Marcel Moreau est un écrivain francophone belge né le 16 avril 1933 à Boussu (province de Hainaut) dans la région minière du Borinage et mort le 4 avril 2020 à Bobigny (France). Il est naturalisé français en 1974.
Issu d'un milieu ouvrier dans lequel régnait comme il le dit lui-même un « [...] pur vide culturel, [...] une absence totale de repère pour l'esprit », il perd son père à l'âge de quinze ans et arrête quelque temps plus tard ses études. Il vit alors de divers métiers jusqu'à devenir aide-comptable à Bruxelles pour le journal Le Peuple, puis dès 1955 correcteur pour le quotidien Le Soir. Il se marie en 1957 ; de ce mariage naîtront deux enfants. En 1963, il publie son premier roman Quintes, salué notamment par Simone de Beauvoir. Suivent Bannière de bave (1965), La Terre infestée d'hommes (1966) et Le Chant des paroxysmes (1967). Il emménage à Paris en 1968 où il continue son métier de correcteur. Il exercera ainsi pour Alpha Encyclopédie, Le Parisien libéré en 1971 et pour Le Figaro. Il effectuera également de nombreux voyages : Pérou, Inde, Népal, Cameroun, URSS, Chine, Iran, Canada, Mexique, États-Unis et se liera avec des personnalités telles que Roland Topor, Anaïs Nin, Jean Dubuffet et Jean Paulhan.
Considéré comme un écrivain marginal, au style verbal particulier, organique teinté de lyrisme et d'envolée paroxystique, il est l'auteur d'une œuvre considérable.
Il a reçu en 2006 le prix de littérature francophone Jean Arp pour l'ensemble de son œuvre.
Marcel Moreau est né en 1933 à Boussu dans le Borinage, région minière de Belgique. Il dira :
« Le Borinage dont je me souviens nie la transparence. »
Issu d'une famille modeste, son père Nazaire est couvreur, tandis que sa mère Louise reste au foyer. Il garde de son enfance le souvenir d'une vie intérieure placée sous le signe de la transgression, d'un appétit charnel démesuré. Il écrit :
« Les parfums de fumier que je ramène du passé ne seraient pas à ce point tenaces si en même temps qu'eux ne m'était rendu mon élan d'alors vers les infirmités et les disgrâces de la vie. »
Plus loin, il ajoute : « J'avais des désirs aussi monstrueux que j'avais la timidité aiguë. »— L'ivre livre
En 1948, son père meurt des complications d'une chute, alors que Marcel, en échec scolaire, vient tout juste d’être engagé dans une robinetterie. C'est lui qui doit désormais subvenir aux besoins de la famille, faisant très tôt l'expérience du travail sous l'autorité d'un patron qu'il déteste :
« Je découvrais la gueule du patron, un véreux, et des grands patrons venus soudain de Lille et qui ne me voyaient pas, tant je n'étais que merde pour eux dont les regards se cupidifiaient sur les bilans et qui n'eurent d'humanité, à mes yeux, que le jour où l'un d'eux se mit à péter dans le couloir qui le conduisait vers la cour. »
Parallèlement, il connaît aussi ses premières fascinations envers ceux qu'il ne cessera de défendre dans son œuvre, les « vrais aristocrates », à l'instar de Joseph, le forgeron de l'usine :
« Son visage diabolisé par le feu distillait par le seul regard une bonté bleuâtre et triste. J'aimais sa taciturnité, sa poignée de main rude, son mélange de force et de sveltesse dans sa lutte avec l'incandescence. »
C'est à cette même période qu'il se passionne pour la lecture. Il lit frénétiquement Zola, Dostoïevski et bien d'autres, les lit avec ses tripes autant qu'avec sa tête.
En 1953, Marcel Moreau est licencié. Il entre au journal Le Peuple comme aide comptable, puis, en 1955, devient correcteur au Soir à Bruxelles. Il continue ses lectures, correspond avec des écrivains comme Mauriac ou Camus et se lance, en 1956, dans quelque chose qui sera Quintes, son premier livre. Il se marie un an plus tard, mariage duquel, en 1959, naît une fille. C'est aussi le temps d'une découverte majeure, celle de Nietzsche, qu'il appellera son « professeur ». Il voyage en Russie, puis, en 1961, peu après la naissance de son fils, en Espagne et en Yougoslavie.
Arrive 1963, et la publication de Quintes chez Buchet-Chastel. Le livre est immédiatement salué par le milieu littéraire de l'époque : entre autres Simone de Beauvoir et Alain Jouffroy, aussi Dominique Aury, qui le fait entrer chez Gallimard. Ce premier roman révèle une écriture originale, profonde, rythmique, poétique, et constitue pour Moreau une véritable seconde naissance. Il n'aura dès lors de cesse d'écrire, comme un possédé, travail scandé par de nombreux voyages partout dans le monde. Bannière de bave et La Terre infestée d'hommes paraissent tous deux en 1966, respectivement chez Gallimard et Buchet-Chastel, amples romans lyriques et barbares qui continuent le combat de Quintes pour une vraie connaissance de la vie et de soi. Henri Guillemin salue leur parution. L'année d'après, la mère de Marcel meurt. Il publie Le Chant des paroxysmes, sa première tentative d'essai, suivi dans le même volume de La Nukaï, sorte de journal à la fois intime et fictif où il fustige l'univers des bureaux tout en prônant pour l'homme qui cherche à se connaître et à se libérer les effets d'une vie vécue démesurément, dans la proximité brûlante de ses démons.
En 1968, Marcel Moreau s'installe à Paris avec sa famille, engagé comme correcteur aux éditions Alpha. Il publie un nouveau roman, épistolaire celui-ci, Écrits du fond de l'amour, où le sentiment amoureux et le chant des blasons féminins acquièrent pour la première fois une place centrale. Le choix de ce genre obsolète, utilisé surtout aux XVIIIe et XIXe siècles, montre un certain classicisme et la volonté de l'auteur de ne pas céder aux simples jeux formels, très en vogue à l'époque. Moreau reçoit les encouragements d'Anaïs Nin, avec laquelle il correspondra dès lors et qui deviendra son amie et l'une de ses plus ferventes admiratrices. Il fait aussi bientôt la connaissance du peintre Dubuffet.
1971 est l'année de Julie ou la dissolution, son roman le plus connu. On y voit un style concis et vif, différent des œuvres antérieures. Il recevra le prix Charles Plisnier pour ce livre où la femme, dans la continuité d'Écrits du fond de l'amour, s'élève en figure inspiratrice et libératrice. Mais l'année 1971 est aussi celle de son naufrage à bord de L'Heleanna, au retour d’un voyage en Grèce. Il échappe de peu à la mort et en restera profondément marqué (voir Discours contre les entraves ou Issue sans issue).