Ce Jour-là

Marguerite Yourcenar

Femme de lettres française

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Marguerite Yourcenar, pseudonyme de Marguerite Cleenewerck de Crayencour, née le 8 juin 1903 à Bruxelles (Belgique) et morte le 17 décembre 1987 à Bar Harbor dans l'État du Maine (États-Unis), est une femme de lettres et académicienne française (naturalisée américaine en 1947). Romancière, nouvelliste et autobiographe, elle est aussi poète, traductrice, essayiste et critique littéraire.

Elle est la première femme élue membre de l'Académie française en 1980 et la première femme dont l’œuvre est publiée de son vivant dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1982.

Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour — ce dernier nom, celui d'une terre acquise par la famille, est adjoint au patronyme au XVIIIe siècle — est née dans une maison de l'avenue Louise, à Bruxelles, d'un père originaire de la Flandre française et issu d'une famille de l'ancienne bourgeoisie, Michel Cleenewerck de Crayencour, et d'une mère issue de la noblesse belge, Fernande de Cartier de Marchienne, qui meurt dix jours après la naissance de l'enfant. Elle est la nièce d'Émile de Cartier de Marchienne, ambassadeur belge en poste à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale.

Marguerite est élevée par une bonne, Barbara, chez sa grand-mère paternelle Noémie Dufresne (dont elle fait, dans Archives du Nord, un portrait acide). Son père, un notable anticonformiste, cultivé et grand voyageur, est souvent absent et joue sa fortune au casino. Elle passe ses hivers dans l'hôtel particulier de sa grand-mère rue Marais à Lille et ses étés, jusqu'à la Première Guerre mondiale, dans le château familial situé au sommet du mont Noir dans la commune de Saint-Jans-Cappel (Nord), construit en 1824 par son arrière-grand-père Amable Dufresne (1801-1875) et qui restera la propriété de la famille Dufresne jusqu'à la mort de Noémie en 1909.

Michel Cleenewerck de Crayencour, le père de Marguerite Yourcenar, le vend en 1913, peu de temps après en avoir hérité. Le château sera détruit lors des combats de la Première Guerre mondiale.

Lorsqu'elle a 9 ans, elle emménage à Paris avec son père et une nouvelle bonne, Camille, s'occupe d'elle. Marguerite va au théâtre, au musée, lit les livres, comme Tolstoï, que son père lui propose à la lecture. Pendant la Première Guerre mondiale, le père et la fille se rendent en Belgique, puis en Angleterre, et reviennent à Paris en 1915.

Marguerite Yourcenar n'est jamais allée à l’école, elle reçoit une éducation à domicile. Toutefois, son père lui donne une éducation humaniste qui lui servira grandement pour sa future carrière. Elle apprend le grec avec un professeur et s’initie seule au latin et à l’italien. En 1919, elle passe la première partie du baccalauréat en candidate libre à Aix-en-Provence avec la mention passable, et ne se présentera pas à la seconde partie.

Son premier poème dialogué, Le Jardin des chimères, est publié à compte d'auteur en 1921 et signé Marg Yourcenar.

Yourcenar, anagramme de Crayencour à l'omission d'un C près, est le pseudonyme qu'elle s'est donné avec l'aide et l'accord de son père et qui deviendra son patronyme légal en 1947 lorsqu'elle recevra la nationalité américaine.

Elle accompagne son père dans ses voyages : Londres pendant la Première Guerre mondiale, le Midi de la France, la Suisse, l'Italie où elle découvre avec lui la villa d'Hadrien à Tivoli. Elle l'observe, assiste à ses amours dont elle fera la trame de Quoi ? L'Éternité.

En 1929, elle publie son premier roman inspiré d'André Gide, d'un style précis et classique, sous son pseudonyme : Alexis ou le Traité du vain combat. Il s'agit d'une longue lettre dans laquelle un homme, musicien renommé, confie à son épouse son homosexualité et sa décision de la quitter dans un souci de vérité et de franchise. La « Monique » du texte n'est autre que le grand amour du père de Yourcenar, par ailleurs ancienne condisciple de sa mère, Jeanne de Vietinghoff.

