Marc Boegner, né le 21 février 1881 à Épinal et mort le 18 décembre 1970 à Paris, est un pasteur et théologien protestant, responsable d'Église et essayiste français.
Marc Boegner est issu d’une famille protestante alsacienne. Son grand-père Charles-Henri Boegner (1800-1881) était professeur au Gymnase protestant de Strasbourg. Il est le fils de Paul-Henri Boegner (1845-1918), avocat puis préfet, et de Marguerite Fallot (1848-1911), petite-fille de Daniel Legrand et arrière petit-fille de Jean-Luc Legrand. Il est le neveu des pasteurs Alfred Boegner, directeur de la Société des missions évangéliques de Paris et de Tommy Fallot, l'initiateur du christianisme social en France. Il épouse en premières noces le 24 juillet 1905 Jeanne Bargeton, fille du préfet et régent de la Banque de France Louis-Ernest Bargeton, le couple a quatre enfants (dont Philippe Boegner et Jean-Marc Boegner). Il se remarie en 1935, avec Mary Thurneysen (1892-1951), sœur d'Eduard Thurneysen (1888-1974), théologien protestant suisse.
Marc Boegner passe son enfance à Épinal, avant de suivre sa famille à Orléans, puis à Paris où il fait ses études secondaires à l’École alsacienne. Il est élève en classe préparatoire de l'École navale, au lycée Lakanal, mais il doit renoncer à une carrière dans la marine du fait d'un début de myopie. Il obtient une licence de droit, puis décide, sous l'effet de ce qu'il nomme sa « conversion » et très marqué par l'influence de son oncle le pasteur Tommy Fallot, d'entrer à la faculté de théologie protestante de Paris. Il y soutient en juillet 1905 une thèse de baccalauréat en théologie, intitulée Les catéchismes de Calvin.
Marc Boegner est nommé pasteur à Aouste-sur-Sye (Drôme), où Tommy Fallot a été pasteur pendant neuf ans. Il est nommé en 1911 professeur à la Société des missions évangéliques de Paris. Il obtient, en 1914, une licence de théologie, en soutenant une thèse intitulée La vie et la pensée de Tommy Fallot.
Il est mobilisé à Paris comme infirmier-chef en août 1914, tout en continuant à présider des cultes. À l'issue de la guerre, il est nommé pasteur de la paroisse protestante parisienne de Passy-Annonciation (1918-1953), où il est rejoint en 1934 par le pasteur et théologien Pierre Maury, introducteur de la pensée de Karl Barth en France et professeur de dogmatique à la faculté de théologie protestante de Paris.
En 1928, il inaugure les prédications du carême protestant à la radio et se prononce en faveur de l'unité des chrétiens. Cette activité radiophonique contribue à le faire connaître.
De 1929 à 1961, il est président de la Fédération protestante de France. Lors de la réunification des Églises réformées en 1938, il devient le premier président du conseil national de la nouvelle Église réformée de France.
Selon Patrick Cabanel, l'année 1937 a vu une victoire feutrée de Boegner sur Freddy Durrleman, animateur de La Cause, qui a été contraint par le ministre des Postes de céder à la Fédération protestante son émission hebdomadaire sur Radio-Paris. Habitué à présider, « chef national des protestants » comme l'avait été le marquis de Ruvigny au XVIIe siècle, Marc Boegner serait une figure « épiscopalienne » voire « cardinalice ».
Années de guerre et d'occupation
En juin 1940, après l'armistice, la Fédération protestante souhaite que son président se fixe en zone libre et Marc Boegner s'installe à Nîmes où la tradition protestante reste forte, tandis qu'André-Numa Bertrand, vice-président de la Fédération protestante et pasteur de l'Oratoire du Louvre, reste à Paris. Marc Boegner multiplie les déplacements et les interventions auprès du gouvernement de Vichy en faveur des personnes déplacées ou regroupées dans le camp d'internement de Drancy et au camp de Gurs et ensuite en faveur des Juifs.
