Ce Jour-là

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant

Poète libertin, militaire et diplomate français

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Marc-Antoine Girard, sieur de Saint-Amant, est un poète français, né dans la banlieue de Rouen en septembre 1594 et mort à Paris en décembre 1661. Il est l'auteur de poèmes burlesques, satiriques ou lyriques. Il a fait partie de la toute neuve Académie française.

Il existe peu de documents permettant de retracer la vie de Saint-Amant au-delà de la légende que le poète a créée : gentilhomme aventureux, infatigable voyageur, poète et soldat, maniant aussi bien la plume que l'épée, bon vivant, amateur de vin et de bonne chère, un « bon gros » comme il se qualifiait lui-même. Saint Amant se décrivait « plus frisé qu'un gros comte allemand, le teint frais, les yeux doux et la bouche vermeille ». Nicolas Boileau, qui l'a beaucoup critiqué, a renforcé le trait, faisant de lui un homme impécunieux « n'ayant de génie que dans les ouvrages de débauche et de satire ». Son biographe, Paul Durand-Lapie, reconstitue sa vie en s'appuyant principalement sur les œuvres de l'auteur. Il faut attendre le travail de Jean Lagny pour voir une tentative de dégager l'avéré de l'hypothétique.

Saint-Amant naît dans un faubourg de Rouen en septembre 1594. Il est baptisé, dans la paroisse protestante du Petit Quevilly, le 30 septembre 1594 sous le nom d'Anthoine Girard. Ce n'est que plus tard qu'il modifiera son nom d'abord en Antoine Girard (1625), puis Antoine Girard, Sieur de Saint-Amant (1627), puis Marc-Antoine de Girard, escuyer, Sieur de Saint-Amant (1629). Son père, Antoine Girard, (1551- 18 novembre 1624) est qualifié, en 1619, d'honorable marchand bourgeois. Saint Amant en fait un aventurier, commandant pendant 22 ans une escadre de vaisseaux de la reine d'Angleterre, qui aurait même passé trois ans dans les prisons turques. Lagny doute fortement de ces faits mais reconnaît comme plausible qu'Antoine Girard père ait pu quitter Rouen, comme de nombreux protestants en 1562. Sa mère, Anne Hatif (? - 1646), est également d'une famille protestante, marraine d'un enfant de l'armateur protestant Lucas Legendre. Ce n'est qu'après la mort de son père que Saint-Amant se convertira au catholicisme.

Anthoine est l'aîné d'une famille d'au moins cinq enfants. Ses deux frères ont, selon Saint-Amant, parcouru les mers. Son frère Guillaume meurt en 1620 à l'issue d'un combat à l'entrée de la Mer Rouge. Le cadet, Salomon (1599-1648), a entrepris une carrière militaire et meurt sous les coups des Turcs lors d'une campagne militaire en Crète. Anthoine a également deux sœurs : Anne (1596 - ?) et Esther (1601 - ?). Anne Girard épousera en 1619, Pierre Azémar, artisan verrier et associé d'Antoine Girard père. C'est ce privilège de verrier que Saint-Amant tentera, en vain, de ravir à son beau-frère en 1627.

Anthoine passe son enfance à Rouen si l'on en croit le récit que fait Saint-Amant d'un incident où il risqua de se noyer en s'aventurant sur la Seine gelée. Le plus grand flou règne sur sa formation. Saint Amant se vante de mépriser grec et latin. Ainsi déclare-t-il dans l'Avertissement au Lecteur des Œuvres de 1629 : « Car, Dieu mercy, ny mon Grec, ny mon Latin ne me feront jamais passer pour Pedant : Que si vous en voyez deux ou trois mots en quelques endroits de ce Livre, je vous puis bien asseurer que ce n'est pas de celui de l'Université.»

Durand-Lapie en fait donc un élève rebelle plutôt adepte de l'école buissonnière. Il affirme que Saint-Amant a étudié au collège de la Marche à Paris. Pour Lagny, ces deux informations sont peu crédibles. Sans être érudit, Saint-Amant semble en réalité bien connaitre ses classiques, ainsi que les auteurs grecs et latins, il a donc probablement suivi des études sérieuses mais pas au collège de la Marche tenu par des Jésuites car Saint-Amant était à l'époque encore protestant, plus probablement dans un collège réformé en Normandie. Il maitrise l'espagnol, l'italien et l'anglais et sait jouer du luth. Il affirme qu'il a beaucoup appris grâce à ses voyages et ses rencontres.

À l'issue de ses études, Saint-Amant fait un voyage de formation par bateau visitant les Canaries, la côte africaine et les Antilles.

