Ce Jour-là

Marcel Lefebvre

Prélat catholique

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Marcel Lefebvre, né le 29 novembre 1905 à Tourcoing (Nord) et mort le 25 mars 1991 à Martigny (Suisse), est un évêque français. À partir des années 1960, farouchement opposé aux réformes issues du concile Vatican II, il devient une figure majeure du catholicisme traditionaliste en fondant la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.

Archevêque catholique de Dakar et délégué apostolique pour l'Afrique française, il devient en 1962 archevêque-évêque de Tulle, puis supérieur général de la congrégation du Saint-Esprit. Figure emblématique de l'opposition au concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-Pie-X et le séminaire international d'Écône qui lui est rattaché, créés pour « former des séminaristes en vue de la prêtrise », dans le maintien des traditions doctrinales et liturgiques catholiques romaines antérieures au concile. Avec la Fraternité, il œuvre notamment à la conservation de la messe tridentine par opposition à la messe de Vatican II.

En 1988, il est excommunié latæ sententiæ par le pape Jean-Paul II pour avoir, contre l'avis préalable de Rome, sacré quatre évêques traditionalistes. Les excommunications qui pèsent sur ces évêques ordonnés illicitement sont levées en 2009 par le pape Benoît XVI.

Marcel Lefebvre, né le 29 novembre 1905 de René Lefebvre et de Gabrielle Watine, est issu d'une famille de l'ancienne bourgeoisie industrielle et catholique du Nord, dont cinq enfants sur huit deviennent prêtres ou religieux. Parmi eux, Marie-Christiane du Saint-Esprit sera la fondatrice du carmel de Quiévrain et Marie-Gabriel celle des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie-X. Il est également le cousin éloigné du cardinal Joseph-Charles Lefèbvre (1892-1973) et de dom Georges Lefebvre (1908-1999), sous-prieur de l'abbaye de Ligugé.

Élève de l’Institution libre du Sacré-Cœur, entré au Séminaire français de Rome le 25 octobre 1923 (ses études lui inspirent une fascination pour les papes), il est ordonné prêtre en 1929 par l'archevêque de Lille, Achille Liénart. Déjà docteur en philosophie, il devint docteur en théologie l'année suivante. Disciple et admirateur de Henri Le Floch, son professeur, il lui reste fidèle bien que celui-ci ait été contraint de quitter son poste de recteur au séminaire français pour ses sympathies maurrassiennes (l'Action française venait d'être condamnée par Pie XI en 1926).

Marcel Lefebvre est très affecté par la condamnation de l'Action française, en laquelle il voyait un combat pour l'ordre chrétien qu'il désirait lui-même. Il déclare ainsi en 1974 : « C'était un mouvement de réaction contre le désordre qu'amenait la franc-maçonnerie dans le pays, en France : une réaction saine, définitive, un retour à l'ordre, à la discipline, retour à la morale, à la morale chrétienne […]. Le fait que le Saint-Père l'ait condamnée fut contraire à l'ordre et coupa les bras à la contre-révolution ». S'il prétend n'avoir jamais lu Maurras ni adhéré à l'Action française, il cite toutefois cet auteur à trois reprises dans l'un de ses ouvrages.

Après un an comme second vicaire de la paroisse ouvrière de Marais-de-Lomme et de son église, Notre-Dame de Lourdes, à Lomme (la paroisse actuelle Saint-Benoît-des-Marais étant sa continuité), il entre au noviciat de la congrégation du Saint-Esprit (congrégation missionnaire dont les membres sont plus connus sous le nom de spiritains). Il fait profession religieuse en septembre 1932.

Il devient missionnaire au Gabon. Il s'y implique dans des postes de brousse et dirige le séminaire. Lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale, il est encore mobilisable et est affecté comme aumônier à la 1re compagnie du bataillon de tirailleurs du Gabon.

Le nord de la France est rattaché administrativement à la Belgique occupée. Son père, René Lefebvre (en), né le 23 février 1879 à Tourcoing, membre d'un réseau de résistance, est jugé à Berlin et par deux fois condamné à mort le 28 mai 1942 pour « intelligence avec l'ennemi » et « recrutement de jeunes gens pouvant porter les armes contre le Grand Reich allemand ». Il meurt le 4 mars 1944 d'une hémiplégie, à la suite des coups donnés par son gardien au camp de Sonnenburg. Il est décoré de la médaille militaire à titre posthume, le 16 juillet 1953.

