Marcel Chaput, né le 14 octobre 1918 à Hull, au Québec, et mort 19 janvier 1991 à Montréal, est un chimiste et militant de l'indépendance du Québec. Avec une vingtaine d'autres personnes dont André d'Allemagne et Jacques Bellemare, il est un membre fondateur du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN).
Marcel Chaput naît à Hull au Québec le 14 octobre 1918 de Lucia Nantel et de Narcisse Chaput, pressier chez l'Imprimeur de Sa Majesté à Ottawa. Il est le plus jeune et le seul garçon d'une famille de sept enfants. Il ne connaît pas trois de ses sœurs, décédées en bas âge. Les trois autres sont Rolande, Gabrielle et Madeleine. Il a dix ans lorsque sa sœur Rolande, 16 ans, meurt d'une septicémie.
Après des études primaires à l'école Lecomte, il entre au Collège Notre-Dame de Hull. Il est inscrit dans le corps des cadets de son collège. Un de ses professeurs, le frère Ernest, l'amène à s'intéresser aux sciences avec les Cercles des jeunes naturalistes[réf. souhaitée]. Il caresse le rêve d'être chimiste dès cette époque. En 1934, il se joint au groupe Reboul de l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française.
En septembre 1933, il quitte son collège de Hull et s'inscrit au High School de l'Université d'Ottawa, institution qu'il abandonne au bout de deux ans pour s'inscrire, en septembre 1935, à l'École technique de Hull où l'on forme à l'époque des techniciens en chimie. Il y reste jusqu'en 1939.
Il affirme être devenu partisan de l'indépendance du Québec au sein du groupe Reboul, en se préparant à un débat public dont le sujet était le « séparatisme ». Lui et son coéquipier Jacques Boulay devaient argumenter pour le séparatisme dans une joute oratoire contre deux de leurs camarades, Roland Dompierre et Réal Denis. Son équipe perd le débat qui a lieu le 10 décembre 1937, mais les lectures qu'il fait pour se documenter sur le sujet (Séparatisme, doctrine constructive de Dostaler O'Leary, des vieux numéros du journal La Nation de Paul Bouchard, des ouvrages historiques sur les Patriotes du XIXe siècle le convainquent du mérite de l'idée en elle-même. Il considère que lui et les premiers du mouvement indépendantiste contemporain n'ont fait qu'actualiser une idée qui remonte à la conquête britannique du Canada français en 1760.
Il travaille à la manufacture de papier Eddy depuis mai 1939 lorsque le National Research Council (NRC) du Canada lui accorde une entrevue au mois de décembre de la même année. Il y est embauché comme aide de laboratoire de chimie, au service du docteur Richard Helmuth Fred Manske, pour un salaire de 70 $ par mois. Entretemps, il est enrôlé dans l'armée canadienne en raison de la conscription. En mai 1941, il est mobilisé au camp militaire de Saint-Jérôme. Son entraînement de fantassin est interrompu lorsque le gouvernement fédéral décide d'employer tous les techniciens à l'effort de guerre. Il retourne alors dans les laboratoires du NRC. Il entre au service des Chemical Warfare Laboratories de l'armée canadienne en janvier 1943. Lorsqu'il retourne chez lui à Hull, à la fin de la guerre, il a atteint le grade de sergent-major.
Le 15 septembre 1945, à l'église Notre-Dame-de-Grâce de Hull, il épouse Madeleine Dompierre, fille d'Odias Dompierre et de Marie-Méa Marquis. Le couple passe six jours en croisière de noces sur le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saguenay. Son premier fils, Luc, naît à l'automne 1946. La famille s'agrandit plus tard de Danielle (1949), Sylvie (1952) et Jérôme (1955).
En septembre 1946, il déménage à la Peterson Residence, camp d'aviation désaffecté acquis par l'Université McGill à Lachine. Les conditions de vie dans cette résidence étudiante pour les ex-militaires ne sont pas excellentes. Sa femme souffre d'une pleurésie et le médecin lui ordonne de quitter les locaux surchauffés où réside la famille Chaput. Madeleine plie donc bagage et retourne à Hull prendre du repos chez les parents de Marcel, tandis que lui loue une chambre à Montréal dans le voisinage de McGill. Durant ses années d'étude, il voyage entre Montréal et Hull toutes les fins de semaine pour retrouver sa femme et ses enfants. Il reçoit son doctorat en biochimie de l'Université McGill le 6 octobre 1952. Sa thèse doctorale porte sur le calcium et les cellules alpha du pancréas.
