Mardochée Aby Serour, né en 1826 à Akka, au Maroc, et mort le 6 avril 1886 à Alger, est un rabbin, et explorateur marocain. Il a été au cours de son existence commerçant à Tombouctou, correspondant de la Société de géographie de Paris et guide de Charles de Foucauld au Maroc.
Mardochée Aby Serour naît dans le sud marocain à Akka dans l'actuelle région de Souss-Massa, près des hautes montagnes qu'on nommait « Doubany », qui était à l'époque une oasis habitée d'une quarantaine de familles juives disséminées dans trois tchours, dominée par la tribu berbère des Brybet. Son père, Iaïch Aby Serour, qui est bijoutier, et son frère sont nés à Mhamid al Ghozlan. Il est le quatrième des sept fils d' Iaïch.
Il est envoyé à l'âge de cinq ans chez le rabbin de la communauté, chez qui il apprend à lire et à écrire. C'est un enfant appliqué et plein de piété.
Il part à neuf ans de son village (à l'extrême sud marocain), seul et sans argent, vers Marrakech (au centre du pays), célèbre pour ses écoles talmudiques du mellah, où il étudie le Talmud et l'hébreu.
À 13 ans, après sa bar-mitsva en 1839, cet élève brillant est envoyé à Jérusalem pour y suivre des études rabbiniques. Sur son trajet, le jeune adolescent est reçu dans les principales communautés juives où il séjourne, comme celles de Mogador, Tanger, Gibraltar, Provence, Salonique, Constantinople, Smyrne, Jaffa puis Jérusalem. Il met trois ans pour atteindre la Palestine et y passe quatre années dans une yeshiva pour en ressortir en 1846 avec le titre de rabbin.
Il sert ensuite la communauté d'Alep en Syrie pendant un an, ce qui lui permet de réunir assez d'argent pour entamer son voyage de retour au Maghreb, lequel lui fait suivre avec des caravaniers la piste prolongeant la route des épices et des encens, par l'Égypte, la Libye, longeant les côtes désertiques, en Tripolitaine, en Tunisie et en Algérie. Il s'arrête tour à tour à Tunis, Constantine, Philippeville (Skikda), Alger (de 1847 à 1858) et Oran, où il est rabbin enseignant le Talmud.
L'Algérie française et le progrès, l'instruction, la liberté pour les Juifs du pays, qui peuvent ainsi s'élever de leur condition, produisent sur lui une grande impression ; il devient Algérien et obtient un passeport français, devenant ainsi protégé français, mais regrettera plus tard ne pas avoir appris le français.
Il se rend ensuite à Tamantit (actuel sud-ouest algérien), l'ancienne capitale juive du Touat. Il y noue des contacts commerciaux avec Salomon Ohayon, un commerçant de Mogador, ainsi qu'avec des caravaniers qui partent à cette époque-là de Marrakech vers le Soudan, en passant par Akka et, sa fortune faite, revient à son village natal d'Akka en 1858, où il trouve son père dans la misère ; il devient soutien de famille car la bijouterie et orfèvrerie familiale n'intéresse plus en temps de disette.
Il décide alors de traverser le Sahara, avec son frère cadet Itzhak, pour se rendre à Tombouctou, mystérieuse cité sahelienne, ville sainte pour l'islam, interdite et particulièrement dangereuse aux non-musulmans. Il est ainsi le premier Juif à y pénétrer. Le début de sa traversée à dos de chameau se déroule bien. Il traverse Tindouf, Teghazza, Taoudeni, Bir Ounane, malgré la rareté de l'eau douce. Cependant, après 49 jours de trajet, il se retrouve bloqué à Araouane (au nord de l'actuel Mali) par le cheikh des Arabes Bérabich, Cheikh Sidi Ahmed Abya Ould Muhhamad Ould-el-Rahal, un fanatique qui jure de mettre à mort ces Juifs. Aby Serour doit promettre se faire musulman et lui donne la moitié de tout ce qu'il possède pour avoir la vie sauve, jusqu'à leur présentation devant les Tholbas[Qui ?] où il reconnaît vouloir rester juif et, maîtrisant les lois islamiques et les traditions musulmanes, payer la djizîa, (taxe) imposée par la Charia aux Gens du Livre, et qui s'élève alors à « 5 Mizen d'or par oreille », soit 250 Francs de l'époque pour les deux voyageurs. Il reste avec son frère à Araouane pendant un an, le temps de trouver le moyen d'aller jusqu'à Tombouctou sans se faire tuer ; quand il obtient l'autorisation de continuer son périple, son frère reste à Araouane.