Après le décès de son père en 1929 (il a eu le temps de lire le premier roman de sa fille), Marguerite Yourcenar mène dans les années 1930 une vie bohème entre Paris, Lausanne, Athènes, les îles grecques, Istanbul, Bruxelles, l'Italie, etc. Elle fréquente un bar de lesbiennes, rue du Mont-Thabor à Paris, et noue des liaisons avec des femmes dont Lucy Kyriakos.

En 1930, André Fraigneau, alors jeune écrivain et éditeur chez Grasset, découvre l’essai de Yourcenar sur le poète grec antique Pindare, un manuscrit jamais publié. Il joue un rôle décisif dans la carrière de la jeune écrivaine en publiant Pindare, La Nouvelle Eurydice, La mort conduit l’attelage ainsi qu'une première version de Denier du rêve, Feux et Les Songes et les Sorts. André Fraigneau la conseille, l’édite, et l'incite à découvrir la Grèce qui devient un point focal de sa vie entre 1932 et 1939.

Elle éprouve pour lui une passion amoureuse intense et destructrice, mais Fraigneau préfère les hommes, un aspect qui le rend encore plus désirable à ses yeux. Elle décrit dans Feux, paru en 1936, cette impossible passion. Le roman est composé de textes d'inspiration mythologique ou religieuse entrecoupées d'apophtegmes, où l'autrice traite sur différents modes le thème du désespoir amoureux et des souffrances sentimentales. Elle reprend ce thème plus tard dans Le Coup de grâce, paru en 1939, peu après sa rencontre avec Grace Frick, un court roman sur un trio amoureux ayant pour cadre la Courlande en 1919 pendant la guerre d'indépendance lettonne et la lutte des corps francs allemands contre les forces bolcheviques. Comme La Nouvelle Eurydice, ce roman honore les qualités de conteuse et de moraliste de l'autrice. Un public traditionaliste et cultivé est toujours sensible aux dons d'écriture, la pudeur sentimentale et la finesse analytique.

Lorsqu'elle apprend la visite en 1941 de Fraigneau en Allemagne, sur invitation de Joseph Goebbels, elle rompt définitivement avec lui et l'efface de sa vie. Son nom n'apparaît pas dans la chronologie du premier volume de la « Pléiade » sur Yourcenar, paru de son vivant en 1982.

En 1937, elle rencontre à Londres Virginia Woolf dont elle traduit le roman Les Vagues. Cependant, Yourcenar considère le travail de traduction presque comme un travail de co-écriture avec l'auteur, et de nombreux traducteurs feront la remarque que, du fait des libertés qu'elle prend, elle traduit les œuvres dans son style plus qu'autre chose. À son retour à Paris, elle fait la connaissance de Grace Frick qui deviendra sa future compagne pour plus de 40 ans. C'est aussi en 1937 qu'elle part pour la première fois aux États-Unis.

C'est chez Gallimard qu'elle publie en 1938 Nouvelles orientales, un recueil regroupant dix nouvelles historiques ou fantastiques, publiées précédemment dans des revues littéraires. L'ouvrage est dédié au poète grec André Embiricos (1902-1975) avec lequel elle a voyagé. La nature exacte de leur relation, qui s’interrompt en 1939, n'est pas connue.

La bisexualité de Marguerite Yourcenar est affirmée pour certains, notamment avec sa relation avec Grace Frick, sa traductrice, avec qui elle vit jusqu'en 1979; mais qui est remise en question par certains. Elle n'utilise pas le terme homosexuel(le) et refuse les termes strictement médicaux (à une époque où l'homosexualité est considérée comme une maladie mentale) ou pornographique ; à la place, elle revendique une "liberté d'aimer"

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