium Bregenz-Mehrerau avant de se former pendant un an au sanatorium Mehrerau. C'est à cette époque que l'Autriche est annexée par l'Allemagne nazie. On ne sait pas si sa formation comprenait un programme nazi sur la conception nazie de la race et de la génétique. Elle fréquente ensuite une école d'infirmières à Heilbronn de 1939 à 1940. Maria Stromberger commence son premier emploi d'infirmière à l'hôpital du district de Klagenfurt am Wörthersee le 10 octobre 1940.
Le 10 septembre 1941, elle part travailler à Amlach au Bezirkskrankenhaus, où elle s'occupe des blessés de la Wehrmacht . C'est là qu'elle apprend les mauvaises conditions de vie dans la Pologne occupée par les nazis. Profondément catholique, par charité chrétienne, elle demande son transfert en Pologne, qui est accepté le 1er mai 1942.
Le 1er juillet 1942, Maria Stromberger commence son service dans un hôpital spécialisé dans les maladies infectieuses à Chorzów. Parmi ses premiers patients figurent deux anciens détenus du camp de concentration d'Auschwitz atteints du typhus. Dans leur délire, ils parlent du camp. Après avoir récupéré, ils lui expliquent ce qu'ils ont enduré à Auschwitz et la supplie de garder le secret, pour ne pas mettre leur vie en danger. Lorsqu'elle apprend qu’il y avait des infirmières à Auschwitz, elle demande son transfert au camp malgré l'opposition de son médecin-chef et de sa famille. L'administration, percevant sa motivation comme une dévotion idéologique au national-socialisme, approuve sa demande. Aucun effort n’est fait pour vérifier si elle est membre du parti nazi, et il n’existe aucune preuve qu’elle l'ait jamais été.
Camp de concentration d'Auschwitz
Marie Stromberger arrive à Auschwitz le 1er octobre 1942, en tant qu'infirmière de la Croix-Rouge allemande. Robert Mulka, un Hauptsturmführer, lui souhaite la bienvenue au camp et l'informe de son fonctionnement, tout en soulignant l'importance du secret. Elle est obligée de signer deux documents de confidentialité, dont un lui interdisant d'avoir des conversations avec les détenus ou de transmettre des messages en leur nom à l'extérieur du camp. Robert Mulka la prévient qu'elle « risque sa tête » si elle divulgue des informations sur le camp.
Maria Stromberger commence son travail le 30 octobre. Elle est affectée comme infirmière en chef pour les officiers (SS). Son intention initiale est de soigner les détenus, mais elle découvre qu'ils reçoivent des soins uniquement par des médecins détenus. Elle travaille à l'infirmerie SS où elle dirige les infirmières et les détenues qui y travaillent et dépend directement au chef du département médical du camp, Eduard Wirths. Outre les détenus, il y a environ une douzaine d'infirmières à l'infirmerie. Maria Stromberger est une cheffe stricte, conservant un comportement réservé et exigeant beaucoup de travail de la part de ceux qui sont sous son autorité. Elle arrive au milieu d'une épidémie de typhus à Auschwitz et la gravité de l'épidémie ainsi que le manque d'expertise en maladies infectieuses parmi le personnel médical font qu'elle devient rapidement indispensable. Depuis l'infirmerie, elle voit les détenus être transportés vers les chambres à gaz et les SS sur le toit avec le Zyclon B pour les exécuter. Elle peut les entendre crier alors qu'ils sont emmenés.
Gagner la confiance des détenus
Bien qu'elle ne soit pas autorisée à soigner les détenus, Maria Stromberger dialogue avec ceux qui travaillent à l'infirmerie SS. Ils se méfient d'elle depuis son arrivée. Elle gagne d'abord la confiance d'Edek Pys, qui travaille dans la cuisine de l'infirmerie. Alors qu'elle se tient près d'une fenêtre, Maria Stromberger voit une détenue se précipiter dans une clôture électrique et se faire abattre. Elle demande à Edek Pys pourquoi la détenue a fait cela. Il lui explique les conditions du camp et pourquoi tant de détenus se suicident.
Edek Pys l'encourage à observer l'appel du soir, car la plupart des détenus sont dans un état pire que ceux avec lesquels elle travaille. Elle voit alors des détenus visiblement affamés et les corps de ceux qui sont morts en travaillant ce jour-là. Un autre détenu lui a demandé d'observer les membres des SS battre et mutiler des enfants juifs. Sa santé mentale est gravement affectée par cette vision et elle doit prendre plusieurs jours de congé de maladie. Les détenus commencent à lui faire confiance lorsqu'ils comprennent qu'elle ressent de l'horreur envers les SS. Dans un acte de défi, elle utilise son dialecte autrichien malgré l'interdiction nazie.
Elle prouve qu'elle mérite la confiance des détenus quand elle couvre deux d'entre eux ayant détourné du lait destiné aux officier SS. Elle affirme que c'est elle qui a donné l'ordre de détruire le lait avarié et propose à l'officier SS qu'il le boive s'il en doutait. Sans son intervention, les deux détenus auraient été condamnés à mort. Grâce au bouche à oreille, Maria Stromberger acquiert la confiance des détenus qui se renforce quand elle apporte son aide à Zbigniew Raynoch, un résistant polonais, dont la santé fragile, à son entrée dans le camp, lui donne peu de chances de survie.
Edek Pys devient le principal contact de Maria Stromberger parmi les détenus, et par son intermédiaire, elle entre en contact avec plusieurs autres détenus qui travaillent dans les quartiers des officiers SS. Elle a notamment contacté en secret Artur Radvanský, Kazimierz Albin, Hermann Langbein, Tadeusz Pietrzykowski et Stanisław Kłodziński. Elle estime que la charité chrétienne l'oblige à subvenir aux besoins des détenus. Elle programme ses visites dans différentes parties du camp de telle sorte qu'elles ne coïncident pas avec une présence SS, ce qui lui permet de fournir de la nourriture, des médicaments et des informations aux détenus pendant qu'elle vaque à ses tâches. Elle travaille avec Edek Pys et Edugeniusz Niedojadlo, pour détourner de la nourriture destinée aux officiers SS dont certaines des allocations spéciales réservées aux officiers infectés par le typhus, comme le chocolat et le champagne. Lorsqu'on l'avertit qu'elle risque d'être tuée pour ce qu'elle fait, elle répond que des personnes plus importantes sont déjà en train d'être tuées. Elle donne une clé de la pharmacie à Pietrzykowski afin qu'il puisse subtiliser des médicaments pour les autres en cas de besoin. Pour protéger les détenus travaillant à l'infirmerie de l'appel du soir, un rassemblement pouvant être mortel, qui dure des heures, elle insiste sur le fait qu'elle a besoin d'aide plus tard dans la nuit et les garde jusqu'à la fin de l'appel.