Après avoir affronté plusieurs dangers, il accède par le fleuve Niger à Hamdallaye, capitale de l'empire peul du Macina. Son arrivée en tant que juif à Tombouctou est un scandale public aux yeux des marchands maures, des lettrés et de la populace. Aby Serour doit user de sa faconde et de ses connaissances coraniques pour faire baisser la garde. Il est reçu par le souverain Ahmadou Ahmadou, il parvient à le convaincre de lui octroyer, ainsi qu'à tout juif ou chrétien qui en ferait la demande, l'autorisation de résider et de commercer à Tombouctou en échange du payement de la djizîa (impôt pour les non-musulmans). Il fait prospérer ses affaires dans cette ville. lI résume ses impressions en déclarant que « la population de Tombouctou est inoffensive ». En 1860, il fait venir son frère qui l'attendait à Araouan et continue à s'occuper de son commerce.
En 1863, sa fortune faite, il rentre au Maroc pour revoir ses proches, donner ses revenus à son père, écouler sa poudre d'or, ses plumes d'autruche et son ivoire, s'approvisionner jusqu'en Italie de pacotille et verroterie, et convaincre famille et amis de le rejoindre dans le Sahel. Aby Serour va à Mogador et procède à de gros achats puis il reprend le chemin de Tombouctou avec vingt-huit charges de marchandises et quatre parents pour une marche de vingt-trois jours jusqu'à Tombouctou.
En 1864, il y a assez de Juifs à Tombouctou pour faire le minian et une vie communautaire normale s'y organise avec les personnes que Mordechaï Abbi Serour a convaincues de le rejoindre : Josué (Ysou), Avraham et Yitzhaq Serour (frères de Mordechaï), Aharon (Aroun) et David Serour (fils de Josué), Yitzhaq (fils d'Aharon), Abraham Aby Serour son cousin, Isaac Ben Mouchi, Moussa Mazaltarim (beau-frère de Mordechaï), David Mazaltarim (fils de Moussa), le rabbi Raphael et Shimon Ben-Yaaqov. Cependant, un membre de cet entourage, Isaac ben Mouchi, s'y fait volontairement musulman et Isaac Aby Serour en 1867 puis Abraham Aby Serour en 1870 meurent. La petite communauté ne tarde pas à connaître des déboires. En raison de pressions externes venues de commerçants concurrents d'origine marocaine, qui se contentaient jusqu'alors de piller régulièrement ses caravanes, la totalité de ses biens est confisquée, durant son absence en 1869, par le gouverneur de la ville. Avec son frère, Serour ruiné quitte définitivement la région en 1871, non sans échapper à la mort, et se faire piller à nouveau sur le chemin d'Akka par les Oulad Bou Sbaâ. Il tentera tout de même de récupérer ses richesses de Tombouctou une dernière fois, en vain.
Il rentre donc à Akka où son père était mort entre-temps, et sa famille, qui refuse de partager l'héritage avec lui, le pousse à s'installer à Alger pour enseigner à la synagogue locale. Il part s'installer avec son épouse à Mogador.
Correspondant de la Société de géographie
En 1869, il avait fait la rencontre du consul français de Mogador, Auguste Beaumier. Ce dernier était fasciné depuis 1866 par ce rabbin voyageur qui connaissait les mystères du bilâd as-sûdân, l'ouest saharien, le « pays des Noirs », avait vécu dans une communauté juive commerçant paisiblement à Tombouctou et parlait l'arabe, le berbère, le peul et le bambara...
De retour dans sa région natale, Serour lui fait le récit de ses mésaventures africaines ; Beaumier traduit du judéo-arabe en français son histoire qui est publiée dans le Bulletin de la Société de Géographie de Paris pour laquelle il travaillera de 1870 à 1878, sous le titre Premier établissement des Israélites à Timbouctou. Il travaille ensuite pour le compte de sociétés savantes françaises parcourant des régions lointaines et collectant flore et minéraux.
En 1873, Beaumier présente Serour à Samuel Hirsch, directeur de l'école de l'Alliance israélite universelle (AIU) de Tanger. Entre 1870 et 1874, Beaumier envoie des courriers au siège de l'AIU à Paris, suggérant que Serour puisse devenir un agent français aux bleds du sud-marocain