Premières interventions contre l'antisémitisme
Il intervient ainsi auprès de Pierre Laval, mais en vain, pour lui demander de renoncer à inclure les enfants juifs de moins de seize ans dans les convois de déportation. Dès septembre 1940, il soutient le projet d'action de la Cimade qui permet à Madeleine Barot et Jeanne Merle d'Aubigné d'intervenir au sein du camp de Gurs, afin de porter secours aux internés parmi lesquels se trouve une majorité de réfugiés juifs, dont l'écrivaine pacifiste Adrienne Thomas, la philosophe Hannah Arendt et la peintre Lou Albert-Lasard. Le 23 décembre 1940, il adresse une lettre aux huit présidents de région de l'Église réformée de France de la zone libre pour rappeler notamment que « pour l'Église il n'y a pas de problème juif » et que « l'Église a le devoir de rappeler à l'État […] que son autorité, dont le fondement est Dieu, doit s'exercer pour le bien de tous ses ressortissants, dans une volonté de justice, et dans le respect des personnes ».
Le 26 mars 1941, il écrit deux lettres au nom de l'Église réformée de France, l’une à l’amiral Darlan, vice-président du Conseil national, l’autre au grand-rabbin de France Isaïe Schwartz, dans laquelle il déplore la mise en place d’une législation raciste : « Notre Église, qui a jadis connu les souffrances de la persécution, ressent une ardente sympathie pour vos communautés dont en certains endroits la liberté du culte est déjà compromise et dont les fidèles viennent d’être si brusquement jetés dans le malheur. Elle a déjà entrepris et ne cessera pas de poursuivre des démarches en vue d’une refonte indispensable de la loi. » Première manifestation publique de solidarité des chrétiens français envers les Juifs, cette lettre connaît un retentissement extraordinaire, notamment grâce au journal collaborationniste Au Pilori qui a cru bon de la publier sous le titre « Une lettre inadmissible du chef des protestants de France », ou encore à Je suis partout, qui la publie intégralement (pour la dénoncer).
Prises de position des Églises françaises face à la collaboration et aux mesures anti-juives
Le 24 janvier 1941, il est nommé membre du Conseil national de Vichy et décoré de la francisque.
À partir de juin 1941, confronté à l'échec de ses interventions auprès de l'amiral François Darlan, il prend contact avec le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon et primat des Gaules. Le cardinal s'était signalé par son soutien sans faille au maréchal Pétain lorsque celui-ci était devenu chef de l'État français. Le pasteur Boegner demande au prélat d'aborder la question raciale avec le maréchal. Après avoir reçu ces protestations conjointes des Églises chrétiennes, Pétain demande davantage de modération au secrétaire d’État aux questions juives, demande qui reste sans effet tandis que la situation des Juifs empire dès juin 1941.
Le 20 août 1942, après de nouvelles mesures antijuives en zone occupée et la rafle du Vélodrome d'Hiver, il écrit une lettre au maréchal Pétain. Cette lettre connait à nouveau une très large diffusion, cette fois grâce à la presse et à la radio internationales. Elle présente un caractère tout nouveau par rapport à ses précédentes interventions, en ce sens qu’elle porte sur les opérations de livraison à l’Allemagne de Juifs étrangers, déjà internés dans les camps : « La vérité est que viennent d’être livrés à l’Allemagne des hommes et des femmes réfugiés en France pour des motifs politiques et religieux, dont plusieurs savent d’avance le sort terrible qui les attend […]. Je suis obligé d’ajouter, Monsieur le Maréchal, que la livraison de ces malheureux étrangers s’est effectuée, en maints endroits, dans des conditions d’inhumanité qui ont révolté les consciences les plus endurcies et arraché des larmes aux témoins de ces mesures. ». Simultanément Marc Boegner obtient du cardinal Gerlier une lettre de protestation auprès du maréchal Pétain sur les mêmes questions.
Ces protestations prennent aussi la forme de lettres pastorales, souvent lues en chaire au cours des cultes dominicaux. Le dimanche 6 septembre 1942, à l'issue de l'Assemblée du désert à Mialet, Marc Boegner réunit les nombreux pasteurs présents pour leur faire partager sa vision sur le fait que le gouvernement de Vichy s'est désormais résolument placé du côté de l'occupant et de son idéologie. Il protège également la Montagne-refuge du Chambon-sur-Lignon et du Mazet-Saint-Voy.