Ce Jour-là

Marcela Agoncillo

Femme ayant confectionné le premier drapeau philippin

Anúncio

Marcela Mariño de Agoncillo (née Mariño y Coronel le 24 juin 1859 et morte le 30 mai 1946) est une femme philippine connue pour avoir cousu pour la toute première fois le drapeau des Philippines, ce qui lui vaut le surnom de « mère du drapeau philippin ».

Issue d’une famille aisée de Taal dans la province de Batangas, elle étudie la musique et les arts féminins au Colegio de Santa Catalina. À trente ans, elle épouse Felipe Agoncillo, un avocat et juriste avec qui elle a six enfants. Elle rejoint son mari à Hong Kong où il est exilé durant la révolution philippine. C'est dans cette ville qu’Emilio Aguinaldo, meneur de la révolution, lui demande de coudre le drapeau pour les Philippines dont il a conçu le dessin. Marcela Agoncillo accepte de bonne grâce et confectionne à la main ledit drapeau avec l’aide de sa fille Lorenza et de Delfina Herbosa de Natividad, la nièce de José Rizal.

Cet acte la fait entrer dans l’histoire, car le motif de ce drapeau est toujours utilisé par l'actuelle République des Philippines. Elle demeure ainsi une des quelques femmes associées à l’histoire de la révolution, et sa mémoire est commémorée dans des musées, par divers monuments (dont plusieurs statues aux Philippines), ainsi que dans les arts.

Marcela Agoncillo, fille de Francisco Mariño et Eugenia Coronel, naît le 24 juin 1859 à Taal aux Philippines, qui sont alors une colonie du royaume d’Espagne. Elle grandit dans la maison familiale construite vers la fin du XVIIe siècle par son grand-père, Andres Mariño. Fille d’une famille prospère et religieuse, elle est surnommée dans le bourg Roselang Hubog, qui signifie « vierge siégeant dans l’église du bourg ». Des histoires locales racontent que des gens l’attendent patiemment sur le parvis de l’église pour la messe du matin.

Elle est envoyée dans un couvent dominicain pour filles, le Colegio de Santa Catalina à Manille Intramuros, où elle fait son éducation élémentaire et secondaire. Elle apprend notamment l’espagnol, la musique, les arts alors considérés comme féminins — la cuisine, la couture, la broderie, un peu de musique et de peinture — et la bienséance. Elle passe son adolescence entre sa ville natale et le couvent.

Marcela Agoncillo épouse Felipe Agoncillo, un riche juriste, alors qu’ils ont tous deux trente ans. Le couple s’installe à Manille dans une maison de deux étages, rue M. H. del Pillar dans le quartier de Malate.

Ils ont six filles ensemble : Lorenza (« Enchang »), Gregoria (« Goring »), Eugenia (« Nene »), Marcela (« Celing », nommée d’après sa mère qui pense alors qu’elle n’aura pas d’autres enfants), Adela (qui meurt à trois ans) et Maria (« Maring », qui est la dernière de la fratrie à s’éteindre le 6 juillet 1995). C’est Marcela qui s’occupe de l’éducation des enfants. Elle leur recommande notamment de vivre honnêtement, de travailler dur et de ne pas dépendre de la famille. Gregoria est la première Philippine diplômée de l’université d’Oxford. Les trois filles aînées deviennent enseignantes à la fin de leurs études, notamment Lorenza à l’école catholique de Malate. Aucune des trois ne se marie, préférant dédier leur vie à l’enseignement.

Felipe Agoncillo rend des services juridiques aux plus pauvres, tandis que Marcela et ses filles dédient leur jeudi à la charité, prodiguant argent ou riz, si bien qu’une file se forme devant leur maison. Cette pratique dure jusqu’à leur retraite.

La révolution philippine contre l’Espagne éclate en août 1896. Felipe Agoncillo, qui sympathise avec les idées révolutionnaires, part peu avant pour Yokohama au Japon en avril 1896, ayant vent de soupçons espagnols à son endroit. Il n’y reste que peu de temps, rejoignant vite Hong Kong où d’autres Philippins ont déjà trouvé refuge au début de l’insurrection. Vingt-deux mois plus tard, Marcela et le reste de la famille le rejoignent (les deux dernières filles ne sont pas encore nées). Ils résident au 535 Morrison Hill dans le district de Wan Chai. Felipe reçoit alors de nombreux exilés chez lui, si bien que sa maison devient une sorte de refuge pour les Philippins. Des rendez-vous y ont régulièrement lieu, en particulier en mars et avril 1898 lors du tournant de la révolution sur l’archipel. Parmi les visiteurs notables figurent Emilio Aguinaldo, futur président des Philippines, et Antonio Luna, général philippin. Josephine Bracken, la fiancée de José Rizal, un intellectuel philippin bien connu, trouve aussi refuge chez les Agoncillo lorsque les Espagnols la menacent de représailles.

