Marcel Cerdan est un boxeur français, né le 22 juillet 1916 à Sidi Bel Abbès en Algérie française et mort le 28 octobre 1949 dans un accident aérien survenu dans l'archipel des Açores.
Sous l'impulsion de son père, Marcel Cerdan commence la boxe anglaise sur un ring installé au milieu de la salle de bal du café familial à Casablanca au Maroc. Devenu boxeur professionnel en 1933, il effectue ses premiers combats rémunérés en Afrique du Nord où il se fait un nom. Surnommé « le bombardier marocain » ou « l'homme aux mains d'argile », son talent lui permet d'être emmené en France en 1938 où il devient champion de France à trois reprises puis champion d'Europe dans la catégorie des poids mi-moyens.
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale suspend son ascension et reporte sa conquête de l'Amérique. De retour sur les rings en janvier 1941 après dix-huit mois d'absence, Marcel Cerdan conquiert à nouveau le titre européen des poids mi-moyens, multiplie les combats et les succès. Montant d'une catégorie en poids moyens, il gagne les titres de champion de France, d'Europe et du monde entre 1946 et 1948. Victorieux sur les rings américains, son succès par KO technique contre Tony Zale au Roosevelt Stadium lui offre un accueil de héros national à son retour en France. Compagnon d'Édith Piaf, sa notoriété dépasse le cadre sportif et le voit tourner dans plusieurs œuvres cinématographiques. Cerdan meurt tragiquement au sommet de la gloire dans l'accident du vol Paris-New York dans la nuit du 27 au 28 octobre 1949.
Marcellin Cerdan naît le 22 juillet 1916 à 21 h dans le quartier du « Petit Paris » de Sidi Bel Abbès en Algérie. Il est le quatrième et dernier garçon d'Antonio Cerdán (1880-1946) et Assomption Cascales (1886-1934), qui auront également une fille deux ans plus tard. Ses trois frères aînés se prénomment Vincent, Antoine, Armand, sa sœur cadette Clotilde. Ses deux parents sont d'origine espagnole : son père vient de Valence et sa mère est née à Sidi Bel Abbès ses parents, Pedro Cascales et María Amorós, originaires du village d'Abanilla, près de Murcie. Les deux familles ont émigré de l'autre côté de la mer Méditerranée, au Nord de l'Afrique, au XIXe siècle, attirées par la promesse d'une vie meilleure. À la naissance de Marcellin, son père est journalier et sa mère sans profession.
Au début des années 1920, son père Antonio démontre un sens des affaires désastreux à la tête d'une boucherie-charcuterie qu'il a reprise à son beau-frère parti s'installer à Casablanca. La famille vit dans l'extrême pauvreté. Un matin en 1921, un cousin du père de famille lui rend visite et lui loue le développement économique de Casablanca sous l'impulsion du général Hubert Lyautey. L'année suivante, Antonio Cerdán décide de suivre son conseil et d'installer sa famille au Maroc, alors sous protectorat français. La famille traverse Oujda, Fès, Meknès, et Rabat jusqu'à Casablanca perchée sur une camionnette. Elle s'installe à Mers Sultan dans un quartier déshérité appelé « Cuba » où des baraques ont été construites à côté de la mer. Antonio Cerdán y acquiert un café-bal dans lequel il organise tous les jeudis des exhibitions de boxe avec ses fils en tête d'affiche.
Le jeune Marcellin, enfant pourtant chétif, y dispute son premier combat de boxe à l'âge de huit ans. À dix ans, il boxe au cinéma Majestic, comme ses frères, et oblige son jeune adversaire à se réfugier derrière l'arbitre, remportant en guise de victoire une paire d'espadrilles et la barre de chocolat pourtant promise au vaincu. Toute sa famille et ses amis le surnomment alors Marcelino. Il apprend l'arabe et l'espagnol mais n'aime pas l'école et est happé dans les parties de football jouées dans la poussière du quartier de Maârif. Enfant de la rue, Marcelino vit dehors, court, joue à cache-cache entre les fiacres et parfois se bagarre. Il ne fréquente l'école communale de la Maison Blanche qu'à l'heure du réfectoire, ratant son certificat d'études primaires et quittant l'école à onze ans. Il travaille alors pour aider sa famille, d'abord comme coursier au magasin de cycle Bargasse puis rapidement comme apprenti-mécanicien dans un garage Renault. Affecté au graissage des ponts arrière, il passe ses journées à dormir sous les châssis, si bien qu'il est renvoyé après quelques jours de présence. Le jeune garçon devient aide-plombier mais démissionne pour sauver son honneur après avoir égaré la boîte à outils. Redevenu coursier, il est de nouveau renvoyé après s'être fait voler le vélo que lui prêtait son employeur alors qu'il jouait au football. S'il fait de nouveaux essais comme commis aux Chantiers du Maroc en tant qu'apprenti-électricien puis vulcanisateur, son père a conscience que Marcel a de l'or dans les poings, ce qui le destine à la boxe.