Selon Durand-Lapie, Saint-Amant monte à Paris en 1616 et se met sous la protection du duc de Retz, famille que son père aurait connue lors de sa période anglaise. Lors d'un séjour à Belle-Île-en-Mer, il écrit son poème la Solitude qui le consacre comme poète. Lagny doute fortement de cette version. Selon lui, La Solitude est écrite à Rouen et le duc de Retz ne devient le protecteur de Saint-Amant que vers 1624. Tous deux s'accordent pour dire que, vers 1620, Saint-Amant est à Paris et fréquente les milieux littéraires où il est bien reçu. Il fait la connaissance de Théophile de Viau, Michel de Marolles, Bois-Robert, Nicolas Faret, François de Molière, Claude Malleville. Saint-Amant chante le plaisir de vivre, de manger et de boire (Le Fromage, La Chambre du débauché, Railleries à part, La Jouissance, La Vigne, Chansons à boire, Les Goinfres). Il écrit avec Bois-Robert et Théophile de Viau pour le ballet royal des Bacchanales. Il fréquente l'hôtel de Rambouillet où il est connu et apprécié sous le nom de Sapurnius. Mais il écrit aussi des œuvres plus graves comme Les Visions, Le Contemplateur dédié à l'évêque de Nantes, Philippe Cospéan qui a reçu sa conversion, des poèmes héroïques L'Arion dédié au duc de Montmorency et Andromède dédié à Gaston d'Orléans, et des œuvres satiriques comme le Poète crotté . Il collabore avec Bois-Robert à la Gazette du Pont-Neuf.

Saint-Amant produit beaucoup mais sans chercher à publier. Une publication pirate de sa Solitude le pousse à s'occuper de ses œuvres. En 1629 parait une première édition (Première Partie) qui rencontre un grand succès : on en compte 20 rééditions entre 1632 et 1668. À partir de cette date, très régulièrement, Saint-Amant rassemblera les œuvres qu'il crée dans des publications : Suite de la première partie (1631), Deuxième Partie (1643), Dernier Recueil(1659).

Dès 1632, Saint-Amant est reconnu comme chef de file des poètes légers et des bons vivants de son temps.

En 1634 s'amorce la naissance de l'Académie française. D'abord réunion informelle de quelques écrivains dont Malleville qui invite Faret, qui invite Desmaret et Bois-Robert, elle prend corps lorsque le cardinal de Richelieu apprend son existence et décide de la soutenir. Dès mars 1634, les registres des réunions sont tenus puis d'autres écrivains rejoignent les fondateurs dont Saint-Amant. Selon les statuts de l'académie, nul ne peut être admis sans avoir fait preuve de ses bonnes mœurs, de son bon esprit et sans l'approbation du cardinal, ce qui fait de cette admission un certificat de bonne moralité et écorne l'image de débauché souvent associée à Saint-Amant.

Pour pouvoir être dispensé du discours imposé à tout académicien, Saint-Amant s'engage à travailler sur les termes relevant du grotesque et du burlesque. Pour Saint-Amant, le burlesque « déconcerte la vanité humaine en présentant les grandes choses et les plus sérieuses d'un côté ridicule et bas ». À cause de ses voyages et de sa résidence à Rouen, Saint-Amant ne sera pas très assidu aux réunions mais il ne se vantera pas d'en faire partie.

Que ce soit comme protégé du duc de Retz, du duc de Montmorency, familier du comte d'Harcourt, dans la suite du maréchal de Créquy ou comme gentilhomme de la reine de Pologne, Saint-Amant a beaucoup voyagé, participant à des campagnes militaires ou des missions diplomatiques comme guerrier selon Durand-Lapie, comme courtisan et spectateur, selon Lagny. En fin observateur, Saint-Amant revient de ses voyages avec des comptes-rendus souvent ironiques ou héroïques.

Quelques-uns des voyages de Saint-Amant, cités par Durand-Lapie, ne sont par reconnus comme tels par Lagny. Ainsi en est-il d'un voyage au Sénégal en passant par Lisbonne (1626) et un voyage à Madrid (1629) et les campagnes d'Italie de 1630 et 1640.

La première campagne, est entreprise en 1629-1630. Saint-Amant se serait joint à l'armée commandée par le Maréchal de Créquy pour libérer Casal occupée par les Espagnols. Elle rencontre de la résistance au passage de Suse bloqué par Charles-Emmanuel Ier de Savoie. Cette campagne inspire à Saint-Amant la pièce Le Goblin, pamphlet politique critiquant le peu d'empressement du prince Charles Emmanuel à venir faire allégeance à Louis XIII, L'Hiver des Alpes, La Crevaille. Dans cette dernière, on peut noter les relations familières qu'il entretenait avec le comte d'Harcourt, appelé par Saint-Amant du sobriquet de « Le Rond », tandis que Faret, son secrétaire, est affublé de celui de « Le Vieux».

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