María-Felicia García, dite la Malibran, née le 24 mars 1808 à Paris et morte le 23 septembre 1836 à Manchester, est une artiste lyrique française (mezzo-soprano) d'origine espagnole.
María de la Felicídad García naît la nuit du 24 mars 1808 à Paris, au 3, rue de Condé. Elle est la fille de Manuel Garcia, ténor célèbre à l'époque, né en 1775 à Séville, et de Joaquína Sitchez, chanteuse soprano, née en 1780 à Barcelone.
Elle est la sœur ainée de Pauline Viardot, plus jeune qu'elle de 13 ans.
Les trois premières années de Maria se déroulent paisiblement dans un foyer « uni et aisé ». Son père rayonne autant sur scène, au Théâtre des Italiens, que dans les salons mondains, tandis que Maria fait ses premiers pas au jardin du Luxembourg et qu'un peu plus tard, sa mère lui apprend à lire, écrire, et compter.
En 1811, la famille Garcia déménage à Naples, où le père de Maria a été appelé par le roi Joachim Murat qui vient de le nommer maître de sa chapelle privée après l'avoir écouté au San Carlo. Avant le départ, Manuel remporte un dernier succès dans la capitale française, à l'occasion des festivités données en l'honneur de la naissance de l’Aiglon, fils de Napoléon et de Marie-Louise d'Autriche. La famille Garcia passe quatre années à Naples, « totalement rythmées par la musique ». Manuel Garcia et sa femme se produisent régulièrement au San Carlo, tandis que leurs deux premiers enfants, Manuel Garcia fils ainsi que Maria, apprennent le solfège et la musique avec le pianiste Hérold et le compositeur Panseron. Maria impressionne beaucoup Hérold qui écrit dans ses Mémoires : « Depuis Mozart, on n'a jamais vu de vocation si énergiquement prononcée pour la musique. ».
En 1813, Maria, alors âgée de cinq ans, fait ses premiers pas sur scène en jouant un rôle secondaire dans L’Agnese (Agnès), de Ferdinando Paër, qui consiste à apporter une lettre à son père lorsqu'il chante avec la soprano ; son petit-neveu, Louis Héritte de la Tour, raconte qu'un soir, la soprano a une défaillance et que Maria prend sa suite en chantant l'air au pied levé, à la stupéfaction et à la grande joie du public. À Naples, Manuel Garcia fait également la connaissance de personnages importants, dont le ténor âgé Giovanni Ansani, avec lequel Manuel perfectionne son chant, et Rossini, alors à ses débuts, et avec qui Manuel Garcia et Maria resteront amis à vie.
En 1815, c’est la chute de l'Empire français, suivie de celle des Murat. Les Bourbons reprennent possession du trône de Naples. Les Murat détrônés, l'engagement de Garcia ne tient plus. Il s'en va donc avec sa famille et Rossini à Rome. L'hiver de cette même année, à la demande du duc de Sforza-Cesarini, Rossini compose Le Barbier de Séville. Le rôle du comte Almaviva est attribué à Manuel Garcia.
En 1816, la famille Garcia revient à Paris, où Manuel ouvre une école de chant au Palais-Royal, rue de Louvois. Sa notoriété et sa technique lui attirent des élèves qui feront de carrière, tel le ténor Adolphe Nourrit. Il fait également la formation vocale de Maria, mais la voix de sa fille est rebelle. Le père et la fille ont tous les deux un caractère fort, aussi les leçons tournent-elles la plupart du temps au conflit. Son père lui impose un enseignement terrifiant, tant par son rythme que par son exigence : Maria ne doit manger que ce qui est bon pour sa voix, il lui interdit de se promener, de faire la grasse matinée, d'aller rire et s'amuser avec d'autres filles de son âge – elle se doit déjà corps et âme au chant.
En 1824, les Garcia partent pour Londres, où le père de Maria a été engagé pour chanter les opéras de Rossini au King's Theatre. Le grand lancement de Maria a lieu en 1825. Le 7 juin de cette année-là, Giovanni Battista Velluti, le dernier des grands castrats, se produit au King's Theatre. Parmi les œuvres interprétées figure le duo de Roméo et Juliette, de Zingarelli ; mais aucune soprano ne veut se mesurer à la voix et la ligne vocale sans failles du chanteur. Le directeur du théâtre, John Ebers (en), cherche alors une voix capable de relever le défi, et demande l'aide de Garcia, qui propose sa fille de dix-sept ans. Le directeur accepte. Le soir de la représentation arrive, et Velluti lance son fameux « canto fiorito » – art d'enjoliver la partition en ajoutant plus de nuances, de modulations, de vocalises et d'effets de rythme que Velluti possédait à un très haut degré, et qui a fait sa célébrité. Lorsque vient le tour de Maria pour chanter, celle-ci ajoute encore plus de fioritures que le chanteur. Le public lui fait une telle ovation qu'en sortant de scène, Velluti, jaloux, lui pince le bras avec véhémence, en la traitant de briccona (« coquine »).