Confection du drapeau philippin

En exil à Hong Kong depuis décembre 1897 après la signature du pacte de Biak-na-Bato qui instaure un cessez-le-feu entre l’Espagne et les révolutionnaires, Emilio Aguinaldo visite lui aussi fréquemment la maison des Agoncillo. Peu avant de retourner sur l’archipel en mai 1898 pour raviver l’insurrection, il demande à Marcela de coudre un drapeau qu’il a dessiné pour symboliser les aspirations du peuple philippin. Marcela se met à la tâche avec sa fille ainée, Lorenza (alors âgée de sept ans) et Delfina Herbosa de Natividad, une nièce de José Rizal. Elles œuvrent promptement à la main et avec une machine à coudre lors de longues et difficiles sessions de travail, et doivent s’y reprendre à plusieurs reprises pour réaliser parfaitement les rayons du soleil et les étoiles. Elles utilisent de la soie achetée à Hong Kong pour les deux bandes de couleur rouge et bleue et le triangle blanc, ainsi que des broderies dorées pour le soleil et les étoiles. Les trois étoiles représentent les principales régions de l'archipel, tandis que les huit rayons de soleil symbolisent les huit provinces qui s'étaient soulevées au début de la révolution ; les drapeaux américains et cubains servent de modèle pour le choix des couleurs (bleu, rouge et blanc), et le triangle franc-maçon y est inclus. Achevé en cinq jours, le drapeau est plus tard connu sous le nom de « Trois étoiles et un soleil ».

Le 17 mai 1898, Marcela Agoncillo apporte le drapeau à Aguinaldo, qui l'emporte avec lui à son retour sur l’archipel. Il le hisse lors de la bataille d’Alapan le 28 mai 1898, ainsi qu’à sa fenêtre à Kawit le 12 juin 1898 lorsqu’il proclame l’indépendance des Philippines, au son de l’hymne Marcha Filipina. Marcela Agoncillo n’assiste toutefois pas à l’événement, car son époux reste à Hong Kong. Elle déclare à ce sujet lors d’une interview : « Dans la maison du 535 Morrison Hill, où je vivais avec ma famille, exilée de mon pays pour la cause nationale, j’ai eu la chance de confectionner le premier drapeau philippin sous la direction de l’illustre général Emilio Aguinaldo y Famy. Cela me prit cinq jours pour faire le drapeau national, et à son achèvement, je l’ai apporté moi-même au général Emilio Aguinaldo avant qu’il n’embarque sur le McCulloch. Le général Aguinaldo est le meilleur témoin pour confirmer si ce drapeau était bien le premier à être hissé à Cavite au commencement du gouvernement révolutionnaire contre le gouvernement d’Espagne. »

Adopté par les révolutionnaires, le drapeau est largement dupliqué à l’époque. Par exemple, Patrocinio Gamboa, une révolutionnaire d’Iloilo issue comme Marcela d’un milieu aisé, en confectionne une réplique qu’elle délivre au péril de sa vie pour l’inauguration du gouvernement révolutionnaire des Visayas le 18 novembre 1898.

Marcela Agoncillo reste à Hong Kong avec ses filles de 1895 à 1906, où elle prend soin du foyer. Elle donne naissance à leur dernier enfant, Maria, le 22 mars 1906. Leurs ressources ont fondu à cause des dépenses importantes que nécessitent le soutien à la révolution et l’activité diplomatique de Felipe en France et aux États-Unis. Elle doit même vendre les tabliers des enfants ainsi que ses bijoux pour subvenir aux besoins de la famille et payer pour leur retour à Manille.

De retour à Manille désormais sous domination américaine, la famille s’installe de nouveau dans leur maison de Malate. Leurs difficultés financières cessent, car Felipe reprend sa profession de juriste, son activité de diplomate n’ayant plus lieu d’être après la chute de la Première République des Philippines. Reprenant sa vie quotidienne, Marcela continue à pratiquer la charité chaque semaine.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Marcela Agoncillo | World in Stories