Marguerite Bourgeoys, en religion sœur Marguerite du Saint-Sacrement, née le 17 avril 1620 à Troyes et morte le 12 janvier 1700 à Ville-Marie, est la première enseignante de Montréal et la fondatrice de la congrégation de Notre-Dame de Montréal, première communauté de religieuses libres (c'est-à-dire non cloîtrées) de la Nouvelle-France.
Elle est canonisée le 31 octobre 1982 par Jean-Paul II ; sa fête est commémorée le 12 janvier selon le Martyrologe romain.
Enfance et départ pour le Canada
« Marguerite Bourgeoys naît en France au siècle de la guerre de Trente Ans et de la Fronde, au temps des puissantes et méthodiques réalisations de Richelieu et de Colbert, au temps des grands mystiques de l’École française, Jean-Jacques Olier, Pierre de Bérulle, Charles de Condren. Marquée par son milieu et son temps, Marguerite Bourgeoys sera à la fois grande réaliste et profonde mystique. Elle y prendra aussi figure d’avant-garde »
Marguerite Bourgeoys était la sixième d'une famille de douze enfants aux parents dévoués : Abraham Bourgeoys, son père, et Guillemette Garnier, sa mère. Tous les deux appartenaient à la bourgeoisie de Troyes. Le jour de sa naissance, le 17 avril 1620, elle a été baptisée en l'église Saint-Jean. Cette tradition des baptêmes donnés le jour de la naissance des enfants était une pratique courante à l'époque. Elle était liée à la mortalité infantile et à la peur que les parents avaient de voir leur nourrisson décéder avant d'avoir reçu le baptême et de ne pas pouvoir entrer au Paradis et d'être condamné aux limbes. Après une enfance paisible, elle perd sa mère lorsqu'elle a 19 ans.
Le 7 octobre 1640, pendant une procession en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, en passant devant l'abbaye Notre-Dame-aux-Nonnains, elle regarde une sculpture de la Sainte Vierge située au-dessus du portail et y reçoit une grâce qui va bouleverser son existence. C'est ainsi qu'elle raconte cette expérience profonde : « On repassa, écrit-elle, devant le portail [de l’abbaye] Notre Dame où il y a au-dessus de la porte une image de pierre [de la Vierge] et en jetant la vue pour la regarder je la trouvay très belle et en même temps je me trouvai si touchée et si changée que je ne me connoissest plus et retournant à la maison cela paroissoit à tous et comme jetes for legère jetes la bien venue avec les autres filles. » Elle désigne ce moment comme celui de sa conversion.
À la suite de cette expérience, elle désira devenir carmélite et chercha aussi à entrer dans d'autres communautés religieuses, qui refusèrent sa candidature. Elle devient membre externe des chanoinesses de Saint-Augustin de la congrégation Notre-Dame, qui avaient fondé un couvent à Troyes. Cette congrégation comprenait des religieuses cloîtrées ainsi que des « externes » qui regroupaient des jeunes filles dans le but de les former à la prière et à l’enseignement dans les milieux pauvres et en dehors du couvent.
La directrice de cette association est alors mère Louise de Chomedey de Sainte-Marie, qui est la sœur de Paul de Chomedey de Maisonneuve. Ce dernier est parti en Nouvelle-France et y a fondé Ville-Marie, qui deviendra Montréal. En 1652, lors de son voyage en France, il rend visite à sa sœur et lui expose les besoins pour la nouvelle colonie. En effet, dans un premier temps, Ville-Marie n'est pas en mesure de subvenir aux besoins de toute une communauté religieuse. Il demande alors l'envoi d'une institutrice laïque pour instruire les enfants des colons et des Amérindiens. À 33 ans, Marguerite Bourgeoys accepte cette tâche après que la Vierge Marie lui soit apparue et lui ait dit : « Va, je ne t'abandonnerai pas. »
Dans la plus grande pauvreté, elle part pour la Nouvelle-France en février 1653, mais ne parviendra que deux mois plus tard sur ses côtes. Il lui faudra encore remonter le fleuve Saint-Laurent jusqu'à Ville-Marie. Elle entre dans la colonie le 16 novembre 1653, avec un grand nombre de nouveaux colons, hommes et femmes.
Activités à Ville-Marie et fondation
Marguerite Bourgeoys s’occupe d'abord de tenir la maison du gouverneur de la colonie, Chomedey de Maisonneuve, et d'entourer les colons. En effet, en raison de la grande mortalité infantile, la colonie, très peu peuplée, ne compte pas d'enfants lorsqu'elle s'y installe. Elle vit dans des conditions climatiques très rudes et doit s'employer à s'installer, c'est-à-dire à défricher la terre, qui met presque trois ans à être cultivable. Tout est aussi à construire, maisons, églises, hôpitaux, etc. À cela, il faut ajouter l'état de guerre permanent avec les tribus iroquoises, ce qui entraîne des pertes militaires et civiles.
En plus des soins à apporter aux blessés (des deux camps), il faut aussi secourir ceux qui ont tout perdu, accueillir et placer les orphelins, soutenir les veuves, etc. Finalement, il faut aussi apporter du soutien à des personnes qui ont tout quitté pour venir s'installer en Nouvelle-France, dans une région dont ils ignorent presque tout. C'est pour cette raison que Marguerite Bourgeoys va faire relever une croix qui avait été abattue par des Amérindiens ennemis, la croix du mont Royal. Marguerite Bourgeoys raconte au sujet de cette croix : « J’y menai Minime [Gilbert Barbier, charpentier] avec quelques autres hommes et nous y fûmes trois jours de suite. La croix fut plantée et il y avait des pieux pour la clore. » C'est aussi ce but qu'elle poursuit en créant un lieu de pèlerinage pour les colons.
Faute d'enfants à son arrivée, Marguerite Bourgeoys ne peut pas faire l'école et le catéchisme. Peu à peu, elle va néanmoins pouvoir « montrer gratuitement aux filles à lire, les instruisant tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, n’en ayant point encore de fixé pour cela ».
Elle va aussi seconder Jeanne Mance, qui pour sa part fonde l'hôtel-Dieu de Montréal de Ville-Marie.
Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours
Dès 1655, Marguerite Bourgeoys projette la construction d’une chapelle qui serait située en dehors de l’enceinte du fort, aujourd'hui dans le Vieux-Montréal. Elle conçoit cette chapelle comme un lieu de pèlerinage. Des difficultés retardent toutefois la réalisation de ce rêve. Commencée en 1657, la chapelle en pierre ne sera terminée qu’en 1678.
Elle écrit : « J'excite le peu de personnes à ramasser des pierres et Monsieur de Maisonneuve fit couper du bois pour la charpente ; et il aidait à le traîner hors du bois. Et ceux à qui je faisais quelque travail, je leur demandais quelques journées pour cette chapelle. On charria du sable, d'autres préparèrent la chaux, et je trouvai suffisamment pour la bâtir et la couvrir. Le Père Pijart la nomme Notre-Dame-de-Bon-Secours. »
En 1672, Marguerite Bourgeoys ramène de son second voyage en France une petite statue miraculeuse donnée par le baron de Fancamp pour la chapelle. Cette statue est encore vénérée dans la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Ayant connu des modifications architecturales, la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours se trouve toujours au même emplacement que celui qui a été octroyé à Marguerite Bourgeoys. Victime d'un incendie qui la ravage complètement en 1754, l'église trouve sa forme définitive en 1771. Il est toutefois possible de visiter les fondations de la chapelle primitive, celle fondée par Sainte Marguerite Bourgeoys, (au sous-sol de la chapelle).