Marguerite de Launay, plus couramment appelée Rose Delaunay du nom de sa mère, est née le 30 août 1684 à Paris et morte le 15 juin 1750 à Sceaux. Baronne de Staal par son mariage, c'est une mémorialiste et femme de lettres française.
De condition modeste, Marguerite de Launay était la fille d'un peintre français mort en Angleterre. Sa mère, n'ayant pas les moyens de l'élever, l'abandonne très jeune dans le couvent de Saint-Sauveur-d'Evreux en Normandie. Elle est dès lors confiée à Madame de Grieu qui se retrouve nommée au prieuré Saint-Louis de Rouen, où elle emmène sa protégée.
Rose Delaunay est une enfant instruite et mature pour son âge, qui ne manque de rien tant elle est choyée par les dames du couvent qui voient en elle une enfant extraordinaire. La jeune fille reçoit une éducation de qualité, ce qui contraste avec ses origines modestes. Elle est autodidacte mais a aussi des maîtres engagés par les religieuses qui veulent lui conférer la meilleure éducation possible. Pour s'instruire, elle lit énormément de livres dans la bibliothèque du couvent, notamment des livres de piété, ce qui l'inspire pendant à temps à devenir religieuse[pas clair]. Ces lectures lui ont permis de se former une culture littéraire importante, ce qui lui permet par la suite de s'insérer au sein de l'élite. Elle étudie également la philosophie de Descartes, la poésie et la géométrie.
Au service de la duchesse du Maine
À la mort de l'abbesse du couvent de Rouen, Rose Delaunay suit Madame de Grieu au couvent de la Présentation à Paris. Elle espère trouver dans la capitale une place de gouvernante dans une maison importante. Cependant, du fait de son origine modeste, peu de possibilités s'offrent à elle en termes de carrière. Ainsi, elle est mise en relation avec Marie de La Ferté-Senneterre, duchesse de La Ferté (1654-1726), gouvernante des enfants royaux. Il est dans un premier temps décidé que la jeune fille pourra contribuer à l'éducation de l'enfant de la Dauphine, Marie-Adélaïde de Savoie, épouse du petit-fils de Louis XIV, si celui-ci est une fille. Cependant, l'enfant est un garçon (c'est le futur Louis XV). Finalement, Mademoiselle Delaunay est engagée au service de la duchesse du Maine en 1711, au grand désarroi de la duchesse de la Ferté qui voulait la garder sous sa protection.
Cependant, malgré ses brillantes qualités littéraires, elle est engagée comme femme de chambre, ce qui est un véritable coup dur pour la jeune femme qui partage son temps entre Versailles et la cour de Sceaux. Finalement, Madame Delaunay est peu à peu promue et monte en grade quand la duchesse remarque enfin ses talents littéraires. En effet, suite à une lettre de la duchesse à Fontenelle, rédigée par Mademoiselle Delaunay au sujet de Mademoiselle Tetar, la cour vante les mérites de Rose. La duchesse prend conscience que les capacités de sa femme de chambre pourraient être mises plus dignement à son service. Mademoiselle Delaunay devient alors la secrétaire non officielle de la duchesse, sa lectrice, mais également l’organisatrice de ses plaisirs en planifiant les Grandes Nuits de Sceaux. Sa place auprès de la duchesse lui permet également d'être chevalière de la Mouche à Miel.
Madame de Staal-Delaunay se révèle aussi comme écrivaine. Elle a en effet été l'autrice de deux comédies présentées lors des Grandes Nuits de Sceaux, intitulées L'Engouement et La Mode, et rédige ses Mémoires entre 1736 et 1740.
Madame de Staal-Delaunay à la Bastille
En décembre 1718, Madame de Staal-Delaunay est arrêtée et emmenée à la Bastille pour sa complicité dans la conspiration de Cellamare. Contrairement à toute attente, Madame Delaunay se plaît fortement à la Bastille. Elle est particulièrement bien traitée en prison, avec l’aide de M. de Maisonrouge, le lieutenant du roi, qui s’est épris d’elle et comble tous ses désirs. De plus, elle vit une idylle avec le chevalier de Ménil, lui aussi arrêté dans le cadre de la conspiration. Elle trouve de meilleures conditions de vie en prison que chez la duchesse et se déclare alors « comblée de liberté ». Elle décrit sa vie comme étant douce et tranquille, dans cette paisible demeure. Ses Mémoires (rédigés à la fin des années 1730) ont contribué à donner à la Bastille une « légende rose », puisqu'elle y donne une image très enjolivée des conditions de détention d’une prisonnière privilégiée.
Libérée, elle reprit sa place près de la duchesse et épousa le baron Jean-Jacques de Staal (Johann-Jakob vom Staal, 2 février 1677 - 29 décembre 1761), officier suisse (originaire de Soleure), son aîné de 7 ans, maréchal de camp du duc du Maine.
Mémoires de Madame de Staal-Delaunay sur la société française au temps de la Régence, édition par Gérard Doscot, Mercure de France, Le Temps retrouvé, 1970 ; nouvelle édition 2001
Mémoires de Madame de Staal, écrits par elle-même. Tome premier [à quatrième] - À Londres [s.n.] 1755. [BM Senlis]
La Bastille sous la régence, Paris, Arthème Fayard, 1910
L'Engouement & La Mode - Comédies en trois actes, texte établi et annoté par Jacques Cormier, Paris, L'Harmattan, 2005 ; L'Engouement, éd. Gabrielle Verdier, in Aurore Evain, Perry Gethner et Henriette Goldwyn (dir.), Théâtre de femmes de l'Ancien Régime, Paris, Classiques Garnier, rééd. "Classiques Jaunes", 2025, t. 4.
Lettres [de Mlle Delaunai (Mme de Staal)] au chevalier de Ménil, au marquis de Silly, et à M. d'Héricourt, Paris, Léopold Collin libraire, 1806
Mémoires de jeunesse, Éd. et préf. de Chantal Thomas, Paris, Mercure de France, 1996
Mémoires de Mme de Staal-Delaunay, Paris, Mercure de France, 1970
Une Idylle à la Bastille, Paris, Bibliothèque mondiale, 1958