L'espoir casablancais (1933-1937)
Marcel Cerdan suit les traces de ses trois frères aînés, Vincent, Antoine, champions d'Afrique du Nord des poids plumes, et Armand, champion du Maroc poids coqs. Vincent étant parti gérer un restaurant, Antoine ayant décidé de devenir électricien et Armand s'étant blessé sévèrement au genou, le fils cadet de la famille est la dernière option du Père Cerdan d'obtenir un revenu supplémentaire de sa passion pugilistique. Pour ce faire, son père signe tous les combats qui se présentent — que son jeune fils remporte avec une remarquable facilité — et encaisse l'intégralité des gains. Le 4 juin 1933, Marcel Cerdan dispute son premier combat professionnel à l'âge de seize ans au « Petit Central » de Casablanca. Il y domine aux points l'Espagnol Gomez, 18 ans, ce qui rapporte à son père deux cents francs et une montre.
Après ce premier combat, Antonio Cerdan pousse son fils à s'entraîner auprès de Lucien Roupp. Ce dernier a installé en 1932 une salle d'entraînement dans le garage qu'il vient d'acquérir et dirige une petite écurie de boxeurs. À l'entraînement, Marcel Cerdan est toujours escorté par son père qui le regarde sans indulgence depuis le bord du ring. Lorsqu'il ne l'accompagne pas, le jeune boxeur ne met pas les pieds à la salle et y préfère les terrains vagues où il joue au football. Les huit premiers combats professionnels de Marcel Cerdan, disputés entre 1933 et 1934, ne seront jamais reconnus et ne figurent pas à son palmarès officiel. Cerdan enchaîne contre Young Gitan à Rabat, Bob Obadia à Fès et à Casablanca puis contre Klee à Marrakech.
En novembre 1934, le boxeur casablancais domine Marcel Bucchianeri dans son premier combat officiel reconnu mais le ménage, ne gagnant qu'aux points. Cerdan n'aime pas faire mal et n'aime pas la boxe, sport auquel il préfère nettement le football. Moins d'une semaine après son premier succès, son père lui impose un deuxième combat, contre Léon Benazra, qu'il remporte avant la limite par arrêt de l'arbitre dans la cinquième reprise. Le 13 avril 1935, le Casablancais impressionne contre Max Privat, qu'il contraint à mettre un genou au sol dès la deuxième reprise avant de conclure en cinq rounds. Le 22 juillet, jour de son dix-neuvième anniversaire, sa mère meurt au domicile familial. Bien qu'il n'ait aucune indépendance financière, Marcel prend une chambre meublée dans le quartier du Maârif. Le 3 août, il bat Francesco Mestre aux points à Casablanca.
En mars 1936, Lucien Roupp cède à l'insistance du Père Cerdan pour organiser le combat entre Marcel et Antoine Abad, excellent boxeur de la même écurie. La soirée est une grande réussite et attire une large foule, si bien qu'elle fait céder la caisse mobile, envahissant la salle sans débourser le prix du billet d'entrée. Mis en difficulté en fin de combat, au bord de l'évanouissement, Marcel Cerdan obtient la victoire par décision arbitrale. Après plusieurs affrontements au Maroc, le jeune Cerdan combat pour la première fois à Alger en novembre 1936 face à Aissa Attaf qu'il bat par knock-out en trente-deux secondes. La ville d'Alger est alors la vitrine de la boxe nord-africaine, les réunions y sont scrutées par les organisateurs parisiens. Sa première performance algéroise impressionne et les propositions se multiplient. Sous la direction de son père, il accepte une revanche face à Attaf en janvier 1937, un succès par abandon, et poursuit sa séduction du public algérois deux semaines plus tard face à Maurice Naudin, ancien champion de France. Opposé à deux occasions à Omar Kouidri, d'abord à Rabat le 2 mars puis à Alger le 3 avril, Cerdan obtient de justesse deux nouvelles victoires lors de rudes batailles. Lors du deuxième affrontement, Marcel se fracture la main droite, l'obligeant à un repos de trois mois.