À la suite de l'obtention de son diplôme universitaire, il retourne vivre à Hull et réintègre le NRC d'Ottawa. Il reprend initialement le même travail qu'il effectuait durant la guerre, puis passe au département de recherches chimiques à Shirley Bay avant d'être muté, en 1955, au Conseil de recherches pour la défense, où il effectue de la recherche opérationnelle.
En octobre 1958, il signe une étude confidentielle intitulée The Proportion of French-Canadian Soldiers in the Canadian Army. Cette étude aurait aidé le général Jean-Victor Allard à convaincre le gouvernement fédéral de constituer des unités francophones dans l'armée canadienne. Il signe une autre étude sur le même sujet en octobre 1960.
De 1953 à 1959, parallèlement à son travail de laboratoire, il complète une maîtrise en psychologie à l'Institut de psychologie de l'Université d'Ottawa.
Après avoir lu des textes de Raymond Barbeau, il en conclut que l’exercice de la pleine souveraineté est essentiel à l'épanouissement du Québec . Interviewé par Jean-Marc Léger dans Le Devoir, Chaput est déterminé à entrer en contact avec cet homme, fondateur de l'Alliance laurentienne. Chaput invite Barbeau à tenir une conférence à Hull le 28 août 1959, dans une ancienne salle paroissiale de l'église Notre-Dame. Une vingtaine de personnes sont présentes. Chaput fait la rencontre d'André d'Allemagne à cette occasion. Barbeau invite Chaput à prendre la parole à la salle Saint-Stanislas de Montréal le 13 septembre 1959 dans le cadre d'une soirée organisée pour célébrer le 200e anniversaire de la Bataille des plaines d'Abraham.
À cette époque, bien que ses activités patriotiques et charitables soient nombreuses, le militantisme indépendantiste de Chaput se limite à l'écriture de lettres dans les journaux sur des sujets d'actualités. Il désire faire plus. Il rédige un mémoire à l'attention de la chancellerie de l'Ordre de Jacques Cartier (OJC), organisation secrète dont il est membre. En réponse à l'initiative de Chaput, Pierre Vigeant, éditorialiste au journal Le Devoir et grand chancelier de l'OJC, crée un comité d'étude sur la question de l'indépendance du Québec. Chaput fait partie d'un groupe de cinq commissaires qui se réunit à Montréal en décembre 1959 et en janvier 1960. À titre de secrétaire de la commission, Chaput rédige le rapport final qui conclut que les Canadiens français ont le droit à l'autodétermination et que les membres de l'Ordre devraient se sentir libres d'appuyer l'indépendance si c'était là leur conviction. La direction de l'OJC reste cependant fermée à l'idée d'indépendance. Le 17 mars 1961, il est expulsé de l'organisation secrète, après avoir insisté pour connaître l'orientation de l'Ordre en matière constitutionnelle et politique.
Le 7 mai 1960, Chaput préside une réunion qui accueille le conférencier Raymond Barbeau au théâtre Le Grenier de Hull. Il est question par la suite de former un Club Laurentie de Hull, mais après réflexion le petit groupe de partisans de l'indépendance de la région de Hull décide de garder son autonomie.
Le 10 septembre 1960, il prend part avec une vingtaine d'autres personnes à la fondation du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) qui se déroule à l'auberge Le Châtelet à Morin Heights dans les Laurentides. Il est élu vice-président.
Après avoir participé à l'organisation d'une parade pour l'indépendance dans les rues de Montréal, tenue le 11 février 1961, il donne une conférence intitulée Le Canada français à l'heure de la décision, dans le cadre d'une assemblée publique tenue au Gesù, le 4 avril 1961, en pleine demi-finale de la Coupe Stanley. Le RIN se réjouit de faire salle comble dans de telles circonstances. Pierre Bourgault prend également la parole à cette assemblée.