Marcel Lefebvre est rappelé en France en 1945 et nommé supérieur du scolasticat des spiritains à Mortain. Selon son biographe Bernard Tissier de Mallerais, il s'y emploie « à corriger les idées fausses et détruire les utopies malsaines qui se répandaient dans le clergé. La Libération, en condamnant le régime de Vichy, avait réprouvé le mouvement spontané de restauration d'un ordre social chrétien approuvé par le Maréchal (Pétain), et elle ramenait tout ce que ce dernier avait éliminé en France ».

En 1947, il retourne en Afrique comme évêque titulaire d'Anthédon (de) et vicaire apostolique de Dakar (le Sénégal compte alors 54 000 catholiques sur 1,7 million d'habitants), où il fonde l'année suivante le cours Sainte-Marie de Hann, établissement privé ambitieux destiné à accueillir des élèves venus de toute l'AOF. Le pape Pie XII lui confère la charge de délégué apostolique pour l'Afrique francophone (plus de 40 diocèses) et archevêque titulaire d'Arcadiopolis-en-Europe (de), avec la mission d'y africaniser l'Église. Pour cela, Lefebvre crée des séminaires et confie des responsabilités au clergé local ; il cherche aussi les ecclésiastiques aptes à devenir évêques. Il est remplacé à cette charge le 9 juillet 1959 par Jean-Marie Maury tout en restant archevêque de Dakar (il est le premier évêque à occuper cette charge, créée en 1955). À la demande du président sénégalais, Léopold Senghor, Jean XXIII le retire de Dakar où il est remplacé en janvier 1962 par Hyacinthe Thiandoum qu'il a ordonné prêtre en 1949.

Il est nommé évêque de Tulle, succédant à Amable Chassaigne, tout en restant archevêque à titre personnel. La même année, et dans des conditions particulièrement tendues, il est élu supérieur général des missionnaires spiritains. Il renonce alors au diocèse de Tulle et est nommé par Rome en août 1962, archevêque in partibus de Synnada-en-Phrygie (de).

C'est à titre d'archevêque titulaire, et supérieur général religieux qu'il participe au concile Vatican II.

Dans la commission préparatoire, il émet de sérieuses critiques contre le schéma de la liturgie. En séance plénière, moins actif, il intervient une seule fois : contre la collégialité (notamment : contre les pouvoirs accordés aux conférences épiscopales en matière liturgique). Le 4 décembre 1963, au vote final de la constitution Sacrosanctum Concilium (concernant la liturgie), il vote avec la majorité qui est largement en faveur du document.

Il tente, en vain, d'introduire la condamnation expresse du communisme dans la constitution Gaudium et Spes relative à l'activité pastorale de l'Église.

Surtout, lors des débats sur la liberté religieuse, il se fait remarquer. Il rejoint le groupe informel Coetus Internationalis Patrum. Ce groupe de travail critique notamment les textes proposés à l'assemblée des évêques sur la liberté religieuse, les jugeant non conformes à la Tradition de l'Église. Après de longs débats, le texte de Dignitatis Humanae est adopté par 2 308 voix contre 70. Durant le concile, dans le Coetus, il cherche à faire entendre la voix traditionaliste.

Il a notamment voté contre la déclaration Dignitatis Humanæ sur la liberté religieuse, tout en apposant sa signature au document final, alors même que d'autres prélats présents ne le faisaient pas. La signature est enregistrée dans les Acta Synadolia Sacrosancti Concili Oecumenici Vaticani II, la publication officielle des actes du Concile. L'original manuscrit est consultable aux archives du Vatican, où Lefebvre signe aussi par procuration pour l'évêque Auguste Grimault. Il a toujours nié avoir approuvé la déclaration Dignitatis Humanæ par cette signature, expliquant qu'elle signifiait sa « présence à cette séance de votes pour quatre documents ». Le Père Vincenzo Carbone, archiviste du Vatican, conteste cette explication, arguant que les votes étaient anonymes et ne prenaient pas en compte de procurations, contrairement aux signatures finales de la promulgation.

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