Voyant le grand succès de Maria, John Ebers l’engage pour chanter Rosine du Barbier de Séville. Ce rôle, dans lequel elle débute à partir du 25 juin de cette même année, et qu'elle chante pendant six semaines, lui permet de connaître un succès qui s'amplifie au fur et à mesure des représentations. Il croît aussi lorsque Maria chante, avec la troupe de son père, Il crociato in Egitto (Le Croisé en Égypte) de Meyerbeer dans le rôle de Felicia à Londres, Manchester, et Liverpool.
Installation à New York et mariage avec Eugène Malibran
À Liverpool, le 1er octobre 1825, la famille Garcia et sa troupe embarquent dans un brick de la Black Ball Company en partance pour New York, désirant faire découvrir l'opéra aux Américains. Ils y arrivent le 6 novembre, après trente-sept jours de navigation dans des conditions difficiles, et s'installent dans un hôtel qui leur a été réservé par Stephen Price (en), directeur du Park Theatre (en) de Manhattan, qui, avec le librettiste de Mozart, Lorenzo Da Ponte, et le milliardaire Dominick Lynch (en), grand amateur d’opéra et importateur de vins français, est à l'origine de ce voyage. Le 29 novembre 1825, la troupe représente Le Barbier de Séville. C'est un triomphe. La troupe amasse une recette de trois mille dollars, une somme élevée pour l'époque. Les mois suivants la troupe joue successivement à New York : Tancrède, Othello, Cendrillon et Le Turc en Italie de Rossini, Roméo et Juliette de Zingarelli, ainsi que deux opéras de Garcia, L'Amante Têtue et La Fille de l'air, et pour finir Don Giovanni de Mozart, le 23 mai 1826. Tous furent accueillis avec enthousiasme.
La beauté de Maria séduit à New York. Le premier homme à la courtiser est le poète Fitz-Greene Halleck (en). Mais le père de Maria ne l'apprécie pas et voyant que Maria n’est pas insensible au charme du poète, le somme d'arrêter ses avances. Puis vient Eugène Malibran. Il fait sa cour avec respect, et n'oublie jamais, à chacune de ses visites, « d'apporter des fleurs, des chocolats, et autres friandises. » Au bout de quatre mois, Maria est conquise, et veut se marier avec lui, surtout, selon son fils, pour échapper à la férule paternelle. Au début, ses parents refusent — Eugène Malibran a une cinquantaine d'années et María, pas encore 18 ans — puis, après quelques disputes, son père finit par accepter. Le mariage est prononcé par le consul de France à New-York, le 23 mars 1826. Avec son époux, Maria s'initie au sport. Il lui apprend à nager et à monter à cheval. L'équitation va d'ailleurs devenir sa seconde passion après le chant.
Mais la scène lui manque. De plus, les affaires de son mari, qui a manifestement menti sur la réalité de ses finances, vont très mal : il est au bord de la faillite, et la dot de Maria ne suffit pas à renflouer sa trésorerie. Maria tente de remonter ses finances en créant une troupe qui se produit sur la scène du Bowery Theater (en). Cette fois, elle abandonne le répertoire italien et choisit de jouer les comédies légères françaises et anglaises, plus faciles à monter. Le succès est immense. Maria l'entretient en chantant dans les églises le dimanche. Elle est bientôt engagée à Philadelphie. Son mari à nouveau en faillite, Maria le quitte et s'embarque pour la France au début de novembre. Elle débarque au Havre le 28 novembre 1827.
Elle fait son retour sur la scène parisienne durant l'hiver 1828, lors d'un concert de charité, à la salle du conservatoire de la rue Bleue. C'est un succès. Elle s'installe, au numéro 23 de la rue Neuve-Saint-Eustache, chez ses deux belles-sœurs, avec lesquelles elle devient amie. Mais celles-ci la surveillent pour le compte de leur frère, le mari de Maria. Le découvrant, elle écrira à son mari : « Si j'avais des dispositions à être mauvaise ou à me laisser entraîner par la séduction, tu serais là, le Père éternel y serait aussi que cela ne ferait rien ! […] Je ne veux que ce qui est bien. Quand bien même les anges du ciel viendraient me tenter, je résisterais comme saint Antoine. ».